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Après 2030 : Transformer l’effort d’équipement en croissance durable

Le Mondial 2030 agit déjà comme un accélérateur de l’investissement au Maroc. Routes, lignes ferroviaires, aéroports, stades et capacités hôtelières redessinent le territoire et stimulent l’activité. Mais une question s’impose : que restera-t-il une fois les chantiers achevés ?

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À l’approche de 2030, le Maroc connaît une phase d’investissement d’une ampleur exceptionnelle.

La coorganisation de la Coupe du monde accélère des projets dont le pays avait besoin : modernisation du réseau routier, extension du ferroviaire, renforcement des capacités aéroportuaires et hôtelières, rénovation des équipements urbains et construction de nouvelles enceintes sportives.

Au-delà de l’événement, cette mobilisation améliore la connectivité du territoire, soutient la commande publique et entraîne une large partie de l’économie.

Le BTP en constitue l’un des principaux bénéficiaires. Dans son Budget économique prévisionnel 2026, le Haut-Commissariat au plan estime que la valeur ajoutée du secteur aurait progressé de près de 6% en 2025, après 5% en 2024, sous l’effet notamment de l’accélération des infrastructures stratégiques.

L’institution prévoit toutefois un ralentissement à 4,1% en 2026, parallèlement à la finalisation progressive de plusieurs grands chantiers.

Ce tassement préfigure déjà l’enjeu de l’après-2030 : éviter qu’un puissant cycle d’investissement ne soit suivi d’un brutal trou d’air.

Le risque d’un contrecoup économique et social
Le premier défi concernera l’emploi. Des milliers de travailleurs sont aujourd’hui mobilisés dans la construction, les travaux publics et les activités qui leur sont liées.

Une fois les ouvrages livrés, une partie de cette main-d’œuvre pourrait se retrouver sans débouchés si aucun mécanisme de reconversion n’est préparé.

Le paradoxe est déjà perceptible : alors que le chômage demeure élevé, les grands projets absorbent une part croissante des profils disponibles et contribuent à une pénurie de main-d’œuvre qualifiée dans le BTP.

Des tensions se font également sentir dans l’agriculture et certains segments de l’immobilier.

«La dynamique actuelle est nécessaire au pays, notamment pour moderniser ses infrastructures routières, ferroviaires et hôtelières. Toutefois, l’après-2030 doit être anticipé dès aujourd’hui. Une partie de la main-d’œuvre mobilisée par ces chantiers pourrait se retrouver sans débouchés une fois les travaux achevés», alerte Youssef Ennaciri, expert en inclusion économique et gouvernance territoriale et analyste économique.

L’autre risque tient à l’usage futur des équipements. Les infrastructures ferroviaires devraient conserver une forte utilité économique en facilitant durablement la mobilité des personnes, le tourisme et l’intégration des bassins d’activité.

La rentabilité socioéconomique de certaines routes, principalement aménagées pour desservir les nouveaux stades, sera, en revanche, plus incertaine si celles-ci ne s’insèrent pas dans des zones urbaines et productives actives toute l’année.

Un équipement peu fréquenté après la compétition génère des coûts d’entretien sans produire suffisamment d’activité pour justifier l’investissement consenti.

La même vigilance vaut pour les stades et certaines capacités hôtelières. Leur viabilité ne pourra pas dépendre des seuls grands rendez-vous sportifs. Elle supposera une programmation régulière d’événements, le développement du tourisme d’affaires et sportif, ainsi qu’une meilleure connexion avec les transports, les commerces et les services locaux.

La réussite ne se mesurera donc pas uniquement à la livraison des infrastructures avant 2030, mais à leur fréquentation et à la valeur qu’elles créeront durant les décennies suivantes.

Des infrastructures aux nouveaux pôles de croissance
Pour éviter l’effet de falaise, le prochain gouvernement devra faire de chaque grand équipement le noyau d’un projet territorial plus large.

Autour des stades peuvent être développés des quartiers mixtes, des zones d’activité, des espaces commerciaux, des équipements de loisirs et de nouveaux pôles urbains.

L’objectif est de produire des flux permanents de travailleurs, de résidents, de visiteurs et d’entreprises, afin que les routes et les services réalisés pour 2030 continuent d’être utilisés après l’événement.

«Pour éviter que certains investissements ne deviennent des infrastructures sous-utilisées, il faudra repenser l’aménagement des zones entourant les grands stades, en y développant de nouveaux pôles urbains, des zones industrielles et des activités économiques permanentes», recommande Ennaciri.

Cette logique impose de coordonner dès la conception les politiques de transport, d’urbanisme, de logement et d’investissement productif, plutôt que de traiter chaque ouvrage isolément.

L’anticipation devra aussi porter sur les compétences. Les travailleurs mobilisés par les chantiers doivent pouvoir être identifiés, formés et orientés avant 2030 vers les secteurs qui recruteront ensuite.

Des dispositifs courts de certification, construits avec les entreprises et adaptés aux besoins de chaque région, faciliteraient leur redéploiement vers l’industrie, la maintenance, la logistique, l’agroalimentaire, le tourisme, l’agriculture modernisée et les services.

Il ne s’agit pas seulement de gérer une sortie de chantier, mais de transformer une expérience professionnelle temporaire en capital humain durable.

Le pays dispose pour cela de plusieurs relais. Dans l’automobile et l’aéronautique, l’enjeu sera d’accroître le taux d’intégration locale et de permettre à davantage de PME marocaines d’accéder aux chaînes de valeur.

Dans l’agriculture, la priorité devra aller à la productivité, à la valorisation des productions et à la création de pôles agroalimentaires régionaux.
Les phosphates offrent également un levier pour articuler fertilisation raisonnée, innovation agricole et transformation industrielle.

La pêche, le tourisme et les services exportables peuvent, eux aussi, absorber une partie des compétences et des capacités libérées après 2030.

À ces secteurs s’ajoutent les métiers d’avenir. L’intelligence artificielle, la donnée, la cybersécurité, les énergies renouvelables et les technologies industrielles peuvent devenir de nouveaux moteurs, à condition d’investir dès maintenant dans la formation et l’écosystème entrepreneurial.

«Le Maroc devra consolider ses secteurs historiques tout en préparant les métiers d’avenir, dont l’intelligence artificielle constituera l’une des principales locomotives», souligne Ennaciri.

L’après-2030 se prépare donc bien avant le coup d’envoi du Mondial. La véritable performance ne consistera pas seulement à réussir l’événement, mais à convertir l’effort d’équipement en gains durables de productivité, en emplois stables et en développement territorial.

Si les infrastructures deviennent les supports de nouvelles activités et si la main-d’œuvre est redéployée vers les filières porteuses, 2030 pourra marquer non pas la fin d’un cycle, mais le début d’un nouveau modèle de croissance.