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Actions : Manque de visibilité, scénarii… et opportunités

Le marché actions demeure suspendu à l’évolution du conflit au Moyen-Orient. Trois scénarii sont prévus, en fonction de la durée et de l’ampleur des tensions. Un contexte où la valorisation du marché devient intéressante.

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La Bourse de Casablanca poursuit son évolution en fonction des développements du contexte international, particulièrement ceux liés à la guerre au Moyen-Orient. Dès l’éclatement du conflit, le marché a été secoué par une panique, matérialisée par deux baisses consécutives de 4,2% et 5,6%.

Ces reculs ont été suivis par de légers rebonds, puis par une volatilité, sans qu’aucune tendance claire ne se dégage. Depuis le début de l’année, le Masi a enregistré une contreperformance de 6,7%.

Il est important de noter que, jusqu’à date du conflit, l’indice avait déjà reculé de 3,75% et que depuis l’éclatement des tensions jusqu’au 26 mars, il a inversé cette tendance, la panique initiale s’étant progressivement atténuée, permettant à l’indice de regagner 1,2%.

Il est clair que le marché actions n’est pas directement exposé aux tensions internationales. Il subit néanmoins leurs effets indirects, notamment à travers la volatilité des prix du pétrole, susceptible d’impacter plusieurs secteurs économiques avec un possible retour de l’inflation. Les projections et scénarii des analystes dépendent donc étroitement de la durée et de l’ampleur du conflit américano-israélo-iranien.

Trois scénarii possibles
Si les parties parviennent à un compromis dans un délai très court, c’est-à-dire environ un mois, les analystes contactés prévoient un rebond significatif, soutenu à la fois par la détente des prix du pétrole et le retour progressif de l’appétit des investisseurs pour le risque. Il serait précédé toutefois, par un repli de 10%, traduisant une réévaluation des primes de risque.

Suite à cela, la Bourse devrait se ressaisir progressivement, portée par les réalisations extrêmement positives des sociétés cotées à fin 2025. Ces résultats, jugés solides, constitueraient un moteur supplémentaire pour le marché, pouvant lui permettre d’atteindre une performance à deux chiffres d’ici la fin de l’année.

«Avec un PER de 19x estimé en 2026, des réalisations conformes aux attentes, à date, et un retour à la normale du contexte international, le marché actions devrait, sans grande difficulté, clôturer l’année sur une progression oscillant entre 10 et 12%», explique le directeur de la cellule Analyse d’une société de Bourse.

Dans le cas où le conflit venait à se prolonger sur une période comprise entre six et douze mois, la volatilité s’en trouverait élevée et les prix de l’énergie augmentés. L’indice général du marché devrait alors enregistrer un recul dans une fourchette comprise entre -10 et -15%. Les investisseurs, eux, devraient davantage privilégier les valeurs défensives.

Sur le plus long terme, un choc pétrolier majeur serait forcément provoqué. Ce qui devrait entrainer une baisse plus sévère du marché, oscillant entre -15 et -20%, effaçant presque la totalité de la performance réalisée l’année dernière. «La remontée de l’inflation importée, causée par la hausse inévitable du prix de l’or noir et de ses dérivés, impactera de facto le coût des intrants des industriels et sera répercutée sur le consommateur final.

Cette situation conduira à une baisse du pouvoir d’achat et à une réallocation des actifs vers des produits jugés moins risqués, tout en obligeant à une révision à la baisse des perspectives des sociétés cotées», détaille le directeur.

Second semestre à scruter
Il faut dire que le gros du volume d’affaires des sociétés cotées, ces 3 à 4 dernières années, est réalisé sur le second semestre, le premier étant traditionnellement plus calme, puisque cette période connaît un ralentissement de l’activité en raison de la pluviométrie certes, mais aussi du décalage du mois de Ramadan et des fêtes religieuses vers la première moitié de l’année.

Les entreprises devraient donc davantage ressentir l’impact du conflit et de la hausse des prix sur le second semestre que sur le premier, avec des coûts de production plus élevés, des marges sous pression et, dans certains cas, un endettement plus accentué.

Pour préserver leurs marges, les sociétés répercutent généralement la hausse des coûts sur le consommateur. «Même si le pétrole atteint 150 dollars le baril, les entreprises devraient transférer totalement, mais progressivement, toute la hausse sur les prix de vente», souligne notre source.

Néanmoins, le reflux de l’inflation, associé à des prix de vente qui ne sont pas automatiquement révisés à la baisse, pourrait permettre aux sociétés de consolider leurs marges et de maintenir une rentabilité stable.

Des valorisations attractives
À plus long terme, un redressement significatif du marché actions est attendu à partir de 2027, avec un retour progressif des investisseurs, particuliers soient-ils ou institutionnels.

Ces derniers devraient être attirés par des perspectives plus intéressantes des sociétés cotées, ainsi que par un environnement économique plus prévisible. L’ensemble de ces facteurs pourrait marquer le début d’une phase de reprise durable, après une période marquée par la volatilité et les incertitudes géopolitiques.

Comme chaque crise apporte son lot d’opportunités, celle qui sévit actuellement représente une fenêtre d’opportunité pour plusieurs valeurs cotées. Avec un PE moyen de 19, la valorisation du marché se situe dans la fourchette basse de sa moyenne historique, fournissant ainsi plusieurs points d’entrée pour les investisseurs plus tolérants au risque.

Dans ces conditions, le secteur bancaire est parmi les plus intéressants avec un PE de 12x, à côté des télécoms avec 13x, la valeur Alliances Développement Immobilier qui reste correctement valorisée avec un PE de 15x. Le secteur du BTP demeure survalorisé avec un PE de 23x, tout comme l’agroalimentaire et le transport. En tout cas, les investisseurs capables d’absorber la volatilité devraient tirer pleinement parti de ces niveaux de valorisation.


Croissance économique : Entre 0,4 et 1 pt de moins en 2026
La croissance économique est attendue autour de 4,7% en 2026, soutenue par la reprise agricole, la dynamique de l’investissement public et la solidité du secteur des services.

Cela dit, avec une hausse du prix du pétrole de plus de 85 dollars, le baril pourrait peser sur l’activité, sachant que les hypothèses de la LF 2026 avaient retenu un baril à 65 dollars. BMCE Capital Global Research (BKGR) estime que la croissance pourrait être amputée d’environ 0,4 point, sous l’effet de la hausse des coûts énergétiques, du renchérissement des intrants importés et d’un possible affaiblissement de la demande intérieure.

L’inflation, initialement prévue autour de 1,3%, pourrait atteindre près de 2% en 2026, reflétant une hausse modérée de l’inflation importée en cas de perturbations temporaires sur le détroit d’Ormuz. Dans le cas d’un conflit prolongé, la croissance baisserait d’un point, l’inflation se situerait entre 3 et 4%.