L’écosystème coopératif, moteur de croissance  de l’industrie laitière dans le Souss Massa

Depuis près de trois décennies, la filière lait enregistre un développement fulgurant dans le Souss Massa. A l’origine de cette évolution, le modèle économique adopté par Copag qui représente plus de 95% de la production de lait à l’échelle régionale. L’entreprise constitue l’exemple idoine pour l’émergence de nouvelles unités dans la filière.

C’est une belle ascension que connaît l’industrie laitière depuis près de trente ans dans le Souss Massa. Selon les chiffres recueillis auprès de l’ORMVA Souss Massa (Office régional de mise en valeur agricole) et auprès des usines implantées dans la région, la production laitière locale s’élève à plus de 1400 tonnes par jour. Une évolution, que l’on peut qualifier de spectaculaire, quand on sait que dans les années 70, la production laitière dans la région était d’environ 60 tonnes par jour. Tout a commencé à l’époque par la création de Halib Souss. Une unité de production créée à l’initiative de l’Etat marocain à travers un tour de table constitué par l’ORMVA Souss Massa, l’ODI (Office de développement industriel), et des éleveurs. Chaque entité et groupement détenant chacun 1/3 du capital de cette entreprise. La participation des éleveurs étant couverte par une subvention à l’importation de génisses à hauteur de 1000 DH/ tête, indique un acteur de la filière.   Pour accompagner l’activité, l’ORMVA a implanté des centres de collecte et, dès 1988, l’établissement développe une coopérative d’amélioration génétique bovine, mais les éleveurs de Halib Souss ont refusé, selon un industriel, d’adhérer à cette nouvelle initiative. C’est à ce moment là que commence à se positionner dans la région Copag. Une coopérative d’agrumes créée  en 1987 autour d’un  noyau réduit de petits et moyens producteurs qui a investi dès 1993 la filière lait. Dans la région on se rappelle aussi, après Halib Souss, de deux autres producteurs laitiers Notia et Darti qui n’ont pas survécu à la concurrence.    Aujourd’hui, dans la cartographie du secteur laitier dans le Souss Massa on compte après Copag, l’entreprise Silda à travers la marque Rafii qui ne cesse de grimper et Fromital connu particulièrement pour sa production de gamme diversifiée de fromages. Toutes les trois sont agréées par l’ONSSA. Copag, cependant, génère dans la région plus de 95% de la production laitière. Cette confédération qui fédère 72 coopératives est le deuxième producteur laitier à l’échelle nationale et la méga-coopérative ne cesse de s’affirmer sur le marché. Dans le Souss, elle constitue depuis sa création un véritable moteur de croissance pour la filière lait. C’est pourtant de l’avis de Moulay M’hamed Loultiti, président de Copag, «un secteur très difficile et compliqué».

L’industriel met en exergue que, de l’amont à l’aval, la filière est jalonnée de défis à relever. Produits périssables et fragiles, délais de vente, transports, en sont quelques uns. L’importation de l’alimentation de base à hauteur de 95% et des intrants dont les prix ne cessent d’augmenter en permanence, sont aussi un frein. Ceci sans oublier la sécheresse alors que la luzerne et l’ensilage de maïs nécessitent de l’eau. A l’aval de la filière, face à un prix de revient du produit qui ne cesse d’augmenter et un pouvoir d’achat limité, un prix psychologique ne peut être dépassé.  La politique d’encadrement et une rémunération assurée et généreuse des éleveurs dans le système coopératif a toutefois suscité un engouement pour la filière. Le modèle coopératif avec l’éleveur au cœur des centres d’intérêt soutenu par tous les moyens est en fait à l’origine de la réussite de l’entreprise, explique M. Loultiti.
Pour aller de l’avant Copag investit aussi énormément en matière de recherche et de développement. Pour ce faire, la société dispose d’une cellule de recherche et développement qui travaille à la diversification et au développement du produit. La formation des compétences est aussi prise en compte. Cette politique se traduit par des investissements réguliers pour la création de lignes de production ou encore l’acquisition de matériel de production. Le secret de la success story de Copag avec pour retombée une évolution fulgurante de l’industrie laitière dans le Souss à partir de la localité d’Aït Iazza (10 km de Taroudant), est aussi la mise à niveau technique depuis 2011 des coopératives adhérentes. Ce plan s’est articulé autour de la création de 40 complexes coopératifs équipés d’infrastructures administratives, économiques et sociales. Ces structures offrent aux adhérents outre le ramassage et la collecte de lait, l’utilisation en commun du matériel agricole, l’approvisionnement en aliments de bétail et produits phytosanitaires, entre autres.
L’encadrement technique, administratif et comptable des adhérents, ainsi que l’approvisionnement en carburant, sans oublier la scolarité des enfants d’agriculteurs, figurent parmi les services rendus. Autant d’éléments qui ne cessent de créer une véritable cohésion autour du modèle Copag.   Résultat : la filière laitière qui représente l’activité principale de Copag réunit aujourd’hui 65 000 vaches laitières relevant de 20 000 éleveurs ou petits producteurs. Ces derniers sont regroupés dans 120 coopératives à travers 72 coopératives adhérentes dont 3 féminines et 48 coopératives agrégées. Auprès de ses adhérents, c’est un total de 1 200 tonnes de lait par jour qui est collecté et traité dans les usines de l’entreprise disposant d’une capacité de traitement de 2 000 tonnes par jour et d’une capacité de stockage de 12000 tonnes dont 5 000 sous froid. Au niveau de la distribution, Copag dispose de 900 camions réfrigérés. Cette flotte parcourt au quotidien des milliers de kilomètres. Sur le plan commercial, le groupe compte aujourd’hui 75 000 points de vente et 31 agences commerciales pour la vente de plus de 150 références produites dans les usines de Copag. Les retombées de Copag en termes de chiffre d’affaires annuel toutes activités confondues sont 5 milliards de DH dont 90% généré par la filière lait avec à la clé 6 200 emplois uniquement dans cette filière. La politique de Copag a eu aussi de fortes retombées économiques dans la région, en termes de développement de la production de lait et ses dérivés, desservant plusieurs régions du Royaume. Le modèle économique est en effet aussi un lièvre pour l’émergence de nouvelles unités dans la filière.