Affaires
Agadir : la destination en mal de reprise
La station balnéaire n’a pas encore retrouvé son activité de 2019. Les tour-opérateurs ne programment pas assez la destination. Les marchés classiques qui ne sont pas desservis par les compagnies low cost sont encore à la traine. Trop d’hôtels fermés et un produit à mettre au goût du jour.
La destination Agadir et région a enregistré près de 100.000 arrivées et plus de 420.000 nuitées dans les hôtels classés lors du mois de septembre dernier. Si on peut se réjouir des retombées minimes du séisme d’Al Haouz sur l’activité et de la reprise post-Covid, les chiffres réalisés restent encore en deçà de leur niveau de 2019.
Selon les statistiques communiquées par le Conseil régional du tourisme d’Agadir Souss-Massa, les arrivées totales réalisées en septembre 2023 dans les établissements d’hébergement classés ont enregistré une baisse de 8,7% par rapport à septembre 2022 et -7,7% par rapport à septembre 2019. Au niveau des nuitées, les chiffres enregistrés font également état d’un recul. En effet, les nuitées totales réalisées durant le mois de septembre 2023 ont accusé une baisse de 1% par rapport à septembre 2022 et -12,3% par rapport à septembre 2019. Durant le dernier mois, on retient aussi une baisse au niveau des taux d’occupation de 3% par rapport à 2022 et de 6,7% comparativement à 2019. Ce qui s’est traduit par un taux d’occupation de 57% en septembre dernier contre 59% et 61% respectivement durant la même période en 2022 et 2019.
Activité à deux vitesses
Quelles sont les raisons de cette régression ? Elles sont multiples, selon les professionnels. Pour le président du CRT Agadir Souss-Massa, Salah Eddine Benhammane, ce sont surtout les marchés adossés au tour-operating qui n’ont pas retrouvé la cadence de 2019 en raison d’une faible programmation d’Agadir. Il s’agit notamment des marchés allemand, belge, polonais, hollandais et russe. Par contre, les marchés qui sont desservis par des vols
low cost à destination de la station balnéaire ont des taux de récupération positifs par rapport à 2019.
Mais ce ne sont pas les seuls éléments supposés être à l’origine de la situation actuelle. La destination pâtit de la fermeture de près de 20 établissements hôteliers, ce qui représenterait plus de 6.000 lits dont seulement un peu plus de 1.800 en rénovation. Si on prend aussi en compte les hôtels en difficulté ou en redressement ou encore en liquidation, ce sont ainsi plus de 8.000 lits au total à travers 30 établissements qui font défaut pour le moment à la destination, d’où une activité à deux vitesses depuis plusieurs années. Comment redresser la barre et doper le produit de la station balnéaire ? C’est justement l’objectif de la nouvelle feuille de route dédiée au secteur à Agadir et région. Pour rappel, la nouvelle stratégie élaborée pour le développement du secteur a été présentée aux institutionnels et professionnels du tourisme en mai dernier. Doublement des capacités aériennes avec une stratégie de déploiement concerté, renforcement de la promotion, consolidation et mise à niveau de l’offre hôtelière sont les grands axes de cette feuille de route. Un fonds de reprise sous la forme juridique d’OPCI dans le cadre d’un partenariat public-privé est une des solutions envisagées pour les établissements en difficulté et ceux fermés depuis des années. Pour le développement de la destination, les leviers spécifiques identifiés par la nouvelle feuille de route du tourisme sont au nombre de six. Parmi eux, le beach and sun et l’ocean waves. Si les potentialités touristiques de la région sont multiples, le produit balnéaire est indéniablement un des premiers labels d’Agadir et région, connue pour être une des plus belles baies du monde. Selon les perspectives chiffrées de la nouvelle feuille de route, sur les 5 millions de touristes qu’ambitionne le Maroc à l’horizon 2030 dans la filière beach and sun, Agadir et Taghazout disposent d’un potentiel pour drainer 3,5 millions de touristes dans ce segment. Mais en attendant, il faut encore travailler le produit. C’est justement le chantier auquel s’attelle le Conseil régional du tourisme Agadir Souss-Massa. Un cabinet d’études, en concertation avec les professionnels, est en charge de traduire la vision retenue par des projets à concrétiser entre 2024 et 2025. Et ce, pour un produit au goût du jour, mieux valorisé, plus attractif et festif. Sur ce dernier plan, pour les acteurs de la ville, il y a encore du travail, car pour l’heure, l’animation nocturne en grande partie de la destination relève par endroit plus de la nuisance que de la fête, d’où l’intérêt de revoir le cadre réglementaire en la matière.
L’achèvement du palais des congrès tant attendu depuis des années et l’aménagement d’un véritable parc des expositions sont aussi, de l’avis du président du CRT Agadir Souss-Massa, des projets qu’il faut débloquer. De fait, pas de reprise durable sans une mise à niveau du produit et de nouveaux investissements pour une destination festive tendance.