Bank Al-Maghrib a fini par relever son taux directeur

Alors que l’inflation était exclusivement importée, elle a fini par toucher depuis juin dernier, les biens et services non échangeables. L’impact sur la croissance tourne autour de 0,1 à 0,2%. La banque centrale prévoit une inflation de 6,3% et un taux de croissance économique de 0,8% en 2022.

Après l’avoir maintenu à 1,5% depuis juin 2020, la banque centrale a relevé son taux directeur de 50 points de base pour le porter à 2%, lors de son 3e conseil d’administration le 27 septembre. Une décision qui vient à point nommé surtout avec la décélération de la croissance et la forte accélération de l’inflation (8% en aout après 7,7% en juillet et une moyenne de 5,8% sur les huit premiers mois). Il va sans dire que la guerre en Ukraine et ses conséquences sur le renchérissement des produits énergétiques et alimentaires et sur les perturbations des chaines de valeurs, ainsi que les effets de la sévère sécheresse qui a frappé le Maroc sont des éléments favorisant l’implantation de cette inflation. Sauf que cette inflation qui était dite importée, a entamé sa diffusion à d’autres biens non échangeables, et ce, depuis juin dernier. Sur les 116 sections de produits et services qui composent le panier de référence de l’indice des prix à la consommation, 60,3% ont connu une augmentation de plus de 2% en août contre 42,2% en janvier 2022 et 23% en moyenne entre 2018 et 2019.

La banque centrale a vu bon d’agir sur le taux directeur maintenant que cette inflation commence à s’étendre, plutôt que d’attendre et de la voir se généraliser et durer. Autrement, des mesures plus draconiennes seraient prises avec un impact plus grave sur les ménages et les entreprises. Et c’est à ce moment-là, que la croissance économique serait fortement compromise. Selon le gouverneur de BAM, le gouvernement a pris plusieurs décisions pour soutenir les prix et le pouvoir d’achat de ses citoyens, dont 10 milliards de DH accordés au secteur agricole, 2,75 milliard au secteur du transport et qui sera porté à 5 milliards, 2 milliards au secteur touristique… Tout cela a fait augmenter les charges de compensation de 16 à 32 milliards de DH. Allant plus loin que ça, l’Etat a continué à rembourser la TVA aux entreprises, d’un montant de 13 milliards de DH et ce, malgré le déficit budgétaire atteint.

En tout cas, la persistance des prix élevés des matières premières alimentaires et énergétiques porterait l’inflation à un niveau élevé en 2022, soit 6,3% au lieu de 1,4% en 2021. En 2023, l’inflation devrait revenir à 2,4% en moyenne. Sa composante sous-jacente devrait s’accélérer de 1,7% en 2021 à 6,3% en 2022, tirée principalement par sa composante alimentaire, avant de se modérer graduellement et ressortir à 2,5% en moyenne en 2023.

Quand on sait qu’une augmentation des taux, pourraient brider la croissance économique, quel serait l’impact de ce relèvement sur le taux de croissance au Maroc ?

Abdellatif Jouahri assure que l’impact tourne autour de 0,1% à 0,2% seulement. En effet, après un rebond à 7,9% en 2021 (effet de base), la croissance de l’économie nationale ralentirait à 0,8% en 2022, pour s’établir en 2023 à 3,6%. Il est à noter que l’évolution de la croissance économique en 2022 devrait recouvrir une contribution positive de sa composante intérieure, alors que celle des exportations nettes ressortirait négative.