Agriculture
Agriculture : Un secteur à bout de souffle ?
La production agricole n’est pas des plus satisfaisantes. Cela fait d’ailleurs des années que cette situation perdure. Face à ce constat, le secteur s’adapte et se redessine en fonction de l’évolution des conditions climatiques.
Le spectre de la sécheresse s’entête. Depuis six années, le phénomène s’abat sur le Maroc, entraînant sur son passage d’énormes dégâts. Les barrages se vident de leur eau, les superficies cultivées se rétrécissent et les productions agricoles baissent.
Pour la campagne de cette année, la superficie semée en céréales principales est de seulement 2,47 millions d’hectares contre 3,67 millions d’hectares en 2022-2023, en baisse de 33%. «Pour la première fois depuis 40 ans, les terres cultivées n’ont pas dépassé 2,5 millions d’hectares», avait signalé Mohamed Sadiki, ministre de l’Agriculture, alors que la superficie dépassait 3,6 millions. Soit la surface la plus réduite de l’histoire de l’agriculture céréalière marocaine, sachant que cette culture n’a jamais plongé en dessous de 3,4 millions d’hectares.
La superficie récoltable, elle, est estimée à 1,85 million d’hectares, représentant ainsi près de 75% de la superficie semée.
Avec un rendement moyen prévisionnel au niveau national de 16,9 Qx/ha, la production des trois céréales principales est estimée à 31,2 millions de quintaux contre 55,1 millions de quintaux, en baisse de 43% par rapport à la campagne précédente. Par espèce, la production céréalière est estimée à 17,5 millions de quintaux pour le blé tendre, 7,1 millions pour le blé dur et 6,6 millions pour l’orge.
Plusieurs cultures touchées de plein fouet
Ces conditions, pour le moins difficiles, ont touché toutes les autres cultures. Les forages et légumineuses ont vu leurs surfaces se réduire entre 18 et 35%. Ce sont seulement 471.000 ha qui ont été cultivés pour les premiers, contre 109.000 pour les secondes. Certaines régions ont tellement été touchées que l’irrigation est devenue inexistante. Les agriculteurs se sont retrouvés face à une situation où ils devaient choisir entre ne rien cultiver ou détruire les cultures déjà entamées. C’est le cas notamment de la région de Doukkala et Tadla, connue, entre autres, par la culture sucrière. La superficie de cette dernière a baissé de 42% pour la betterave, passant à 22.000 ha et à 55.000 ha pour la canne à sucre, en repli de 35%.
Dans ce tableau sombre, la filière des légumes a tiré son épingle du jeu. Une superficie de 91.000 ha est cultivée pendant l’automne et 58.000 ha durant l’hiver. Ce qui avait permis de couvrir les besoins nationaux jusqu’en juin. Les cultures printanières s’en sont bien sorties également, avec une superficie de 112.000 ha. Elles ont bénéficié des précipitations tardives mais salvatrices de la saison du printemps, qui ont pu sauver la mise et permettre un approvisionnement régulier des marchés nationaux.
Maraîchères, fruits et légumes, les gagnants
Les cultures maraîchères s’en sont bien sorties également. Sadiki avait indiqué en juin dernier que le maintien du programme d’assolement à des niveaux satisfaisants en dépit des conditions climatiques difficiles et les restrictions à l’irrigation dans certains périmètres d’irrigation ont permis de maintenir l’offre à des niveaux satisfaisants. En effet, la production maraîchère au cours des saisons d’été, d’automne et d’hiver a permis de couvrir les besoins du marché national en légumes, notamment la tomate, l’oignon et la pomme de terre, avec une production de l’ordre de 5,6 millions de tonnes.
Pour les autres cultures, les prévisions restent assez ternes. Pour l’agrumiculture par exemple, alors que les professionnels de la filière tablaient, en début d’année, sur une hausse de la production d’environ 15% pour la campagne actuelle, d’autres spécialistes en la matière ont revu ces projections à la baisse, à mesure de la poursuite du déficit hydrique, du manque de la pluviométrie et du réchauffement climatique.
Le dernier rapport du département américain de l’Agriculture a estimé que la production de tangerines et mandarines devrait atteindre environ 950.000 tonnes métriques (TM), en hausse de 3% par rapport à l’année précédente, celle des oranges devrait augmenter de 5% à 820.000 tonnes et celle des citrons devrait se situer à 40.000 tonnes. Toutefois, les prévisions d’exportation de mandarines pour 2023-2024 ont été révisées à la baisse, à 400.000 MT contre 453.000 MT, une année auparavant.
De son côté, la filière oléicole ne devrait pas réaliser une production exceptionnelle. Les évènements climatiques viennent enfoncer une production déjà mal en point. En fait, la production d’olives évolue en dents de scie. Alors qu’elle avait atteint 1,6 million de tonnes en 2020, elle a augmenté à 1,9 million l’année suivante pour chuter à un million seulement en 2022.
L’avocat et le melon se démarquent
La production est ressortie en 2023 en quasi-stagnation par rapport à 2022 et cela ne devrait pas changer pendant cette campagne, tant pour les olives que pour l’huile d’olive. C’est du moins ce que prévoient certains professionnels, qui espèrent un changement de la donne, d’ici au début de la période de la récolte, vers le mois d’octobre. Cela dit, il est des cultures qui ont réalisé une performance inédite pendant cette campagne. Il s’agit notamment de l’avocat. Selon le site spécialisé, FreshPlaza, la production d’avocats au cours de la saison actuelle devrait atteindre entre 80.000 et 90.000 tonnes, soit une augmentation de 33% à 50% par rapport à la saison précédente.
Pareil pour les melons, dont 70% de la récolte ont déjà été réalisés. Il faut dire que ce niveau de récoltes agricoles, déjà réalisé ou à venir, intervient dans un contexte où l’autorité de tutelle ne lésine pas sur les moyens pour soutenir le secteur et pour maintenir aussi bien l’approvisionnement des marchés que les revenus des agriculteurs. Les principales mesures prises concernent la subvention de l’orge, de semences céréalières, de plants pour les tomates et l’oignon et la pomme de terre, en plus d’engrais azotés et autres matières premières.
Les subventions, le semis direct et l’irrigation…, le gros de la campagne 2024-2025
La résilience face au changement climatique est le mot d’ordre du ministère pour assurer une agriculture durable. C’est d’ailleurs dans cette vision que la prochaine campagne agricole s’est inscrite. Ainsi, le semis direct et l’irrigation complémentaire seront toujours au menu. Parallèlement, le gouvernement poursuivra les subventions des semences céréalières certifiées et introduira de nouvelles espèces. De même pour les semences et plants de tomates, oignons et pommes de terre dont la subvention sera maintenue pour garantir l’approvisionnement du marché. Le programme prévoit également la disponibilité de 650.000 tonnes d’engrais phosphatés et une subvention de 40 à 45% pour les engrais azotés. Le plan de culture d’automne inclut 4,36 millions d’hectares de céréales et autres cultures, en fonction des conditions climatiques. Pour la production animale, la subvention de l’orge et des aliments composés continuera selon les conditions.
