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Affaires

80% des ménages au Maroc ont un revenu inférieur à  6 650 DH par mois

Le revenu moyen par ménage est de 5 300 DH par mois mais le revenu médian est de 3 500 DH seulement
63% des revenus proviennent du salariat ou d’activités indépendantes
Les 20% des ménages les plus démunis se partagent 5,4% de la masse totale des revenus.

Publié le

rub 14186
Après avoir livré, il y a exactement un an, les données sur les dépenses et la structure de consommation des ménages, issues de l’enquête sur le niveau de vie des ménages réalisée en 2007, le Haut commissariat au plan (HCP) complète le tableau puisqu’il vient de rendre public le deuxième volet de cette enquête : les revenus des ménages et les sources de ces revenus.
Outre leur importance pour la recherche économique et sociale, ces données peuvent aider à la mise en place de politiques publiques à même d’agir sur les inégalités et le recul de la pauvreté (voir encadré). C’est d’ailleurs l’objectif que le HCP s’est assigné à ce travail.
Le premier constat qui se dégage des résultats de l’enquête, et comme l’on pouvait s’y attendre, c’est que les revenus sont distribués de manière très inégalitaire. En effet, 80 % des ménages ont un revenu mensuel inférieur à 6650 DH par mois, dont moins de 5 163 DH par mois en milieu rural et moins de 7 708 DH par mois en milieu urbain. A contrario, cela veut dire que seulement 20% des ménages ont un revenu supérieur à 6 650 DH par mois. De ce point de vue, le revenu mensuel moyen par ménage, qui est de 5 308 DH, n’a plus une grande signification, puisqu’on sait par ailleurs que 60% des ménages ont un revenu inférieur à 4 227 DH par mois et que 40% moins de 2 892 DH. C’est bien pour cette même raison que le HCP a pris soin de donner à la fois le revenu moyen et le revenu médian ; ce dernier étant le plus pertinent en présence de disparités importantes dans les revenus. Comme le montre d’ailleurs l’étude, il y a une forte concentration des revenus chez une proportion infime des ménages : 20% d’entre eux accaparent 52,6% de la masse des revenus, tandis que 20% parmi les ménages les plus faibles se partagent seulement 5,4% de la masse totale des revenus. A cet égard, le revenu médian par ménage et par mois qui ressort à 3 500 DH semble mieux refléter la réalité que les derniers chiffres concernant les revenus des classes moyennes (voir méthodologie).

Le bien-être d’un ménage dépend de sa taille
Deuxième constat : le niveau de revenu paraît ici fortement corrélé au niveau d’éducation du chef de ménage, de sorte que le porteur de diplôme d’études supérieures perçoit quasiment le double (13 033 DH par mois en moyenne) du revenu d’un chef de famille diplômé du secondaire (6 975 DH) et 3 fois plus que celui qui n’a aucun niveau scolaire.
L’âge des chefs de ménage est aussi un facteur de différenciation des niveaux de revenus. Ceux parmi eux qui sont âgés entre 15 et 24 ans ont le plus faible revenu mensuel moyen : 3 244 DH contre 5 620 pour un chef de famille de 60 ans et plus. C’est un peu normal, puisque à cet âge-là, le chef de ménage, s’il est diplômé, débute à  peine dans la vie active. S’il est sans diplôme ou avec un faible niveau scolaire, son revenu se situe généralement dans le bas de l’échelle.
Troisième constat, la distribution de revenu, en tenant compte du sexe des ménages, laisse penser que l’écart entre les hommes  (5579DH par mois) et les femmes (3942 DH/mois) n’est pas très important, puisque le revenu par personne chez les deux ménages est le même (1030DH). En fait, ce rapprochement vient du fait que les ménages dirigés par les hommes sont tout simplement de plus grande taille que ceux dirigés par les femmes. Donc, l’inégalité liée au sexe demeure présente.
Plus généralement, ce que les travaux du HCP ont montré sur ce point est très significatif du changement de profil des ménages depuis les dernières enquêtes sur la consommation et les dépenses des ménages en 1985 et 2001. En 1985, l’arrivée du premier enfant dans un couple s’accompagne, en moyenne, d’une réduction de la consommation de 7,5%. En 2001, cette réduction était de 9%, et en 2007 de 17,5%. Ceci pour souligner le rôle que joue la taille d’un ménage (sauf pour les plus aisés évidemment) dans le bien-être de celui-ci.
Maintenant, d’où proviennent les revenus des ménages? Pour l’essentiel (63%) du travail salarié et des activités indépendantes non agricoles (qu’on appelle aussi entrepreneurs indépendants travaillant pour leur compte propre). Et ce constat est encore plus vrai en milieu urbain où cette source de revenu représente 73%, contrairement au monde rural où ce sont les activités agricoles qui génèrent le plus de revenu (voir graphe).
Le salariat, sous ses différentes formes, représente donc un facteur générateur de revenus très important. En particulier en milieu urbain. Comme le suggère l’étude du HCP sur les dynamiques de pauvreté couvrant la période 1985-2007 (voir encadré), rendue publique en même temps que celle sur les revenus des ménages, «plus le salariat est répandu parmi la population active urbaine, plus les chances de réduire la pauvreté sont importantes».
Toutefois, par stratification sociale, les sources de revenus diffèrent. Pour les ménages les plus aisés la part des revenus d’entreprise est plus importante. Pour les ménages moyens, les revenus salariaux sont les plus élevés, et pour les moins aisés, les revenus agricoles. Cela dessine un profil de la classe moyenne qui serait plus urbaine, vivant du travail salarié ou de professions libérales – même si l’étude du HCP sur le sujet, publiée il y a encore peu, pour des raisons liées aux standards propres à ce genre de travaux, a fait déborder ce profil sur ces extrémités hautes et basses.
Quatrième constat, enfin, le croisement des données sur les revenus avec celles sur les dépenses montre que 53% des ménages appartiennent à la même classe de dépenses que de revenus. Cela renseigne sur une certaine rationalité des dépenses au vu des revenus et, indirectement, démontre que pour au moins la moitié des ménages marocains on consomme autant que l’on gagne. Pour les ménages à petits revenus, plus particulièrement, cela peut paraître rassurant dans le sens où ces ménages ne cherchent pas à vivre au-dessus de leurs moyens.

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