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Agriculture

Aviculture : Un marché en rééquilibrage

Face à la hausse des prix de la viande rouge, la volaille devient une alternative pour les ménages marocains. Une tendance qui redessine les équilibres du marché avicole, entre production soutenue, diversification de l’offre, pression sur les prix et défis à relever.

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L’aviculture, considérée comme l’une des filières stratégiques pour la sécurité alimentaire au Maroc, amorce une dynamique de relance marquée par une diversification accrue de l’offre, tant au niveau des souches que des rendements et des prix.

Après les turbulences induites par la crise sanitaire, le secteur reprend son souffle. Il suffit d’observer les rayons des supermarchés pour constater, de visu, la richesse de l’offre en produits avicoles, qu’il s’agisse de volailles entières, découpées ou transformées, ou encore d’œufs de différentes catégories.

Selon Youssef Alaoui, président de la Fédération interprofessionnelle du secteur avicole (FISA), «dans l’élevage de poulets de chair, on retrouve principalement des souches comme Cobb 500, Ross 308, Sasso ou Hubbard, reconnues pour leur croissance rapide et leur rendement élevé en viande.

Du côté des pondeuses, les souches Hy-Line, Lohmann Brown Classic, Isa Brown et H&N s’imposent, assurant une productivité constante et une ponte régulière.»

Il est important de souligner que plus de 90% de ces souches sont importées, principalement d’Espagne, bien qu’elles soient développées aux États-Unis et en France. Cependant, leur présence sur le marché marocain ne supplante pas les produits nationaux.

Les œufs à coquille brune, préférés des consommateurs locaux, conservent leur position dominante. De même, le poulet de chair marocain, identifiable par sa teinte spécifique, continue de jouir d’une image de fraîcheur et de qualité.

Une baisse notable
Qu’ils soient locaux ou importés, la volaille et les œufs ont connu depuis environ un an et demi une tendance haussière des prix, qui s’est estompée depuis le début de cette semaine.

En effet, le prix à la ferme se stabilise vers 14,5 DH le kilo, alors qu’il était entre 17 et 18 DH depuis plusieurs mois. Le prix final appliqué au consommateur, qui avait atteint jusqu’à 32 DH le kilo, se négocie actuellement autour de 22 DH.

Une baisse notable, mais encore éloignée des niveaux pré-Covid, qui tournaient entre 18 et 20 DH dans certaines régions.

Les œufs suivent une trajectoire similaire. Alors qu’ils avaient franchi la barre de 1,70DH l’unité, ils sont désormais vendus à 1,50 DH. Une évolution certes plus favorable aux consommateurs, mais qui reste supérieure aux prix d’avant pandémie.

Effet rattrapage
Plusieurs facteurs expliquent cette évolution. La saison estivale, traditionnellement marquée par une forte consommation en raison de divers évènements festifs et du retour des Marocains résidant à l’étranger, tire naturellement les prix vers le haut.

S’ajoutent à cela les épisodes de fortes chaleurs qui impactent directement la productivité et augmentent le taux de mortalité dans les élevages, pouvant atteindre jusqu’à 20% dans certaines régions.

Cependant, en dépit de ces pressions, la production reste soutenue. Il ne s’agit donc nullement d’un problème de demande. Bien au contraire, cette dynamique est interprétée par les professionnels comme un effet de rattrapage, une tentative de compenser les pertes subies pendant près de deux années de pandémie.

«Les éleveurs ont accumulé des pertes sèches quotidiennes durant la crise sanitaire. Ils commencent à se redresser, portés par la reprise de la consommation, du tourisme, de l’hôtellerie et de la restauration», explique Alaoui. Cette reprise progressive a mécaniquement entraîné une hausse des prix.

Un autre élément, non négligeable, vient amplifier cette dynamique : le transfert de la demande de la viande rouge (devenue inabordable pour une large frange de la population) vers la volaille.

Face à l’augmentation constante des prix du bœuf et de l’agneau, les ménages marocains se tournent massivement vers les protéines avicoles. Ce phénomène d’éviction par les prix est accentué par une tendance globale vers une alimentation plus saine, moins calorique et plus économique.

La volaille devient ainsi non seulement une alternative nutritionnelle, mais également une réponse aux contraintes budgétaires des foyers.

Des défis persistants
Malgré les signes encourageants, la filière continue de faire face à des défis structurels majeurs. La prolifération des tueries traditionnelles, l’absence d’infrastructures modernes et le manque d’encadrement des circuits de distribution freinent son développement.

Alaoui souligne : «Le chantier de la modernisation des tueries avance, notamment avec le lancement d’une opération pilote dans la province de Nouaceur. Mais les efforts demeurent en deçà des ambitions du secteur».

Des initiatives émergent toutefois, notamment dans la région de Casablanca et celle de Taroudant, où des abattoirs industriels mobilisent des investissements de près de 700 millions de dirhams chacun.

D’autres abattoirs de taille moyenne, entre 500 et 1.000 m², voient le jour, avec une moyenne d’investissements de 5 millions de dirhams. La FISA joue un rôle central dans cet écosystème, en assurant un accompagnement technique aux porteurs de projets, jusqu’à l’obtention des autorisations sanitaires délivrées par l’ONSSA.


Préserver la souche locale «Beldi»
Au-delà des souches importées, le Maroc dispose de son propre patrimoine : la souche traditionnelle «Beldi», très prisée pour la saveur de sa viande et la typicité de ses œufs.

Pour la préserver, la Fédération s’implique dans un projet d’envergure visant à protéger le patrimoine avicole local. En partenariat avec l’INRA (Institut national de la recherche agronomique) et des experts italiens, un programme scientifique de caractérisation de cette souche est en cours.

Objectif : valoriser cette race rustique, l’adapter à des systèmes d’élevage durables et en faire un produit à haute valeur ajoutée, à la fois culturel et économique.