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Agriculture

Cheptel national : PMV, choc des crises et début de reconstitution

Après une phase d’essor portée par le Plan Maroc Vert, le cheptel national a subi les effets cumulés de la sécheresse, de la pandémie de Covid-19 et de la flambée des coûts des intrants. Le secteur amorce un début de reconstitution en 2025, soutenu par les mesures publiques et l’amélioration des conditions climatiques.

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Le cheptel national a connu, entre 2008 et 2025, une évolution marquée par trois grandes phases.

La première est caractérisée par une dynamique de croissance soutenue sous l’impulsion du Plan Maroc Vert (PMV), puis une phase de dégradation consécutivement aux crises successives, ensuite un début de reconstitution en 2025, porté par l’amélioration des conditions climatiques ainsi que par les mesures de soutien déployées par les pouvoirs publics.

En effet, la période du PMV a été marquée par une dynamique positive, au terme de laquelle le nombre de bovins est passé de 2,81 millions de têtes en 2008 à 3,3 millions en 2019, représentant ainsi une progression de près de 22%.

Durant ces années, le gouvernement a porté une attention particulière au secteur en actionnant plusieurs leviers, dont l’amélioration des conditions d’élevage à travers les programmes d’amélioration génétique et d’insémination artificielle, les campagnes de vaccination mais aussi la modernisation des élevages et le soutien à l’investissement dans les zones irriguées.

De plus, d’autres efforts ont été consentis pour développer un cheptel laitier productif par l’importation de génisses de race pure.

Cette stratégie a contribué à l’augmentation de la production laitière ainsi qu’au développement d’une production locale de génisses dans les unités pépinières mises en place dans le cadre du contrat-programme de la filière laitière.

Toutefois, à partir de 2021, le secteur bovin a subi une forte dégradation due d’abord à la crise sanitaire qui a provoqué une forte contraction de la demande sur le lait et la viande, poussant les éleveurs à décapitaliser leur cheptel.

Cette situation a coïncidé avec un ciel moins clément où plusieurs années de sécheresse se sont abattues sur le pays. «Elles ont alors fortement réduit les disponibilités fourragères dans les grands bassins de production, notamment Doukkala, Tadla et Al-Haouz, où l’irrigation a été interrompue durant trois années successives», comme explique le ministère de l’Agriculture.

À ce tableau, pour le moins sombre, s’est rajoutée la crise ukrainienne, qui a entraîné une hausse des prix mondiaux des intrants et des aliments de bétail, augmentant de facto les coûts de production.

Conséquence: le cheptel bovin a perdu 1,1 million de têtes, passant de 3,2 millions en 2021 à 2,1 millions en 2025. Plus inquiétant, le noyau reproducteur a reculé de 1,6 million à près d’un million de femelles reproductrices. Même la production de génisses au niveau local a été substituée aux importations en raison des effets conjugués de ces crises.

 

Cheptel ovin, niveau de 2021 dépassé

Le cheptel ovin a connu la même trajectoire contrastée. Ce sont 22,4 millions de têtes qui ont été recensées en 2021, contre 17,1 millions en 2008, soit une croissance de 5,3 millions d’animaux durant la période du déploiement du PMV. Cette progression de 31% est redevable à plusieurs facteurs. Le premier porte sur l’amélioration génétique, initiative menée par l’ANOC (Association nationale ovine et caprine).

Une forte adhésion à ce dispositif a été observée, avec une hausse du nombre de groupements créés, passant de 56 à 173, ainsi que du nombre d’adhérents au programme de sélection qui a atteint 15.628 en 2025, au lieu de 4.714 en 2009. Pour sa part, l’effectif encadré par l’ANOC des femelles reproductrices est passé de 556.000 à 2 millions de têtes sur cette période.

Le deuxième concerne le déploiement des programmes de vaccination généralisée et de protection du patrimoine animal, qui a enregistré une importante progression depuis 2010, passant de près de 20 millions de têtes vaccinées annuellement à près de 30 millions de têtes avec un pic en 2022, suite à la réalisation des campagnes de rappel.

Il faut savoir qu’un effort budgétaire conséquent a été alloué à ce volet, totalisant 435 MDH en 2025, soit près du triple de celui consacré en 2010. Les deux derniers volets sont relatifs au programme d’atténuation des effets de la sécheresse, essentiellement en 2012 et 2016, et à celui de l’encadrement technique des éleveurs, mis en œuvre par le ministère de l’Agriculture.

Cependant, tout comme les bovins, le cheptel ovin a commencé à faire les frais du contexte national et international défavorable, à partir de 2022. En deux ans, l’effectif a été entamé à 2,4 millions de têtes, baissant à 19,9 millions en 2024. En raison de la sécheresse, les éleveurs ont dû faire face à la dégradation des parcours et à la baisse des productions, provoquant ainsi une flambée des prix des aliments du bétail.

Alors que leur part dans la structure des coûts ne représentait que 25%, elle a connu une hausse fulgurante, pour atteindre 80%. À titre d’illustration, le prix de l’orge net du soutien public a atteint 4,1 DH/kg, alors qu’il coûtait 2,1 DH/kg en 2019.

 

Proactivité et efficacité

Face à cette situation, le gouvernement s’est monté proactif en lançant un programme d’urgence mobilisant un budget conséquent de 8 milliards de dirhams.

Ce dispositif a notamment porté sur la distribution de 27 millions de quintaux d’orge à prix subventionnés et de 8,5 millions d’aliments composés pour les bovins laitiers, l’abreuvement du cheptel à travers l’acquisition de 4.373 citernes et l’aménagement de 553 points d’eau, le renforcement de la protection sanitaire, ainsi que l’interdiction de l’abattage des femelles.

Grâce à ces mesures d’appui et aussi à l’appel royal relatif à l’annulation du rituel du sacrifice en 2025, ainsi qu’aux effets du programme royal de reconstitution du cheptel, l’effectif ovin a connu une reprise importante, atteignant 23,2 millions de têtes, soit plus que le niveau enregistré en 2021.

Il faut dire que l’amélioration des conditions climatiques pendant le printemps de 2025 et la campagne actuelle y sont pour beaucoup. Elles ont permis une reprise relativement rapide, typique aux élevages des petits ruminants.

Dans l’ensemble, le cheptel national global est actuellement estimé aux alentours de 40 millions de têtes.

Mais en dépit de ces avancées majeures, il est à noter que la reconstitution du cheptel bovin demeure plus lente, non pas à cause d’un couac dans la politique publique, mais en raison du long cycle de reproduction des bovins, estimé à deux années et demie (gestation et entrée en production) ainsi que du retard constaté dans la reprise de l’irrigation dans les grands bassins de production laitière.