Agriculture
Agriculture : une excellente campagne en perspective…
Les signes d’une bonne récolte se multiplient et la valeur ajoutée du secteur agricole devrait dépasser les 14% en 2026. Les prochaines semaines restent néanmoins déterminantes.
Avec des précipitations pluviométriques généreuses et un climat des plus favorables, la campagne agricole 2025-2026 serait des plus exceptionnelles. C’est du moins ce qu’espèrent ou prévoient les professionnels du secteur agricole. Rien n’est pour le moins gagné à l’avance.
On a beau dire que la situation serait nettement meilleure que celles des années précédentes et il est vrai que c’est bien parti. Mais tout se jouera dans les prochaines semaines.
«C’est encore tôt pour affirmer que les céréales afficheraient une production record, parce qu’il suffit d’une semaine de canicule ou à l’inverse de fortes pluies ou de grêles sur certaines régions pour que le gros de la campagne soit perdu, quoiqu’une bonne partie est presque totalement assurée», explique un professionnel du secteur.
Si les cultures céréalières plantées à partir de Settat, en allant vers le sud, s’en sortent bien, avec une croissance jugée satisfaisante et en rupture totale avec les années précédentes, ce n’est pas encore le cas dans d’autres zones où les céréales n’ont pas encore formé leurs épis. Et c’est justement pour cette raison qu’il est encore tôt pour se prononcer.
Rappelons que la superficie consacrée aux céréales, légumineuses et cultures fourragères atteint actuellement 4,5 millions d’hectares, dont 3,9 millions d’hectares pour les seules céréales d’automne. Ce qui s’inscrit en hausse de 48% par rapport à la campagne précédente.
VA agricole de plus de 14%
Néanmoins, les prévisions restent bonnes. Le chef du gouvernement avait annoncé que le secteur agricole pourrait enregistrer cette année une croissance exceptionnelle avoisinant les 15%.
Abondant dans le même sens, Bank Al-Maghrib estime que la récolte des trois principales céréales atteindrait 82 millions de quintaux et que la valeur ajoutée du secteur devrait donc s’élever à 14,4% en 2026, marquant une hausse de 9,2 points comparativement à 2025.
Elle sera toutefois suivie d’un recul à 5,3%, sous l’hypothèse d’un retour à une campagne céréalière moyenne. Elle dépasserait, de loin, le PIB des activités non agricoles, qui devrait tourner en moyenne autour de 4,5%.
Le ministre Ahmed Bouari, pour sa part, a assuré que les régions du Nord, de Saïss, du Gharb et de Chaouia ont été particulièrement les bénéficiaires des récentes pluies. Ce qui a permis un redressement rapide des cultures impactées par des inondations ponctuelles.
D’ailleurs, le cumul national des pluies entre le 1er septembre 2025 et le 11 mars 2026 a atteint 462 mm, soit une hausse de 56% par rapport à la moyenne des trente dernières années et de 134% par rapport à la saison précédente.
Ces précipitations devraient améliorer sensiblement la productivité des cultures céréalières et de base, renforcer l’élevage et consolider l’ensemble des filières agricoles.
Doukkala, le tournant
La région de Doukkala, longtemps déficitaire tant en termes de pluviométrie que de lâchers d’eau des barrages, renait de ses cendres également. Après sept années de sécheresse, elle renoue avec une dynamique agricole sans précédent.
Un véritable tournant, puisque la campagne des cultures d’automne affiche un bilan reluisant avec un programme exécuté à hauteur de 90%. Ce dernier couvre plus de 83.700 hectares, principalement en céréales et légumineuses.
La culture des légumineuses d’automne a, quant à elle, dépassé son objectif, avec 2.080 hectares réalisés, soit plus de 100% du dispositif prévu. Les cultures d’hiver, dominées par la pomme de terre, couvrent 1.530 hectares, tandis qu’un périmètre de 1.965 hectares est déjà tracé pour le printemps.
Ces performances ont été rendues possibles grâce à un volume de pluies atteignant 413 mm, en hausse de 63% par rapport aux saisons précédentes et de plus de 28% par rapport à une année normale.
En tout cas, la stabilité des conditions pluviométriques et météorologiques est tellement favorable qu’elle a donné la possibilité aux agriculteurs de réaliser les opérations techniques de désherbage et de traitement de maladies fongiques.
D’autant que, globalement, cette situation permettrait non seulement de répondre aux besoins en irrigation des cultures existantes, mais également de lancer les campagnes de printemps dans un contexte favorable. Elle devrait en outre aider à rétablir l’équilibre de plusieurs filières agricoles, notamment le lait, la viande, le sucre et les légumes.
L’autre particularité de taille de cette campagne agricole, c’est l’impact de la pluviométrie sur les parcours naturels, qui se sont régénérés, redevenant une ressource clé pour le pâturage. Cette amélioration a permis de limiter le recours aux aliments composés, offrant ainsi un réel soulagement aux éleveurs de la région.
Ceci, combiné à l’aide directe en faveur des éleveurs, lancée par le ministère de l’Agriculture, contribue fortement tant à la production animale qu’à la productivité du cheptel national.
Crier à la victoire, c’est certes encore tôt, mais tout porte à y croire. Cela dit, c’est au cours des prochaines semaines que se jouera la confirmation de ces projections ainsi que l’évaluation de leur impact réel sur les cultures céréalières et l’élevage, avec, en ligne de mire, une contribution optimale du secteur agricole à la croissance globale.
Le déploiement des programmes d’irrigation se poursuit
En dépit de l’abondance des pluies, le Maroc poursuit son programme de sécurisation des ressources hydriques avec non seulement la mise en place de stations de dessalement, mais également le développement de l’irrigation.
D’ailleurs, un schéma directeur de développement de l’irrigation dans la région agricole de la Chaouia, sur une superficie de 250.000 ha, a été lancé par le ministère qui vise à moderniser et sécuriser l’usage agricole de l’eau dans cette zone, devenue vulnérable, et qui n’a pas encore pleinement profité des dernières précipitations pluviométriques.
La région du Gharb bénéficiera également d’un gigantesque réseau d’irrigation qui devra s’étendre sur une superficie de 30.000 ha. La plaine du Saïss n’est pas en reste. Un réseau moderne d’irrigation y sera construit, prévoyant l’acheminement depuis le barrage M’Dez de plus de 125 millions de m³ d’eau de surface, pour irriguer une première tranche de 10.000 ha, avec une extension programmée à terme pour couvrir 30.000 ha.