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Chronique

NAZA, dommages et zone d’intérêt

Bien que salué par la critique internationale, un film documentaire provoque l’ire de plusieurs responsables israéliens. Le cinéma a ses zones d’intérêt.

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«NAZA» est un film documentaire de 80 minutes qui décortique les mécanismes de planification des frappes aériennes de l’armée israélienne sur la bande de Gaza depuis le 7 octobre 2023.

Le documentaire est réalisé par Rachel Szor, journaliste d’investigation et réalisatrice, et Yuval Abraham, journaliste d’investigation, réalisateur et traducteur arabe-hébreu israélien.

Le synopsis est «simple» : «Filmé la nuit depuis les toits de Tel-Aviv, ce documentaire se centre sur les victimes civiles des opérations militaires israéliennes à Gaza».

Des réalisateurs oscarisés et menacés
Les deux coréalisateurs avaient déjà obtenu l’Oscar du meilleur film documentaire en 2025 pour «No Other Land», co-réalisé avec les Palestiniens, Hamdan Ballal et Basel Adra.

Ils avaient déjà été accusés d’antisémitisme et menacés de mort lors de la première projection de «No Other Land», en 2024 à Berlin, où il a été également primé. Basel Adra avait, quant à lui, subi de violentes représailles de la part d’Israël après la diffusion du film.

L’autre coréalisateur palestinien, Hamdan Ballal, a été lynché par des colons israéliens en Cisjordanie, avant d’être incarcéré par la police israélienne. C’est dire que tous ces créateurs connaissent le prix à payer. «No Other Land» racontait l’histoire d’un jeune Palestinien qui tente de lutter contre ce que l’ONU qualifie de déplacement forcé de populations.

Le documentaire «NAZA» est basé sur les témoignages anonymes de 24 militaires (soldats et officiers israéliens) et des membres des services de renseignement, qui y décrivent l’automatisation des ciblages et l’usage de l’intelligence artificielle dans la conduite de la guerre.

Il décrit comment sont planifiés les tirs des missiles de Tsahal (l’armée israélienne) sur Gaza, avec autorisation de tuer des centaines de victimes civiles.

Le programme d’intelligence artificielle (Lavender), utilisé par l’armée israélienne, permet de sélectionner les dirigeants du Hamas à tuer, ciblés dans la nuit dans leurs domiciles.

C’est la suite qui fait froid dans le dos. Le programme autorise un facteur démultiplié de victimes civiles : 1 à 20 pour un responsable secondaire, et 1 à 500 pour une cible de première importance. D’ailleurs, le titre, NAZA, est un acronyme venant de l’hébreu «nezek agavi» qui veut dire dommages collatéraux.

Un film laissant parler les faits de manière glaciale
NAZA subit un rejet quasi unanime de la classe politique en Israël, où ses réalisateurs sont publiquement qualifiés de «traîtres». Le ministre israélien de la Culture a saisi les services de renseignement intérieur afin d’identifier les sources militaires anonymes ayant témoigné dans le film.

Il réclame la déchéance de leur nationalité pour les réalisateurs israéliens pour «trahison envers l’État» après ce «film méprisable» qui a obtenu une «récompense révoltante» sous «les applaudissements des antisémites du monde entier».

Rien de moins. Il est vrai que le film est artistiquement irréprochable. Le producteur exécutif de NAZA n’est autre que Jonathan Glaser, réalisateur de «La Zone d’intérêt», film multioscarisé en 2024. Excusez du peu.

Le film utilise un dispositif sobre et implacable, mélangeant des images d’actualité, des prises de vues de Tel-Aviv et des interviews anonymisées, sans chercher à tirer des émotions faciles du spectateur, mais en laissant parler les faits de manière glaciale.

Les témoignages révèlent des pratiques choquantes, réfutées par le gouvernement israélien. NAZA a obtenu le prix spécial du jury de la Mostra de Venise et a réalisé un record absolu d’applaudissements du public debout (23 minutes).

NAZA ne sort dans les salles, en France, qu’à partir du 30 septembre. Avant, les avis divergent déjà autour d’un film que bien des commentateurs dénigrent ou encensent sans l’avoir vu.

Mais la moralité de l’histoire est que le travail artistique est encore capable de faire sortir des vérités que l’on voudrait cacher. Quand je vous dis que, la Culture est la Solution.