Pouvoirs
En Couv’. Législatives 2026 : Le changement dans la continuité
Le scrutin du 23 septembre n’a pas débouché sur une véritable alternance politique. La majorité ayant été reconduite. Mais il offre une carte parlementaire plus diversifiée et plus cohérente.
Les urnes ont rendu leur verdict. Le PAM, après dix-huit ans, dont 13 dans l’opposition, est appelé à former le prochain gouvernement. Le parti arrivé en tête du scrutin du 23 septembre, avec 97 sièges, soit 24,6%, prendra le lead de la majorité qui va gérer les affaires publiques durant les cinq années à venir.
C’est la conséquence directe de ces législatives. L’article 47 de la Constitution est clair sur ce point. Maintenant, pour former sa coalition, c’est une autre affaire. Le bon sens vaut que l’on ne change pas une équipe qui gagne, même si l’ordre des responsabilités change.
D’autant que les trois formations de la majorité sortante continuent de gérer, en trinôme, les affaires locales, dans les régions et dans un grand nombre de communes. Quoi qu’il en soit, c’est l’issue des tractations que mènera bientôt le parti vainqueur des élections qui en décidera. À ce niveau, c’est encore tôt pour ce genre de considérations.
Pour l’heure, moins de 24 heures après l’annonce officielle des résultats des élections, le premier constat qui saute aux yeux, c’est le recul du RNI, bien qu’il soit arrivé deuxième, avec une trentaine de sièges du PAM. Le parti a mené une campagne propre, avec un programme crédible et réaliste.
Et pendant toute l’opération de dépouillement des bulletins de vote, il s’est montré serein. Ce que les politologues appellent «l’usure du pouvoir» n’a entamé en rien sa crédibilité, son dynamisme et sa force politique.
Le RNI reste un parti politiquement fort et structurellement bien organisé. Son recul électoral est la résultante de plusieurs facteurs.
La campagne d’acharnement, menée de toute part contre sa direction pendant les cinq dernières années, les critiques de toute sorte et d’un niveau de virulence inouï qu’il a continué d’essuyer des années durant, mais surtout les pratiques peu orthodoxes qui l’ont ciblé quelques semaines à peine avant la campagne électorale ont certainement impacté ses résultats.
Cela d’autant plus que les efforts qu’il a déployés à la tête du gouvernement pour faire face à une conjoncture interne et internationale difficile et les réformes qu’il a lancées n’ont pas été appréciés à leur juste valeur.
Personne ne s’est demandé ce que serait devenue la situation du pays si ces actions n’avaient pas été entreprises. Plus encore, ses deux partenaires se sont désolidarisés du bilan du gouvernement dans sa globalité, tout en continuant à en revendiquer certaines réalisations sectorielles. Celles des départements dont ils ont la charge.
Les élections du 23 septembre ont connu, d’un autre côté, ce qui a été considéré comme «le retour en force» du PJD, dont le fil conducteur de la campagne électorale était justement d’attaquer, de diffamer, de décrédibiliser et d’accuser à tout bout de champ le RNI et, personnellement, les membres de sa direction.
Le PJD est arrivé quatrième, loin derrière l’Istiqlal, avec 54 sièges, dont un grand nombre a été remporté dans les grandes villes. Casablanca, Rabat, Salé, entre autres villes, dont certaines circonscriptions ont connu un changement démographique radical.
Le reste, le parti le doit aux listes régionales et surtout au nouveau quotient électoral, auquel il s’est d’ailleurs opposé farouchement. Les deux derniers facteurs ont, du reste, profité également à l’Alliance de la gauche, passée de deux sièges en 2021 à 8 actuellement.
D’une manière générale, un aperçu de la nouvelle carte politique permet de dégager certaines observations. Sur le plan idéologique, la carte est globalement cohérente. Les deux premiers partis, le PAM et le RNI, se revendiquent de la social-démocratie, les formations suivantes, l’Istiqlal et le PJD, de la droite conservatrice avec une obédience panislamiste pour la seconde, puis la droite libérale, le MP et un peu plus loin l’UC.
La gauche, sous toutes ses formes (USFP, PPS, AG) est reléguée au bas du classement. Évidemment, les contraintes de la formation de la coalition gouvernementale finissent, le plus souvent, par effacer ces frontières idéologiques.
Mais sans doute pas aux dépens d’une cohésion globale. Il faut souligner qu’au vu des résultats, l’électorat, principalement urbain et pragmatique, a privilégié des programmes axés sur les résultats économiques plutôt que sur le positionnement idéologique des uns et des autres.
Une opposition plus forte
Autre observation : le nombre des partis représentés à la première Chambre passe à 14 formations, soit deux de plus que la dernière législature. Contrairement à ce que certains analystes avaient prédit à la veille du scrutin, le Maroc ne passe pas à une bipolarisation, mais à un multipartisme dominé par quelques grandes forces.
Une diversité politique et un pluralisme partisan désormais possibles grâce surtout aux listes régionales. Le quotient électoral, revu en 2021, rend quasiment impossible l’élection de deux membres d’une seule liste.
Cela vaut d’ailleurs aussi pour les circonscriptions locales. Le système électoral, tel qu’il a été complété l’année dernière, ne produit pas uniquement une compétition entre de grands partis. Il comporte aussi, notent les analystes, un mécanisme correcteur qui permet à des forces politiques de moindre envergure, mais sans présence locale, de convertir une implantation nationale en représentation parlementaire.
Cela a eu pour conséquence – c’est une résultante directe de ce pluralisme, garanti par les femmes – un Parlement fort, en raison de la qualité des profils élus.
Cela hissera sans doute le niveau du débat législatif. Contrairement aux législatives de 2011 et 2021, le scrutin du 23 septembre marque non pas une alternance politique classique, mais surtout une redistribution du leadership à l’intérieur du bloc gouvernemental, avec le passage du PAM comme première force parlementaire et le retour du PJD comme principale force d’opposition.
Le scrutin de 2026 ne produit donc pas une rupture du système politique marocain, il donne lieu à une nouvelle distribution des rapports de force à l’intérieur de celui-ci. Ce qu’il faut retenir surtout, c’est que le retour du PJD n’est aucunement un vote-sanction contre le RNI, comme ce qui s’est passé pour le parti islamiste en 2021.
D’autant que si le PAM doit largement sa victoire au charisme d’un homme, Fouzi Lekjaa, qui a fait l’essentiel de sa carrière publique loin de la politique, le RNI a été aussi affecté, sur le plan électoral, par le départ de son président, Aziz Akhannouch, après avoir accompli les deux mandats réglementaires.
En définitive, le PAM, en tant que premier parti, est institutionnellement en position de former le gouvernement. Il doit néanmoins négocier une coalition et ses partenaires naturels sont le RNI et l’Istiqlal, soit un total de 228 sièges.
Il pourrait aussi inclure d’autres formations, comme l’USFP, pour tempérer la virulence de l’opposition, mais cela élargirait la coalition et risquerait de la rendre moins homogène. Ce qui n’est pas dans l’intérêt du Maroc qui fait face à des enjeux majeurs, sur le plan interne, c’est-à-dire du développement, mais aussi économiques et géopolitiques.
Six millions de votes
Le taux de participation est un autre déterminant de ces élections législatives. Il a atteint 38,08% de l’ensemble du corps électoral national, contre 50,86% en 2021 et 42,27% en 2016. En 2021, les électeurs ont été appelés à se prononcer à trois niveaux, local, régional et législatif, ce qui explique le taux élevé. Le scrutin du 23 septembre a connu la participation de près de 6 millions d’électeurs.
Comme par le passé, les provinces du Sud ont enregistré une forte affluence aux urnes. Le taux de participation a atteint 77% dans la région de Laâyoune Sakia El Hamra, 53,48% dans la région de Guelmim-Oued Noun et 61% dans la région de Dakhla Oued-Eddahab. Ces chiffres, bien qu’ils ne soient pas extraordinaires, revêtent une importance capitale dans le contexte actuel.
Dans moins d’un mois, le Conseil de sécurité se réunira pour plancher, comme chaque année, sur la question du Sahara. Mais cette année, selon la nouvelle donne imposée par la résolution 2797 du 31 octobre 2025.

