SUIVEZ-NOUS

Agriculture

Les dernières pluies arrosent l’espoir en milieu rural

Les précipitations ont un impact positif sur les cultures qui sont déjà en bon état, aussi bien dans les régions du nord du pays que dans les zones irriguées, ainsi que sur les cultures printanières. Pour le reste, la situation est contrastée, le déficit hydrique ayant laissé des traces.

Publié le


Mis à jour le

Les fortes pluies de ces dernières semaines ont regonflé le moral des exploitants agricoles après 7 années de grave sécheresse. L’impact positif sur les réserves en eau est palpable, que ce soit pour les nappes, les barrages ou les cours d’eau, même si le déficit reste important.

Car comme le fait remarquer Abdelmoumen Guennouni, ingénieur agronome, «il faut des années pour que les nappes et les barrages retrouvent leur niveau d’avant sécheresse». Toujours est-il que les réserves des barrages au niveau national ont atteint plus de 6,28 milliards de m3 d’eau au 24 mars 2025.

C’est tout de même 2 milliards de plus que le niveau enregistré à la même période de l’année dernière. Selon les données du ministère de l’Équipement et de l’eau, le niveau de remplissage, au lundi 24 mars, s’élève à 37,35%, soit un volume de réserves de plus de 6,28 milliards de m3. L’an dernier à la même période, ce taux n’était que de 27,8%.

Reste à savoir si ces pluies, notamment celles abondantes du mois de mars, sont de nature à «sauver» la saison agricole 2025, caractérisée par un début de campagne difficile ? À cette question, Guennouni apporte une réponse nuancée, notant que l’effet de ces pluies ne sera pas le même selon les cultures et les régions. «Dans les zones où les cultures sont déjà en bon état, les dernières pluies auront un effet positif», lance-t-il d’emblée.

C’est le cas, explique-t-il, dans la région Fès-Saiss et dans le Gharb, des zones qui ont bénéficié des précipitations automnales et où les grandes cultures, comme les céréales et les légumineuses, ont déjà poussé. Ce qui fait que toutes les pluies qui sont tombées depuis leur sont bénéfiques.

Fortune diverse selon les régions
Ainsi, à Fès-Meknès par exemple, région agricole par excellence, l’effet positif des précipitations est manifeste sur l’état végétatif des céréales d’automne, avec 40% des surfaces jugées en bon état et 49% en état moyen. Cette amélioration laisse présager des rendements supérieurs aux prévisions initiales.

Les cultures maraîchères connaissent également un développement prometteur avec 10.852 hectares déjà en production, soit 93% de l’objectif fixé à 11.655 hectares. Les dernières pluies seront globalement bénéfiques dans ces régions pour les activités printanières, comme les fourrages, les légumineuses, les plantes maraîchères, sucrières, l’arboriculture et les autres activités, telles que les fruits et légumes.

Par conséquent, dans ces régions de la partie nord du Maroc, on se remet à espérer une production bien supérieure aux prévisions initiales.

En revanche, pour les autres régions, comme la Chaouia, Doukkala, Abda et Rhamna, la situation est plus compliquée. Dans ces zones où il n’a pas plu en automne, les semis sont restés dans le sol et il n’y a pas eu de germination et de croissance de plantes. Les dernières pluies vont certes permettre aux plantes de germer, mais tardivement, car il ne reste qu’un mois et demi avant la période normale des moissons.

La plante n’aura pas assez de temps pour assurer ses différentes phases de croissance et le remplissage des grains. Ce qui fait que son rendement restera en deçà de la normale. Cela vaut pour les céréales de ces régions, mais aussi pour les légumineuses. Notre expert fait remarquer que les dernières pluies ont incité dernièrement certains à semer du pois chiche, qui est une légumineuse normalement semée en janvier. Un pari loin d’être gagné, surtout que l’on ne sait pas si les pluies vont se poursuivre.

Impact positif sur les cultures irriguées
En résumé, les précipitations vont servir les cultures qui sont déjà en bon état, aussi bien dans les régions du nord du pays que pour les zones irriguées. «Les cultures irriguées n’attendent pas la pluie, mais les précipitations sont bénéfiques, et ce, pour plusieurs raisons.

La première c’est que la qualité des eaux de pluie est meilleure que l’eau d’irrigation, étant donné qu’elles contiennent moins de sels. Avec la baisse du niveau des nappes et le pompage continu, l’eau devient plus salée. La deuxième raison est que cela permet aux agriculteurs d’avoir moins recours au pompage et d’économiser les réserves en eau», indique notre expert.

De quoi réduire le besoin en irrigation et, par conséquent, diminuer les coûts, surtout pour la culture de la betterave à sucre, les arbres fruitiers, les céréales et les légumes, ce qui permettra de diminuer la pression sur l’utilisation des eaux souterraines.

Les dernières précipitations présentent aussi des avantages pour l’arboriculture, dont l’olivier, mais avec un effet de décalage sur les saisons. Pour ces cultures, en effet, les pluies de cette année produiront des résultats l’année prochaine. Il faut que la plante puisse faire ses réserves et assurer la croissance foliaire et des racines….

Tout cela demande du temps et, dès lors, les dernières pluies ne donneront des résultats que sur la production de l’année prochaine.
Pour ce qui est des filières animales, durement touchées par la sécheresse et la détérioration des parcours naturels, la situation s’améliore, avec une nuance cependant. «Le pâturage se fait normalement sur des champs où les plantes ont poussé à partir de novembre et décembre avec les pluies automnales.

Durant cette période de l’année (mars), ces plantes ne vont pas vraiment profiter des pluies pour pousser, car il y a un cycle de croissance à respecter. En outre, les pâturages sont complètement tassés, après avoir passé plusieurs mois à sec. Il ne faut pas s’attendre à des miracles à ce niveau», explique Guennouni. Du moins à court terme.

En tout état de cause, les dernières pluies devraient permettre de réaliser une campagne agricole meilleure que les prévisions. Les toutes dernières projections de Bank Al-Maghrib tablent, pour rappel, sur une récolte céréalière qui atteindrait 35 millions de quintaux et sur «l’amélioration prévue de la production non céréalière». De quoi faire progresser la valeur ajoutée agricole de 2,5% en 2025, après avoir reculé de 4,7% en 2024.