Les banquiers suisses craignent d’être poursuivis pour fraude fiscale

Un vent de panique souffle sur les milieux bancaires en Suisse, au point de ne plus oser traverser les frontières par crainte de poursuites pour fraude fiscale, après les nombreuses arrestations de banquiers du pays à  l’étranger.

L’interpellation ces derniers jours en Italie de l’ancien responsable du géant helvétique UBS, Raoul Weil, sur la foi d’un mandat d’arrêt américain, a fait monter d’un cran l’inquiétude des cadres bancaires qui semblent redoubler désormais de vigilance.

Cet ex-directeur chargé de la gestion de fortune à UBS est soupçonné par le fisc des Etats-Unis d’avoir organisé l’évasion fiscale de 20.000 clients américains, pour la somme colossale de 20 milliards de dollars.

A ce jour, il y a une trentaine de Suisses à être poursuivis par les autorités américaines. « Par mesure de sécurité, nous conseillons à toutes les personnes qui ont régulièrement visité des clients aux Etats-Unis de s’abstenir de voyager », affirme l’Association suisse des employés de banques (ASEB). Dans le doute, les banquiers comptent plutôt s’en tenir au principe de précaution.

« Environ 1.000 banquiers suisses n’osent plus se rendre aux Etats-Unis, voire à l’étranger », indique le directeur de la chambre de commerce Suisse-Etats-Unis, Martin Naville, dans des déclarations à la presse. D’après lui, les employés d’institutions financières helvétiques « hésitent de plus en plus à traverser nos frontières ».

A Genève, certains organismes financiers vont plus loin et incitent leurs employés vivant dans des pays frontaliers, notamment la France, à rejoindre le territoire helvétique sans attendre, en se disant prêts à leur accorder l’assistance financière nécessaire.

L’arrestation en juillet dernier d’un gérant de fortune par des douaniers français y est pour beaucoup, « une situation qui pourrait avoir l’effet d’une bombe » si les cadres poursuivis en viennent à révéler les complices potentiels, prévient-on auprès de l’ASEB.

Cette situation laisse craindre une réédition de l’affaire de l’ancien informaticien de la banque HSBC à Genève, Hervé Falciani, qui avait divulgué des fichiers bancaires permettant de découvrir des milliers d’évadés fiscaux dans le monde.

Grâce à la « liste HSBC », le fisc français a récupéré 186 millions d’euros au terme d’un processus de redressement fiscal de fraudeurs repérés.

Le cas de l’ancien numéro trois d’UBS, Martin Liechti, est également très révélateur à cet égard. Il avait été arrêté en mai 2008 à l’aéroport de Miami et dû rester plusieurs mois en résidence surveillée en Floride.

Ne s’étant pas présenté à son procès en 2009, il est depuis considéré comme un fugitif, sous le coup d’un mandat d’arrêt international. La justice américaine le soupçonne d’avoir eu des « co-conspirateurs » dont certains occupent des postes au plus haut niveau de la banque.

La Suisse et les Etats-Unis avaient signé, en août dernier, un accord censé ouvrir la voie au règlement définitif du différend fiscal et de toutes les affaires de fraude en suspens.

Conformément à cet accord, les banques helvétiques, qui ont aidé des contribuables américains à échapper au fisc, ont jusqu’au 31 décembre pour s’auto-dénoncer et 120 jours supplémentaires pour se mettre en règle. Moyennant le paiement d’une amende proportionnelle aux montants dissimulés, elles peuvent ensuite échapper à des poursuites à caractère pénal.