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Agriculture

Filière Bio : entre défis actuels et perspectives prometteuses

L’agriculture biologique séduit de plus en plus de Marocains désireux d’offrir des produits sains
à des clients de plus en plus exigeants. Mais le jeu en vaut-il la chandelle ? Éléments de réponse.

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Le bio est assurément dans l’air du temps. Si dans les pays occidentaux ce type d’agriculture respectueuse de l’environnement est bien installé, et ce, depuis plusieurs décennies, au Maroc, nous n’en sommes qu’à ses balbutiements. Telle que la définit le ministère de l’Agriculture, «l’agriculture biologique est un mode de production basé sur le respect du cycle naturel des espèces animales et végétales, qui interdit l’usage des intrants et des produits chimiques de synthèse à toutes les étapes depuis la production jusqu’à la commercialisation, en passant par la transformation et le transport».

Entre beldi et bio
Au Maroc, ce mode de production a vu le jour vers les années 1990 et a gagné en importance dans le cadre du Plan Maroc Vert, explique le département de tutelle. Aujourd’hui, ce sont plus de 300.000 hectares qui sont cultivés en bio, dont une grande partie est accaparée par l’arganier. Mais de plus en plus de maraîchers s’essaient au bio.
C’est le cas de Mustapha Meskine, qui exploite une petite parcelle de 1,6 hectare dans la région de Casablanca.
Artiste-photographe de formation, cet amoureux de la nature a démarré son projet il y a trois ans. «Je fais un peu de tout: des arbres fruitiers comme les oliviers, les figuiers, les bananiers, mais aussi de la culture maraîchère comme la tomate, l’aubergine ou encore la citrouille», nous confie pas peu fier ce quinquagénaire originaire de Rabat. Pourquoi ne pas s’être facilité la tâche en ne cultivant qu’une seule variété ? «Cela n’a pas de sens en culture biologique, le fait de multiplier les cultures réduit les risques de prolifération des maladies. Ce qui est très important pour nous puisque nous n’avons pas le droit d’utiliser de pesticides».
Mustapha a choisi de vendre sa production sur le marché national afin de limiter les émissions de gaz à effet de serre engendrées par les transports en longue distance. Mais la clientèle est-elle au rendez-vous ? «Oui et non», soupire-t-il. Selon lui, malgré l’existence aussi bien de l’offre que de la demande, le problème réside dans la visibilité et la disponibilité des points de vente, ce qui impacte la rentabilité. «C’est clair que ce ne sont pas les ventes de mon exploitation qui me permettent de vivre. C’est pour cela que nous essayons de monter une plateforme électronique participative pour mettre en vente nos produits en ligne».
Autre souci relevé par notre source, l’amalgame encore trop répandu chez le public marocain qui ne fait toujours pas la différence entre ce qui est beldi et ce qui est bio.

Des signes encourageants
Mais la clientèle est là, insiste notre interlocuteur, qui estime que les Marocains ont réellement pris conscience de l’importance d’une nourriture saine, dépourvue de produits phytosanitaires. «Des gens m’appellent de Tanger pour essayer d’obtenir des produits de ma ferme», s’exclame-t-il. Une manière de dire que la demande ne manque pas. Il appelle également au regroupement des producteurs afin qu’ils soient mieux entendus par les pouvoirs publics qui, jusqu’ici, ne leur apportent pas toute l’aide nécessaire à un secteur qui a pourtant de l’avenir.
Le continent européen, par exemple, est très demandeur en cultures primeurs bio, que ce soit en matière d’agrumes, de cucurbitacées ou encore de tomates, grâce au climat clément dont bénéficie notre pays. Au Maroc, il y a cependant des signes de progrès encourageants. La Fédération interprofessionnelle de la filière biologique «Maroc BIO» a signé, en 2023, une feuille de route avec le ministère de l’Agriculture pour la période allant jusqu’en 2030. Cette entente, conclue lors du SIAM, établit les grandes lignes de la mise en œuvre de la Génération Green au sein de la filière biologique de 2021 à 2030.
Les objectifs incluent l’expansion des superficies, l’amélioration de la productivité, l’essor de l’aval de la filière via le conditionnement et la transformation, la diversification des marchés, la modernisation des circuits de distribution et l’accroissement des exportations.

1,5 milliard d’investissements
L’ambition est notamment d’atteindre d’ici 2030 une certification biologique pour 100.000 hectares, avec une production brute d’environ 600.000 tonnes, dont 114.000 tonnes destinées à l’exportation. La mise en œuvre des actions prévues par ce contrat-programme, sur la période de 2021 à 2030, impliquera un coût global d’environ 1,5 milliard de dirhams, répartis entre une contribution de l’interprofession et une contribution de l’État, chacune évaluée à 0,75 milliard de dirhams.Le contrat précise les engagements tant des autorités publiques que de l’organisation professionnelle, en accord avec les principes de la stratégie agricole Génération Green. Simultanément, l’État s’engage à établir un centre technique dédié au développement de la filière biologique et à mettre en œuvre, par l’intermédiaire de l’INRA, des programmes de recherche et de développement spécifiques. Ces programmes couvriront diverses thématiques, telles que l’adaptation des variétés produites par l’INRA à la production biologique de céréales, légumineuses, cultures maraîchères, agrumes et arbres fruitiers, ainsi que l’amélioration de la productivité des cultures biologiques et la protection contre les maladies et bioagresseurs. De quoi révolutionner la filière.


LE BIO AU MAROC EN 6 POINTS CLÉS

1. Principales espèces cultivées en mode biologique au Maroc : olivier, amandier, plantes aromatiques et médicinales (PAM), agrumes, cultures maraîchères.
2. 12.000 ha de superficie cultivée dédiés à l’agriculture biologique, produisant environ 120.000 tonnes.
3. 80% de la superficie cultivée est répartie entre 5 principales régions : Fès-Meknès, Marrakech-Safi, Souss-Massa, Casablanca-Settat, Rabat-Salé-Kénitra.
4. Cueillette spontanée : arganier, PAM, caroubier, figue de barbarie, câprier.
5. Exportations de produits biologiques : environ 17.000 tonnes (10.000 tonnes transformées, 7.000 tonnes fraîches).
6. Principales espèces exportées : agrumes, primeurs, jus d’orange congelés, fraise surgelée, huile d’olive, huile d’argan.