Agriculture
Mohammed El Baraka : «La jeunesse et la modernité de notre parc oléicole sont un atout»
Après deux campagnes difficiles, la production d’olives pourrait dépasser 2 millions de tonnes pour la campagne 2025-2026. Cette dynamique positive devrait booster la production d’huile d’olive. Le point avec le président de la Fédération des huiles d’olives du Maroc (FeHOM).
En dépit des précipitations abondantes enregistrées au cours de cette saison, parler d’une sortie de crise définitive pour la filière de l’huile d’olive serait prématuré.
Les producteurs restent confrontés à plusieurs défis structurels. Dans cet entretien, celui qui est aussi président de la Fédération interprofessionnelle des oléagineux (FOLEA) et de l’Association professionnelle des fabricants d’huile au Maroc (APFHM) aborde plusieurs axes cruciaux en lien, entre autres, avec les prix du marché, la campagne en cours et le positionnement du Maroc par rapport aux principaux pays producteurs de la Méditerranée.
Après plusieurs campagnes difficiles marquées par des sécheresses successives, peut-on dire qu’avec les précipitations abondantes de cette saison, la filière marocaine de l’huile d’olive a sorti la tête de l’eau ?
Les précipitations enregistrées au cours de cette saison constituent indéniablement une bouffée d’oxygène pour la filière oléicole, après plusieurs campagnes consécutives marquées par un déficit hydrique sévère.
Elles ont eu un impact particulièrement positif sur les vergers conduits en bour, qui représentent la majorité du parc oléicole national et dont la production dépend directement de la pluviométrie. Ces apports ont permis d’améliorer les perspectives à court terme et de contribuer à la reconstitution partielle des réserves hydriques.
Toutefois, la situation demeure plus contrastée dans les périmètres irrigués, notamment au niveau des régions comme le Tadla et le Haouz où les contraintes liées à la disponibilité de l’eau, à son coût et à la pression sur les ressources hydriques persistent, malgré l’amélioration récente des conditions climatiques.
Par ailleurs, il serait réducteur de limiter les difficultés de la filière au seul stress hydrique. Les producteurs restent confrontés à d’autres défis structurels, notamment la hausse des coûts de production, la pénurie de main-d’œuvre agricole, la volatilité des marchés, ainsi que la recrudescence de certains ravageurs et des maladies, accentuées par les effets du changement climatique.
Dans ce contexte, parler d’une sortie définitive de crise serait prématuré. L’enjeu est plutôt d’inscrire la filière dans une trajectoire de résilience durable, à travers des réponses intégrées combinant gestion efficiente de l’eau, amélioration de la productivité, structuration de la filière et meilleure maîtrise des risques économiques et sanitaires. C’est précisément dans cette logique qu’Interprolive inscrit son action.
Pour la campagne 2025-2026, quelles sont les prévisions de production ?
Sur la base des enquêtes de terrain réalisées par les services compétents et de l’évolution du parc oléicole national, les perspectives pour la campagne 2025-2026 sont globalement encourageantes. Après deux campagnes difficiles, la production nationale d’olives pourrait dépasser 2 millions de tonnes, soit une hausse de plus de 110% par rapport à la campagne précédente.
Cette dynamique positive s’explique par des conditions agro-climatiques favorables, notamment la satisfaction des besoins en froid de l’olivier durant l’hiver, ainsi que des pluies abondantes et bien réparties au printemps, coïncidant avec les stades critiques de floraison et de nouaison. Elle est également portée par l’entrée progressive en production des plantations réalisées dans le cadre du plan Maroc Vert, aujourd’hui arrivées à maturité.
Sur cette base, la production nationale d’huile d’olive pourrait atteindre environ 200.000 tonnes, soit un rebond significatif par rapport à la campagne précédente.
Il s’agit toutefois d’estimations prudentes, étroitement tributaires du maintien de conditions climatiques favorables jusqu’à la fin de la récolte, de la maîtrise des aléas hydriques et sanitaires, ainsi que de la disponibilité des autres facteurs de production déterminants, notamment la logistique et la main-d’œuvre.
Quels sont les faits marquants de la campagne 2024-2025 ?
La campagne 2024-2025 s’est déroulée dans un contexte globalement contraint, mais a été marquée par plusieurs faits saillants. Malgré des volumes de production limités, la qualité des huiles produites a été globalement exceptionnelle, saluée aussi bien par les professionnels que lors de concours et compétitions internationales.
Cette reconnaissance confirme le savoir-faire des producteurs et des opérateurs marocains, notamment en matière de conduite des vergers, de récolte et de trituration.
Par ailleurs, la filière a fait preuve d’une résilience notable à l’export, dans un environnement international marqué par une forte concurrence et une grande volatilité des marchés.
Les exportations ont pu se maintenir, traduisant une reconnaissance progressive de la qualité des huiles d’olive marocaines sur certains segments à forte valeur ajoutée.
Enfin, cette campagne a été marquée par la poursuite de la modernisation de la filière, avec une adoption plus large de pratiques améliorées tant au niveau des vergers que des unités de trituration.
Cet axe demeure central dans l’action d’Interprolive pour renforcer durablement la compétitivité du secteur.
Quelle est votre appréciation des niveaux de prix sur le marché national ?
Les niveaux de prix observés sur le marché national s’inscrivent dans une logique classique d’offre et de demande, dans un contexte marqué par plusieurs campagnes successives à faible rendement, ainsi que par une hausse significative des coûts de production, notamment ceux liés aux intrants, à l’énergie et à la main-d’œuvre.
Au début de la campagne en cours, les prix de l’huile d’olive se situaient globalement dans une fourchette comprise entre 55 et 80 dirhams le litre, avec un prix moyen national avoisinant 75 dirhams le litre, soit une baisse d’environ 20% par rapport à la campagne précédente.
Toutefois, avec l’amélioration progressive des disponibilités sur le marché, les prix ont connu une nouvelle détente pour s’établir, dans certaines zones, dans une fourchette plus basse comprise entre 40 et 60 dirhams le litre.
Cette évolution, bien qu’elle contribue à améliorer l’accessibilité au produit pour le consommateur, pèse sur les niveaux de revenus des petits producteurs, particulièrement dans les principaux bassins de production, tels que Fès-Meknès, l’Oriental et Marrakech-Safi, où les prix pratiqués demeurent généralement inférieurs à la moyenne nationale.
À moyen terme, l’augmentation attendue des volumes de production, combinée à une meilleure organisation de la commercialisation et à une structuration plus efficace de la filière, devrait favoriser une stabilisation progressive des prix, permettant à la fois une rémunération plus équitable des producteurs et la préservation du pouvoir d’achat des consommateurs.
Enfin, quelle est la position du Maroc par rapport aux principaux producteurs méditerranéens ?
Le Maroc occupe aujourd’hui une place de premier plan parmi les grands producteurs mondiaux d’huile d’olive, se positionnant au cinquième rang derrière l’Espagne, l’Italie, la Tunisie et la Grèce. Cette performance est le résultat d’investissements soutenus et d’une stratégie volontariste de développement de la filière au cours des deux dernières décennies.
L’un des principaux atouts du Maroc réside dans la jeunesse et la modernité de son parc oléicole, parmi les plus récents du bassin méditerranéen, ainsi que le potentiel encore important d’amélioration des performances agronomiques.
Le défi actuel n’est cependant plus uniquement quantitatif. Il est désormais qualitatif et économique, avec pour objectif de renforcer la valorisation des huiles marocaines, notamment sur les segments des huiles de qualité supérieure et de terroir.
Le développement des indications géographiques et des appellations d’origine protégée constitue, à cet égard, un levier stratégique pour améliorer durablement le positionnement du Maroc sur les marchés internationaux.