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Agriculture

En Couv. Céréales : Qui sont les fournisseurs du Royaume ?

Malgré une hausse attendue de 41% de la moisson pour la campagne 2024-2025, le Maroc devra encore s’approvisionner massivement sur les marchés céréaliers pour satisfaire la demande nationale.

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Le déficit pluviométrique continue d’impacter sévèrement la récolte céréalière. Les précipitations abondantes qui ont arrosé plusieurs villes en mars et avril ont certes atténué le stress hydrique, mais n’auront finalement qu’un impact limité sur la moisson de la présente campagne agricole.

Dans une note publiée le 23 juillet dernier, le Global Information and Early Warning System (GIEWS) de la FAO table sur une production céréalière de 4 millions de tonnes.

A en croire l’agence onusienne, les précipitations cumulées entre décembre 2024 et février 2025 ont été inférieures de plus de 60 % à la moyenne à long terme dans plusieurs régions agricoles clés, notamment Fès-Boulemane, le Gharb, Grand Casablanca et Tanger-Tétouan.

Ce chiffre est similaire à celui annoncé par le ministère de l’Agriculture lors du SIAM 2025, mais aussi à la prévision la Direction des études et des prévisions financières (DEPF) contenue dans sa note de conjoncture de juin 2025.

Bien qu’étant en hausse de 41% par rapport aux 31,2 millions de quintaux (plus de 3 millions de tonnes) récoltées lors de la campagne 2023-2024, la moisson attendue enregistrera un recul de 27% par rapport aux 5,5 millions de tonnes de la saison 2022-2023.

Un gap assez conséquent qui entraînera nécessairement un recours massif aux importations pour combler ce déficit.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Près de 10 millions de tonnes achetées entre 2024 et 2025
D’ailleurs, d’après la FAO, le Maroc devrait importer 11 millions de tonnes au cours de la campagne de commercialisation 2025-2026 (juillet-juin), soit plus de 20% au dessus de la moyenne.

Pour avoir une idée sur les probables fournisseurs du Royaume, nous nous sommes penchés sur les principales zones d’approvisionnement lors de la dernière campagne de commercialisation et particulièrement au cours du premier semestre 2025.

D’après les chiffres de la Fédération nationale des négociants en céréales et légumineuses (FNCL), compilés par nos soins, les opérateurs se sont procurés, du 1er juin 2024 au 31 mai 2025, 9,85 millions de tonnes de céréales (blé tendre, maïs, blé dur et orge) sur le marché international, soit un léger bond de 2% comparées aux 9,64 millions de tonnes réceptionnées dans les ports marocains au titre de la campagne 2023/2024.

Des données d’importations conformes à celles de l’Office national interprofessionnel des céréales et des légumineuses (ONICL). Intéressons-nous d’abord aux quantités de blé tendre réceptionnées dans le Royaume, cet «or brun» tant prisé et essentiel à la fabrication du pain et de nombreux produits de boulangerie.

Au total, les négociants ont importé 4,94 millions de tonnes (5,12 millions selon les données de l’ONICL) durant cette période auprès de quatorze fournisseurs, en hausse de 8% par rapport aux 4,59 millions de tonnes (4,85 millions d’après l’ONICL) achetées entre juin 2023 et mai 2024.

Ces approvisionnements devaient combler le déficit de production nationale de cette céréale qui s’était limitée à 1,7 million de tonnes au terme de la campagne 2023-2024, en repli de 41% par rapport aux 2,9 millions de tonnes de la récolte de 2022-2023.

La France et la Russie en tête pour le blé tendre
Avec un volume global de 1,49 million de tonnes, la France est restée le premier fournisseur du Maroc, devant la Russie (918.069 tonnes), l’Allemagne (542.763 tonnes), la Bulgarie (479.679 tonnes), et la Lettonie (445.992 tonnes).

La Lituanie (375.283 tonnes), la Roumanie (270.990 tonnes), l’Ukraine (171.608 tonnes), l’Argentine (98.005 tonnes) et la Pologne (31.747 tonnes) complètent le Top 10.

L’un des faits marquants, c’est le retour en force de la Russie, elle qui, en 2023, était scotchée à la cinquième place avec un volume de 217.043 tonnes. Cette performance du premier producteur et exportateur mondial de blé tendre a été particulièrement perceptible lors du deuxième semestre 2024.

Grâce à ses 816.773 tonnes, Moscou avait réussi à supplanter la France (498.200 tonnes) pour occuper la première place des fournisseurs du Royaume, soit un écart considérable de plus de 318.000 tonnes.

Cette hausse des exportations russes est le fruit d’une diplomatie céréalière savamment orchestrée par le pays des tsars. Une offensive commerciale notamment marquée par des discussions en novembre 2023 avec la FNCL à Rabat, afin de faciliter les transactions financières des négociants marocains après les restrictions imposées à des banques russes pour le paiement via le système SWIFT.

Un an plus tard, le 29 novembre 2024, Eduard Zernin, président de Rusgrain Union, une organisation regroupant 37 producteurs et exportateurs et russes de céréales, avait signé un mémorandum d’entente avec le président de la FNCL, Omar Yacoubi. Ce partenariat, d’une durée d’un an, en vigueur depuis sa signature, vise à faciliter les exportations de céréales russes au Maroc.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Léger rebond des importations au premier trimestre
Toutefois, l’analyse des importations marocaines du premier semestre 2025 révèle une importante baisse expéditions russes vers le Royaume qui se sont établies à 115.292 tonnes. Soit une chute de 45% des volumes, par rapport aux 209.689 tonnes vendues à la même période en 2024, où Moscou s’était classée au troisième rang des fournisseurs.

Ce recul a notamment été très visible lors du deuxième trimestre de l’année en cours, avec seulement 41.397 tonnes exportées contre 73.895 tonnes entre janvier et mars.

Cette contre-performance fait régresser le pays de Poutine de trois places, dans un classement encore dominé par la France avec ses 846.988 tonnes, devant l’Allemagne (323.973 tonnes), la Bulgarie (300.963 tonnes), la Lituanie (299.815 tonnes), et la Lettonie (262.217 tonnes).

S’en suivent l’Argentine (7e) avec 98.006 tonnes, les Etats-Unis (94.688 tonnes), la Roumanie (91.400 tonnes), la Suède (27.004 tonnes) et le Canada (19.907 tonnes).

Globalement, les négociants marocains ont acheté près de 2,4 millions de tonnes durant cette période, en légère baisse de 2% par rapport aux 2.459 738 tonnes importées au premier semestre 2024. Ces quantités se répartissent entre 1.132.594 tonnes au premier trimestre et 1.266.971 tonnes entre mars et mai.

 

Forte hausse des achats depuis les États-Unis
En décryptant ces données, on remarque une augmentation assez soutenue des exportations françaises entre le premier et le deuxième trimestre, qui sont passées de 220.743 à 626.245 tonnes.

Soit un bond de 183%. L’on relève tout de même un recul de 42% des ventes de Paris à Rabat au premier semestre 2025, loin des 1,47 million de tonnes expédiées à la même période de l’année dernière.

«Le marché français a été boudé par les importateurs algériens, qui en achetaient d’importantes quantités. Cela a permis aux opérateurs marocains de se procurer un blé plus compétitif, en profitant de la proximité du fret», nous explique Moulay Abdelkader Alaoui, président de la Fédération nationale de la minoterie.

D’après Omar Yacoubi, la France présentait «des conditions de qualité et de prix qui étaient les plus avantageuses sur le marché ».

L’autre constat, c’est la hausse des quantités en provenance des Etats-Unis, si l’on sait que Washington n’avait exporté que 7.632 tonnes vers le Maroc en 2024, au premier semestre, et seulement 21.120 tonnes en 2023.

«La baisse des prix du blé américain attire les importateurs. Récemment, le prix de la tonne avait reculé de 50 dollars à la bourse de Chicago. Jusque-là, le fret maritime de 15 jours dissuadait les négociants marocains qui privilégiaient d’autres destinations.

Ces prix compétitifs les ont encouragés à y revenir pour se procurer le Hard Spring Wheat, un blé très protéiné qui est excellent pour la correction et le coupage, et principalement destiné à la fabrication de la viennoiserie», explique notre interlocuteur.

Le Canada confirme son hégémonie pour le blé dur
Avec 1.592.643 tonnes réceptionnées, le port de Casablanca reste la première zone de débarquement des cargaisons de blé tendre, devant le port d’Agadir (326.840 tonnes), le port de Jorf Lasfar (309.560 tonnes), le port de Safi (199. 558 tonnes), le port de Nador (180.314 tonnes) et le port de Tanger (27.400 tonnes).

Si l’on rajoute les 236.750 tonnes achetées en juillet, la quantité totale importée atteint 2,6 millions de tonnes, en baisse de 16% par rapport aux 3,1 millions de tonnes achetées entre janvier et juillet 2024.
Outre le blé tendre, les importateurs marocains ont également été très actifs sur le marché mondial du blé dur, durant la précédente campagne de commercialisation avec l’achat de 1.072.905 tonnes de cette céréale utilisée pour les pâtes et la semoule. Soit un pic de 15% par rapport à la précédente campagne de 2023-2024.

Le Canada demeure le premier fournisseur du Maroc avec 1.024.532 millions de tonnes exportées, devant la Russie (27.499 tonnes), les Etats-Unis (15.874 tonnes) et l’Espagne (5.000 tonnes). Entre janvier et juillet 2025, un volume de 825.789 tonnes ont été acheminées dans le Royaume, en recul de 24% par rapport aux 667.265 tonnes durant le même intervalle en 2024.

Notons que la production nationale de blé dur s’était établie à 710.000 lors de la campagne 2023-2024, en repli de 35% comparée aux 1,1 million de tonnes récoltées en 2022-2023.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’orge français et le maïs brésilien trés prisés
Après le blé tendre et le blé dur, intéressons-nous aux achats d’orge, céréale utilisée aussi bien en alimentation humaine qu’animale. En tout, les négociants marocains se sont procurés 876.121 tonnes entre juin 2024 et mai 2025, en baisse annuelle de 42%.

La France (413.363 tonnes), la Roumanie (112.651 tonnes), l’Allemagne (67.500) ; l’Ukraine (65.154 tonnes), et la Lettonie (45.596 tonnes).

Cette quantité s’ajoutait aux 660.000 tonnes de la récolte nationale lors de la précédente campagne, qui accusait un recul de 49% comparée aux 1,3 millions de tonnes de la saison 2022-2023. Singulièrement, 430.527 tonnes ont été importées de janvier à fin juillet, en baisse de 58% par rapport aux 1.013.569 durant la même période en 2024.

Le Maroc a également été très actif sur le marché mondial du maïs avec 2.960.594 tonnes achetées au cours de la dernière campagne de commercialisation, en progression de 14% par rapport aux quantités importées entre 2023-2024.

Près de 50% des volumes provenaient du Brésil (1,5 million de tonnes), et le reste de l’Argentine (731.764 tonnes), les Etats-Unis (692.620 tonnes), et la Roumanie (20.201 tonnes). Notons que ces importations ont enregistré une hausse de 12% entre janvier et juillet 2025, pour s’établir à 1,7 million de tonnes.


Primes forfaitaires pour les négociants : Près de 13 MMDH entre 2021 et 2025
Afin d’assurer l’approvisionnement régulier du marché local en blé tendre en maintenant la stabilité des prix des farines de cette céréale, le Maroc octroie des primes forfaitaires sur les importations de blé tendre.

Ce montant correspond à la différence entre le prix de revient moyen sortie du port du mois et le prix de référence de 270 DH par quintal.

Dans une circulaire publiée le 25 décembre 2024, l’ONICL avait annoncé la mise en place d’un nouveau système de restitution au profit des importations de blé tendre entre le 1er janvier et le 31 décembre 2025.

Selon des données obtenues auprès de la FNCL, le montant global de ces primes s’est établi à 258,6 millions de dirhams (MDH) à fin juillet 2025 (256 MDH entre janvier et mai 2025 selon l’ONICL), avec des sommes variant entre 14,71 DH par quintal en janvier et 0,8 DH en mai 2025. Pas de primes programmées pour les mois de juin, juillet et août.

«Cette baisse s’explique par la chute des prix d’achat du blé particulièrement dans l’hémisphère nord où on en produit le plus, dans ce contexte de récolte de cette céréale dans les principaux pays exportateurs», explique Omar Yacoubi.

En 2024, ces restitutions avaient atteint 695,6 MDH, loin des quelque 2,4 milliards de dirhams (MMDH) de 2023, loin des 9,3 MMDH de 2022, et des 885,4 MDH de 2021. Globalement, entre 2021 et fin mai 2025, le montant des primes forfaitaires s’est établi à 12,7 MMDH.

Selon données de l’ONICL, le montant global de restitution s’élève à 14 MMDH, dont 4 MMDH pour la campagne d’importation 2021-2022, 8 MMDH pour celle de 2022-2023, 1 MMDH pour 2023-2024, 783 MDH pour 2024-2025 et 256 MDH pour 2025-2026. Sur cette enveloppe, 300 MDH sont en instance de paiement, précise la même source.

D’après nos informations, le montant des primes forfaitaires dû actuellement aux négociants devrait correspondre approximativement aux montants générés au cours du dernier trimestre 2024 et en 2025.

Ce retard dans la perception des fonds s’explique par le retard (environ trois mois après le chargement) dans le dépôt des dossiers auprès de l’ONICL. En effet, une fois la marchandise chargée, les négociants l’écoulent sur le marché avant de réunir les documents justificatifs.


Stock de réserve stratégique de céréales : Le projet avance timidement…
Dans un marché céréalier fortement dépendant des aléas géopolitiques, mieux faut prendre ses précautions afin de se prémunir des conséquences d’éventuels dérèglements. Le Maroc l’a bien compris en planifiant la constitution d’un stock stratégique en blé tendre.

C’est dans ce cadre que l’ONICL avait mis en place une prime pour la constitution d’un stock permanent de 8 millions de quintaux (800.000 tonnes) de blé tendre importé, du 1er février au 30 avril 2024, avant de la proroger jusqu’en décembre 2025.

Deux mois plus tard, en mars 2024, la FNCL, affiliée à la CGEM, avait lancé une étude pour la mise en place d’un stock de réserve stratégique de céréales afin de pallier la faible production nationale et la forte dépendance aux importations et à l’instabilité des prix à l’international.

Objectif : créer un stock capable de garantir l’autonomie du Maroc sur une durée de quatre à six mois, ajustable en fonction des besoins de l’État.

Concrètement, où en est ce projet ? «Les discussions continuent avec le l’ONICL pour éventuellement mettre en place un stock de sécurité avec d’autres formulations. Pour l’instant, on discute, mais sans trop avancer», confie Omar Yacoubi.

D’après Moulay Abdelkader Alaoui, le Maroc dispose actuellement de stocks qui dépassent légèrement les trois mois. «Au vu de l’importante offre actuellement sur le marché européen, qui entraîne une baisse substantielle des prix, l’on peut s’attendre à des importations massives des négociants marocains au cours des prochains mois», prédit le président des minotiers.

«Cela augmentera le niveau de stock stratégique. Nous avions atteint un stock pratiquement de 5 à 6 mois durant le Covid-19. On espère donc en faire de même durant cette campagne d’importation», ajoute-t-il.