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Agriculture : Comment le Maroc change son orientation ?

Le Royaume a adapté son agriculture aux changements climatiques et aux évolutions de la conjoncture économique mondiale. Avec une autosuffisance complète en fruits et légumes et à 70% en céréales, le pays diversifie son secteur, en introduisant de nouvelles cultures ou en misant davantage sur des anciennes.

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Le secteur agricole a toujours été au cœur des politiques publiques nationales. Nécessité d’étendre les superficies implantées, de diversifier les cultures, d’assurer l’autosuffisance… Ces objectifs ont toujours été prônés par le Royaume.
D’année en année, des contraintes se sont imposées de fait, liées notamment aux changements climatiques et, donc, la succession de périodes de sécheresse, avec tout ce que cela a engendré comme difficultés, dont la principale reste le déficit hydrique tant pour l’irrigation que pour l’eau potable. Des actions gouvernementales en ont découlé, à l’instar de la préservation des agriculteurs, de leurs revenus et de leurs exploitations, la subvention des intrants, la réorientation des cultures vers d’autres plus résilientes, la nécessité d’assurer la souveraineté alimentaire…
C’est normal quand on sait que le secteur agricole est le premier pourvoyeur d’emplois au Maroc. Plus de 40% de la population vit de l’agriculture et, bon an mal an, ce secteur génère en moyenne 13% du PIB national.
Le Maroc peut se targuer d’un secteur agricole très diversifié. Aucune culture n’est négligée au détriment d’une autre, si ce n’est en raison de sa forte demande en eau. Allusion faite à l’avocatier, la pastèque et les agrumes notamment. L’État avait décidé, il y a deux ans de cela, d’arrêter les subventions destinées à l’irrigation localisée de ces cultures.

Autosuffisance assurée ou presque
Mais ce ne sont pas les principales cultures au Maroc. Les 8,7 millions d’hectares de superficie agricole au Maroc sont couverts à plus de la moitié par les céréales dans lesquelles le blé tendre représente 45%, l’orge 35% et le blé dur 20%. Les besoins satisfaits frôlent alors les 65%.
Vient directement après l’olivier. Cette culture, qui a d’ailleurs été fortement encouragée dans le cadre du Plan Maroc Vert, permet au Royaume de se classer parmi le top 5 des importants producteurs mondiaux, à côté de l’Espagne, la Grèce, l’Italie et la Turquie. Avec une superficie plantée de plus d’un million d’hectares, la filière oléicole représente 65% de la superficie arboricole et est cultivée dans toutes les régions du Maroc, dont la moitié est accaparée par Fès-Meknès et Marrakech-Safi.
La filière arboricole, qui satisfait 100% des besoins nationaux, est cultivée sur une superficie de près de 400.000 hectares, avec une part de 47% pour le pommier. Elle est localisée au niveau de trois principales régions, dont Fès-Meknès avec 27%, Tanger-Tétouan-Al Hoceima avec 20% et l’Oriental avec 13%. C’est parmi les filières qui ont donné les résultats les plus appréciables dans le cadre du PMV. Le gouvernement ne compte pas s’arrêter là, puisque le nouveau contrat-programme signé avec l’interprofession dans le cadre de Génération Green vise deux principes, dont l’extension des superficies des espèces arboricoles et le renouvellement des vergers vieillissants.
Le Maroc est également connu par sa production d’agrumes, notamment dans la région de Souss-Massa qui accapare 32% de la superficie totale de la culture établie à 130.000 ha. Elle est suivie par la région de Rabat avec 20%, l’Oriental avec 17%, Béni-Mellal avec 14% et Marrakech avec 13%. Par ailleurs, le profil variétal du verger agrumicole national est composé d’une gamme diversifiée, mais reste dominé par 3 groupes de variétés, à savoir le groupe des Clémentines avec 24%, la Maroc Late avec 20% et les Navels avec 19%. Avec une production moyenne de 2 millions de tonnes, le gros est destiné à la consommation intérieure (1,6 million de tonnes) quand 600.000 tonnes portent sur l’export. Le reste, soit environ 50.000 tonnes, va vers la transformation.

Les maraîchers, 100% des besoins
La filière des produits maraîchers est l’une des activités agricoles les plus dynamiques du secteur. Elle couvre les besoins de la consommation nationale et est connue pour défier même les aléas de la conjoncture. Sur une superficie de 40.000 ha, la tomate, à elle seule, en draine 43% et contribue à hauteur de 26% de la production maraîchère totale.
En plus de ces cultures, le Maroc a porté un intérêt particulier à la filière phoénicicole. Malgré qu’elle n’occupe que 1% de la superficie agricole utile, elle place le Maroc au 3e rang des pays du Maghreb et 7e au niveau mondial, avec une superficie de 50.000 ha, près de 5 millions de palmiers dattiers plantés et près de 117.000 tonnes de dattes produites en moyenne par an. De plus, la filière contribue à la formation des revenus agricoles à hauteur de 60% pour 1 million d’habitants.
Le pays est également caractérisé par d’autres cultures, dont le safran, la rose à parfum ou encore les produits du terroir qui ont bénéficié d’une attention particulière depuis 2008. Une stratégie spécifique a été élaborée pour le développement de ce secteur, et qui repose sur la protection et la promotion du patrimoine national en matière de produits de terroir, mais également sur leur valorisation.

Place à de nouvelles cultures
Au fil des années, d’autres cultures ont vu le jour, comme le kaki, le pitaya plus connu sous le nom du fruit du dragon, ou encore les baies de goji. Les superficies et productions ne sont pas encore conséquentes pour pouvoir placer le Maroc sur l’échiquier international. Mais elles continuent à prendre de la place petit à petit. Le kaki, par exemple, est cultivé sur une dizaine d’hectares, notamment à Rabat, Khémisset, Meknès et Kénitra, pour une production qui ne dépasse pas 60 tonnes. En fait, ces cultures sont plus le fait d’initiatives privées qui se sont multipliées et auxquelles le gouvernement s’est intéressé, bien après, vu les rendements intéressants qu’elles offrent, mais aussi, les vertus nutritionnelles et aussi climatiques.
Il se trouve aussi qu’avec les changements climatiques et l’évolution du contexte international, le paysage agricole a été amené à se renouveler pour épouser ces transformations. Il faut dire que le Maroc s’est montré visionnaire en adaptant son agriculture. Depuis quelques années, la réflexion est tournée vers l’adaptation aux effets climatiques. D’où l’orientation vers des cultures moins consommatrices d’eau, plus résistantes et plus productives, qui viendraient même en alternance des cultures traditionnelles. Mais pas seulement, l’ambition du ministère de l’Agriculture est aussi de se tourner vers les cultures à haute valeur ajoutée.
Plusieurs d’entre elles sont ainsi privilégiées, telles que le caroubier, le grenadier, les figues de barbarie, l’amandier, le pistachier, l’arganier… Si ces cultures existaient bien sur de petites parcelles et sont amenées à prendre davantage d’importance à l’horizon 2030, d’autres voient à peine le jour, petit à petit, et s’annoncent prometteuses. Le quinoa est le meilleur exemple. Comparé aux céréales, comme l’orge, le blé et le maïs, le quinoa est beaucoup plus résistant à la sécheresse.
Ces variétés rentrent dans le cadre des efforts entrepris par le gouvernement afin d’assurer la sécurité alimentaire du pays, en créant, sinon élargissant, des cultures qui répondent parfaitement au changement de contexte. L’INRA (Institut national de recherche agricole) ne lésine pas sur les moyens pour développer des technologies innovantes visant à renforcer la résilience de l’agriculture au Maroc et à atténuer les effets négatifs des changements climatiques.


Al Moutmir, pour plus de rendement
Les changements opérés dans le secteur agricole ne concernent pas seulement les nouvelles cultures à implanter ou dont la superficie est à étendre, mais également la manière de faire. L’initiative Al Moutmir en est le meilleur exemple. Lancée depuis 2018 par l’OCP, en partenariat avec le ministère de l’Agriculture, elle a été incubée à partir de 2022 par l’UM6P.
Sur les cinq dernières années, plus de 45 étapes du dispositif ont été réalisées, en faveur de 200.000 agriculteurs. Ainsi, près de 24.000 plateformes de démonstration ont été installées, dans 5 groupes de cultures différentes, un peu partout dans le pays. Elles sont établies dans les exploitations des agriculteurs qui ont bien voulu jouer le jeu pour constater
de visu les rendements et les revenus générés des cultures implantées à travers l’adoption de nouvelles pratiques agricoles.
Plus de doute sur l’amélioration des rendements : jusqu’à 25% pour les céréales et légumineuses, 22% pour l’olivier et 21% pour les maraîchères.