Syrie : les dernières évolutions

A la veille du G20 qui se tiendra à  Saint-Petersbourg, la crise syrienne est au centre de toutes les préoccupations. Le point sur les avancées du jour…

La Russie prête à revoir sa copie ?

La Russie a décidé ce mercredi 4 septembre de suspendre ses livraisons de missiles sol-air S300 à la  Syrie. « Nous avons un contrat de livraison de S300, nous avons fourni certains composants, mais nous n’avons pas achevé nos livraisons, nous les avons pour l’instant suspendues », a déclaré M. Poutine à propos de ces systèmes d’armes perfectionnés, équivalents du Patriot américain.

En juin, il avait affirmé que Moscou n’avait pas « pour l’instant » livré de S-300 à la Syrie pour ne pas « rompre l’équilibre des forces ». L’installation d’un tel système de défense sol-air compliquerait tout projet des États-Unis ou de leurs alliés de procéder à des frappes ou d’établir une zone d’exclusion aérienne au-dessus de la Syrie.

Si Vladimir Poutine continue d’affirmer son soutien au régime Syrien, celui-ci réclame désormais des preuves tangibles établissant formellement l’usage d’armes chimiques en Syrie. « S’il y a des informations selon lesquelles des armes chimiques ont été employées, et employées par l’armée régulière (de Syrie), alors ces preuves doivent être présentées au Conseil de sécurité de l’ONU (…). Et elles doivent être convaincantes », a dit M. Poutine .

La Russie, n’écarte donc plus la possibilité d’une intervention russe en Syrie mais précise qu’elle n’agira de « manière décisive » qu’en présence de ces preuves et n’exclut donc pas de donner son accord à une opération militaire, mais seulement avec le feu vert de l’ONU. «  Conformément aux règles internationales en vigueur, seul le Conseil de sécurité des Nations unies a le pouvoir de valider le recours à la force contre un Etat souverain. Toute autre approche et moyen pour justifier l’usage de la force contre un Etat souverain et indépendant est inadmissible », juge-t-il.

Mais les jeux ne sont pas encore faits côté russe… Si Vladimir Poutine laisse entendre que la Russie pourrait prendre part à une opération militaire, il n’en demeure pas moins que le président russe continue d’émettre des doutes sur la véracité des vidéos montrant des enfants syriens tués lors des bombardements. En effet, dans une interview accordée à l’agence de presse AP ainsi qu’à la première chaine de télévision russe, le président russe fait état d’opinions divergentes selon lesquelles les vidéos en question seraient « une compilation réalisée par des bandits liés à Al Qaïda ».

Obama en campagne anti Assad

A la veille du G20 qui se déroulera jeudi et vendredi à Saint Petersbourg, le président Obama entame ce jour une tournée européenne en vue de rallier davantage de partenaires étrangers à sa politique syrienne. Première étape, Stockholm, en Suède, où il passera 24 heures.

Aux Etats-Unis, la question d’un débat, suivi d’un vote, pourrait se poser après la consultation du Congrès à partir du 9 septembre. En attendant, le président américain tente de convaincre les élus américains de l’urgence de frapper la Syrie. 

 

Et pour rallier à sa cause les plus réticents, une nouvelle résolution a été élaborée au Sénat limitant toute intervention en Syrie à 60 jours, avec la possibilité d’une extension à 90 jours, histoire de ne pas reproduire les scénarii irakien et afghans. Dans ce texte, le président se voit interdire le droit de déployer des soldats américains dans le «but d’opérations de combat en Syrie ». En revanche,  la possibilité d’opérations pour secourir des pilotes américains, par exemple, reste envisageable. Une commission du Sénat votera sur cette résolution mercredi. 

Aux Etats-Unis, la population se montre réticente à une éventuelle intervention américaine en Syrie. Selon un sondage ABC News/Washington Post publié mardi, 59% des Américains s’opposent à des frappes par missiles de croisière en Syrie.

Hollande tient tête à Assad

En France, à l’heure où députés et sénateurs s’apprêtent, ce mercredi, à débattre au parlement d’une éventuelle intervention française en Syrie, François Hollande persiste et signe en affirmant de son côté que des armes chimiques ont bel et bien été utilisées par le régime syrien et que cela n’est nullement contestable. 

« Le massacre chimique est établi. Les preuves sont là et nul ne peut les contester. Il y a bien eu utilisation d’armes chimiques », a souligné le chef de l’Etat français, lors d’un point de presse mardi à Paris avec son homologue allemand Joachim Gauck, ajoutant que « le régime de Bachar Al Assad est le seul à détenir ces armes en Syrie ».

Pour le président français, « le crime » du 21 août dans la banlieue de Damas « ne peut pas rester impuni sinon c’est le risque de la récidive », et de poursuivre, « c’est la sécurité du monde qui est en cause ».

Une position qui ne plaît pas du tout à Bachar Al-Assad. Pas le moins du monde ébranlé par les accusations de François Hollande, celui-ci met en garde la France dans une entretien accordé au Figaro. »Le peuple français n’est pas notre ennemi, mais (…) dans la mesure où la politique de l’Etat français est hostile au peuple syrien, cet Etat sera son ennemi »,

A préciser que le débat entre sénateurs et députés  français ne sera pas suivi d’un vote comme aux Etats-Unis, quand bien même les français s’y montrent favorables à hauteur de 74% avant d’entreprendre toute action militaire.