Agriculture
Carbon farming : Tourba prend le lead au Maroc
Le programme Tourba a recruté plus de 400 agriculteurs couvrant plus de 30.000 hectares au Maroc pour l’opération pilote 2023-2024. Pour la campagne 2024-2025, plusieurs milliers d’hectares se sont ajoutés au programme.
Selon l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), les activités agricoles sont responsables, au niveau mondial, d’environ 30% des émissions totales de gaz à effet de serre (GES). Dans le même temps, l’agriculture est aussi un puissant vecteur de réduction des émissions de GES et d’atténuation des effets du changement climatique.
En effet, le Carbon Farming (activité récente au Maroc) consiste à adopter des pratiques agricoles qui augmentent le stockage de carbone dans les sols et réduisent les émissions de gaz à effet de serre.
L’objectif principal de l’agriculture «carbonée» est de transformer les terres agricoles en puits de carbone et d’améliorer la durabilité et la résilience des exploitations agricoles. De plus, cette pratique contribue à l’optimisation des revenus des agriculteurs à travers la monétisation des crédits carbone.
400 agriculteurs pour l’opération pilote
Au Maroc, le programme de Tourba (filiale d’Innovx) constitue la première initiative significative de Carbon Farming au niveau national. Il s’inscrit dans le cadre de l’ambition agricole d’Innovx (filiale de l’UM6P), de contribuer au développement d’une agriculture durable, résiliente et innovante au Maroc.
Et ce, à travers le développement de pratiques et de solutions technologiques en faveur de la souveraineté alimentaire et de la résilience climatique. Concrètement, depuis son lancement en 2022, Tourba a recruté plus de 400 agriculteurs couvrant plus de 30.000 hectares au Maroc pour l’opération pilote 2023-2024 dans plusieurs régions du Royaume.
De plus, pour la campagne agricole 2024-2025, plusieurs milliers d’hectares ont déjà pu intégrer le programme couvrant plusieurs régions stratégiques du pays. Une fois générés, les crédits carbone seront monétisés pour diversifier les revenus des agriculteurs, notamment ceux situés dans des zones arides et sujettes au stress hydrique.
Ceci dit, au-delà des revenus supplémentaires issus de la vente de crédits carbone, en intégrant des pratiques comme le semis direct, la gestion des résidus de culture et les rotations diversifiées, Tourba offre aux agriculteurs des solutions pour restaurer leurs sols et augmenter la productivité.
«L’expérience de Tourba au Maroc démontre que, même dans un contexte de sécheresse, la certification des crédits carbone peut être un levier puissant pour améliorer la résilience des exploitants agricoles tout en favorisant une agriculture plus respectueuse de l’environnement.
Cela ouvre la voie à une adoption accrue de modèles similaires en Afrique et au-delà», explique la filiale d’Innovx, contactée par «La Vie éco». Dans le même ordre d’idées, il est utile de préciser que dans les pays développés, des exemples comme celui d’Indigo Ag aux États-Unis montrent également le potentiel des crédits carbone pour transformer l’agriculture.
Des initiatives permettent aux agriculteurs de vendre leurs crédits carbone sur des plateformes spécialisées à des entreprises cherchant à compenser leurs émissions, tout en adoptant des pratiques agricoles durables.
6 millions d’hectares d’ici 2027-2028
Tourba a apporté plusieurs éléments de réponse, dont ceux en lien avec les objectifs de son programme phare. «Les premiers résultats de l’opération pilote au Maroc constituent une base solide pour l’expansion de Tourba à l’international.
L’ambition est de déployer Tourba en Afrique (Nigéria et Éthiopie) et au Brésil, pour atteindre 6 millions d’hectares d’ici 2027-2028, en adaptant les pratiques et méthodologies spécifiques à chaque pays, y compris le land use, l’agroforesterie, l’afforestation et le grass land», révèle la filiale d’Innovx.
Cette ambition est d’autant plus réaliste que le carbon farming peut s’adapter aux divers contextes agroécologiques du continent tout en contribuant à des objectifs globaux de réduction des émissions. Ceci dit, il convient de souligner que l’essor du carbon farming en Afrique est encore timide.
Le continent enregistre une contribution modeste au marché mondial en dépit de ses immenses potentialités agricoles.
Pour rappel, l’Afrique dispose de vastes terres agricoles (plus de 60% des terres arables non cultivées dans le monde), avec un potentiel important en termes de gestion durable des sols. Ce qui est une opportunité pour les initiatives de séquestration de carbone.
Au final, Tourba a l’ambition de positionner le Maroc comme un leader de l’agriculture durable et du carbon farming, en exploitant les avancées technologiques les plus récentes, et ce, afin de construire un avenir durable pour les communautés agricoles.
Les avantages pour les exploitants agricoles
Le programme de Tourba, précurseur du carbon farming au Maroc, propose des pratiques qui permettent, d’une part, la préservation des qualités des sols, et améliorent la capacité des sols à retenir l’eau, ce qui se manifeste directement sur la résilience des cultures.
Et d’autre part, selon notre source, l’adoption de la rotation des cycles de culture diversifiés permet d’améliorer la fertilité des sols et de protéger naturellement les cultures en interférant avec les cycles des bioagresseurs spécifiques à la culture unique.
De plus, l’impact du programme Tourba sur les communautés agricoles serait bien réel. Il concerne l’amélioration significative de la résilience des sols agricoles, la stabilisation des rendements (en années normales avec une meilleure marge), la réduction substantielle des coûts d’exploitation, ainsi que le gain de temps considérable.
«Ces pratiques, alignées sur les principes de l’agriculture de conservation, améliorent la marge des agriculteurs, contribuant ainsi à une économie agricole plus robuste par l’atténuation de l’impact de la sécheresse», est-il indiqué en substance.
