SUIVEZ-NOUS

Chronique

La guerre se joue aussi sur les marchés

Un baril plus cher finit toujours par peser sur l’économie. La facture énergétique augmente, les coûts de transport suivent et certains prix alimentaires peuvent être affectés.

Publié le


Mis à jour le

Lundi matin, avant même les déclarations diplomatiques et les analyses des experts, la guerre s’est d’abord racontée sur les écrans de marché. À l’ouverture des places financières, les investisseurs ont réagi en quelques minutes.

À Wall Street, les contrats à terme ont immédiatement basculé dans le rouge avant de se stabiliser. En Europe, les grandes places boursières ont ouvert en baisse, pénalisées par les valeurs industrielles et aériennes.

Dans le Golfe, les marchés ont reculé plus nettement, reflet direct des tensions régionales. À Casablanca, la Bourse est restée relativement stable, preuve que les investisseurs locaux observent encore la situation avec prudence.

Ce ballet boursier est devenu la première lecture économique des conflits contemporains. Les marchés financiers réagissent avant les gouvernements, avant les statistiques, parfois même avant que l’ampleur réelle des événements ne soit connue. Mais très vite, l’attention des investisseurs s’est déplacée vers l’indicateur qui résume toujours les crises géopolitiques : le prix de l’énergie.

Dès l’ouverture des marchés lundi, le baril de Brent a bondi de près de 10%, franchissant brièvement les 82 dollars, après avoir évolué autour de 70 dollars quelques jours auparavant.

Le mouvement a été encore plus brutal sur le gaz naturel européen, dont les contrats de référence ont progressé de près de 30% dans les premières heures de cotation. Ces réactions peuvent sembler spectaculaires.

En réalité, elles traduisent un mécanisme bien connu des marchés. Ce ne sont pas les guerres elles-mêmes qui font exploser les prix de l’énergie, mais la menace qu’elles font peser sur les routes d’approvisionnement.

Or, le Moyen-Orient concentre plusieurs des points les plus sensibles du système énergétique mondial. Le détroit d’Ormuz, par exemple, voit transiter près d’un cinquième du pétrole consommé dans le monde. À chaque tension dans la région, les marchés intègrent immédiatement ce que les traders appellent une «prime de risque».

C’est ainsi que la guerre devient rapidement un phénomène économique. Car l’énergie reste le premier canal de transmission des crises géopolitiques vers l’économie réelle. Lorsque le pétrole augmente, l’effet se diffuse progressivement dans toute la chaîne productive : transport, agriculture, industrie, logistique…

Quelques semaines plus tard, il finit par apparaître dans les prix à la consommation. Le monde en a fait l’expérience après l’invasion de l’Ukraine en 2022. La flambée du gaz et du pétrole avait déclenché une vague inflationniste mondiale qui a obligé les banques centrales à relever brutalement leurs taux d’intérêt.

Aujourd’hui, les marchés réagissent avec plus de sang-froid. Les investisseurs savent que tous les conflits ne perturbent pas réellement les flux énergétiques. Les prix montent, mais la panique reste contenue. Pour l’instant, les marchés parient sur une tension contrôlée plutôt que sur un choc majeur d’approvisionnement.

Pour les pays importateurs d’énergie comme le Maroc, l’équation reste néanmoins simple : un baril plus cher finit toujours par peser sur l’économie. La facture énergétique augmente, les coûts de transport suivent et certains prix alimentaires peuvent être affectés.

Autrement dit, dans l’économie mondiale, la guerre ne se mesure pas seulement en kilomètres de front. En stock d’armement, nombre de frégates et de porte-avions déployés sur les mers… Elle se mesure aussi en dollars le baril. Et ces chiffres, eux, finissent toujours par apparaître dans le quotidien des consommateurs.