Agriculture
Al Moutmir met en avant la gestion durable de l’eau
La diminution des ressources hydriques, sous l’effet de la sécheresse, et la détérioration de leur qualité impactent négativement l’agriculture. Toutefois, des solutions existent pour gérer durablement l’eau afin de bâtir une agriculture résiliente au Maroc. Éclairage.
Le caractère récurrent de la sécheresse au cours des 6 dernières années au Maroc, à l’origine d’un manque d’eau chronique pour l’agriculture, n’a pas épargné la région Souss-Massa, premier bastion national de la production d’agrumes et de tomates.
La sécheresse sur cette longue période a aussi contribué à l’augmentation du taux d’exploitation des eaux conventionnelles (eaux superficielles et souterraines) au Maroc.
À titre illustratif, ce taux culmine à 159% dans la localité de Tensift. Ceci dit, le choix du programme Al Moutmir, porté à la région Souss-Massa pour abriter récemment la rencontre de la communauté de pratique sur la gestion durable des ressources hydriques pour une agriculture résiliente, n’est pas fortuit.
Une unité de dessalement salvatrice
Dans l’optique de sécuriser son approvisionnement en eau potable, tout en renforçant la résilience de son agriculture à grande valeur ajoutée, la région Souss-Massa a été dotée d’une station de dessalement d’une capacité de près de 275.000 m3 par jour, laquelle sera portée à 400.000 m3 par jour.
L’impact de la station de dessalement sur la résilience de l’agriculture régionale a été abordé lors de la rencontre qui s’est tenue, mardi 18 février, dans la capitale du Souss.
Considérée comme un pilier de la stratégie innovante en matière de sécurisation de l’offre hydrique, la station de dessalement permet l’irrigation de 15.000 hectares (1.500 exploitations), favorisant ainsi la pérennité de l’activité agricole au niveau de la région Souss-Massa. Concrètement, le système de contrat en vigueur offre aux exploitants agricoles souscripteurs une dotation annuelle de 3.600 m3 par hectare. De plus, un dispositif prévoit l’augmentation de la dotation annuelle.
Au-delà de ces données, l’opérationnalisation de cette infrastructure d’importance capitale est arrivée à point nommé. C’est-à-dire dans un contexte de surexploitation et de déficit des eaux souterraines de la province de Chtouka Aït Baha, pourtant réputée pour la production de tomates de qualité.
Par ailleurs, notons que les différentes thématiques abordées à Agadir vont dans la droite ligne de la vocation du programme Al Moutmir, conçu pour favoriser le partage d’expériences et l’identification de solutions durables au bénéfice de l’agriculture nationale. La question de la salinisation des eaux et des sols, défavorable aux activités agricoles, a occupé une grande partie des échanges, rythmés par les présentations d’éminents experts scientifiques.
Les solutions mises en avant à Agadir
Lors de son exposé, Rachid Bouabid, professeur à l’École nationale d’agriculture de Meknès (ENAM) a, dans un premier temps, fait remarquer que la sécheresse a impacté aussi bien la qualité (augmentation de la salinité) que la quantité des ressources hydriques dans plusieurs régions du Royaume, dont le Souss-Massa.
Il s’est évertué à démontrer que le dessalement est une des solutions à même d’affranchir plusieurs régions du Maroc de la problématique du tarissement des eaux souterraines et de celle de la dégradation des sols en raison de l’accumulation du sel et du sodium. Il convient de noter qu’un pays comme l’Espagne est parvenu à utiliser entre 22 et 25% de l’eau dessalée pour l’irrigation agricole.
La rencontre a aussi permis à l’assistance de découvrir des start-up et des entreprises technologiques qui proposent des solutions pour contrer le fléau de la salinisation des eaux et des sols.
À ce titre, Omar El Johri (Africa Water Intelligence) a présenté les multiples avantages des solutions décentralisées de traitements des eaux, déployées par l’entreprise privée Africa Water Intelligence. Il s’agit, entre autres, de petites unités de dessalement et de traitement des eaux usées, avec une capacité pouvant atteindre 400 m3 par jour. Notons que ces infrastructures sont modulables et peuvent être adaptées aux besoins spécifiques de chaque exploitant agricole.
Pour sa part, le professeur Aziz Abouabdillah a exposé les nouvelles approches de pilotages d’irrigation à la parcelle s’appuyant sur les nouvelles technologies et la digitalisation, avec à la clef des résultats probants. Il s’est aussi employé à sensibiliser l’auditoire sur les cultures très consommatrices d’eau.
Quant au professeur de l’UM6P, Mohamed Hakim Kharroum, il a exposé à l’auditoire la méthode consistant à combiner l’expérimentation chez les agriculteurs, la modélisation hydrologique et les techniques de télédétection spatiale. Cette approche, selon lui, ouvre une large perspective pour assurer le suivi agricole et celui de la végétation.
De plus, le scientifique a mis en relief les multiples vertus de la technique de «l’irrigation déficitaire», en prenant l’exemple de l’olivier. En clair, cette méthode, qui doit être davantage adoptée par les exploitants agricoles au Maroc, permet de rationaliser l’utilisation de l’eau avec des économies de consommation pouvant atteindre 30%.
Cette technique, qui n’a qu’un léger impact sur les rendements agricoles, a le précieux avantage d’assurer une gestion durable des ressources hydriques.
Ceci dit, il est utile de préciser que l’UM6P, à travers ses chercheurs, mène des recherches à fort impact. Concrètement, dans le domaine de la gestion de l’eau, l’établissement universitaire collabore avec les Agences de bassins hydrauliques, les Offices régionaux de mise en valeur agricole ainsi qu’avec les agriculteurs. À titre d’exemple, plusieurs exploitations gérées par des agriculteurs marocains font l’objet d’un suivi régulier de la part des chercheurs de l’université, basée à Benguerir.
Le professeur de l’établissement universitaire, soutenu par le groupe OCP, a également mis en avant plusieurs pistes assurant une meilleure gestion de l’eau pour une agriculture résiliente, notamment dans les périmètres irrigués.
La réduction des pertes d’eau dans les adductions et les réseaux de distribution, l’amélioration de l’efficience de l’irrigation dans les exploitations, l’augmentation de la productivité de l’eau ou encore l’utilisation des eaux non conventionnelles pour l’irrigation sont autant de leviers recommandés par Mohamed Hakim Kharroum.