L’Académie du Royaume du Maroc rend hommage à Léopold Sédar Senghor

Toute sa vie, il a défendu l’universalisme symbolisé par le métissage et le dialogue des cultures.

C’est une initiative qui s‘imposait, l’Académie du Royaume du Maroc l’a prise. Dans le cadre du programme d’animation culturelle «l’Afrique en capitale», elle a organisé, le 20 avril à Rabat, en partenariat avec le Conseil national des droits de l’Homme (CNDH), la Fondation nationale des musées du Maroc, l’Agence marocaine de la coopération internationale et l’Université Internationale de Rabat (UIR), une journée d’hommage à feu Léopold Sédar Senghor, ancien Président du Sénégal, sous le thème : «Sur les traces de Léopold Sédar Senghor». Cet évènement a été l’occasion de revenir sur le parcours, les combats et les idées toujours d’actualité de cet homme d’Etat et homme de lettres au destin singulier. Des chercheurs nationaux et internationaux ont analysé la portée et l’envergure de son œuvre poétique, philosophique et culturelle. Sa pensée a été appréhendée à partir de concepts clés comme la négritude, la créolité ou la liberté. Les débats et les échanges ont également porté sur ses préoccupations et ses réflexions politiques majeures, au sujet des droits de l’Homme, de l’éducation et de la culture.

Le Président poète

Abdeljalil Lahjomri, secrétaire perpétuel de l’Académie du Royaume du Maroc, précise que la journée «a permis de lever un certain nombre de malentendus en rapport avec son action culturelle, dont notamment le concept de négritude développé avec Aimé Césaire et qui a fait l’objet, à l’époque, de nombreuses critiques». Mehdi Qotbi, président de la Fondation nationale des musées du Maroc, a quant à lui mis en évidence le penchant artistique du Président poète en soulignant que «Senghor portait en lui un universalisme ; il était un sculpteur de mots qui s’intéressait à toutes les formes de création artistique et avait développé une vision de la vie». Universalisme que Senghor avait d’ailleurs clairement réaffirmé dans un discours prononcé en 1980 à Fès, lors de la toute première session de l’Académie dont il était membre. Pour lui, universalisme signifie métissage, dialogue des cultures et refus du repli identitaire. Des principes qui sonnent comme un rappel dans le monde d’aujourd’hui. Tout au long de son mandat, en tant que membre de l’Académie, Senghor s’est distingué par une série d’essais et de conférences traitant de sujets universels tels que «Les crises spirituelles et le dialogue Nord-Sud», «Le développement culturel, potentialités économiques et souveraineté diplomatique» ou encore «Le régime présidentiel et la démocratie en Afrique».

Parallèlement à la manifestation, l’Académie a accueilli une exposition de la Fondation Léopold Sédar Senghor sur le parcours exceptionnel de l’Homme, et ce, depuis sa naissance en 1906, à Joal au Sénégal. Cette journée n’aurait sans doute pas été complète sans le récital poétique et musical organisé autour de l’œuvre de l’Homme avec la participation d’Abdoulaye Baboulaye Cissokho, auteur-compositeur et joueur de kora, et d’Ouidad Tebbaa, titulaire de la chaire Senghor à l’Université Cadi Ayyad de Marrakech. Senghor ne boudait pas son plaisir en écoutant cet instrument «africain» qui ouvre le cœur des hommes. Le faire retentir lors d’un hommage qui lui est consacré n’est autre que rappeler le message d’unité qui lui est cher.