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Archives 1956 : Une année capitale pour l’économie

Il y a 70 ans, entre les ajustements politiques et les challenges économiques, l’agenda s’annonçait bien chargé. Tour d’horizon.

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Au seuil de la nouvelle année, il ne nous paraît pas inutile de faire succinctement le point. 1956 sera pour le Maroc une année capitale à bien des égards. Le nombre, l’importance et la complexité des problèmes qui devront être résolus ont quelque chose d’impressionnant.

Sur le plan international, le Maroc devra définir ses nouveaux rapports avec la France, en fonction de la notion d’indépendance dans l’interdépendance qui constitue le cadre des conversations qui s’ouvriront ces prochaines semaines à Paris.

Il appartiendra parallèlement au gouvernement marocain de participer aux entretiens avec les gouvernements intéressés pour la révision du statut international du Maroc.

La question des rapports des trois zones du Maroc entre elles (et peut-être de leur réunification) se posera, en même temps que celle de l’examen du statut international de Tanger qui doit être revu tous les cinq ans (la dernière révision date de 1952).

Sur le plan intérieur, le gouvernement marocain aura à assurer la mise en place d’une organisation politique, administrative et judiciaire dans l’ensemble du pays, à préparer, à l’exemple de la Tunisie, des élections, au suffrage universel, qui désigneront une Assemblée constituante.

Il aura, avant tout, à respecter l’ordre à faire dans l’ensemble du pays, en supprimant l’abcès du Rif.

Toutes ces tâches sont d’une ampleur immense, et il faudra toute l’énergie et l’efficacité dynamique du gouvernement de M. Bekkai pour les mener à bonne fin.

Les problèmes économiques et sociaux ne sont ni moins importants ni moins urgents. On peut dire même que souvent, ils conditionnent la réussite des problèmes politiques.

Le plus grave, le plus lourd de portée, de tous ces problèmes économiques, est incontestablement le problème des salaires.

Chacun est d’accord pour admettre qu’un relèvement du pouvoir d’achat du salarié marocain est indispensable, et que la situation actuelle ne saurait se prolonger sans de graves risques.

Encore faudra-t-il, en réajustant le salaire minimum à un taux convenable, trouver le point d’équilibre précis, qui n’entraîne pas pour l’industrie marocaine une situation catastrophique.

Après la réunion présidée par M. Boutaleb, ministre du Travail, l’on sait que le Conseil des ministres devra situer le réajustement entre 10% (proposition patronale) et 40% (demande de I’UMT).

Sans vouloir comparer des choses qui ne sont pas comparables, indiquons simplement que le gouvernement tunisien, en octobre dernier, a augmenté les salaires de 10%.

Le problème budgétaire
La France a toujours pris en charge jusqu’à présent le déficit du budget marocain, qui pour cette année dépasse encore 20 milliards. Comment s’établiront dans l’avenir les comptes entre les deux pays ?

C’est l’une des questions les plus importantes parmi celles qui feront l’objet des conversations de Paris.
On a beaucoup fait allusion ces temps derniers au problème du franc marocain.

Certains, arguant de l’exemple du Sud-Vietnam, ont avancé un décrochage du franc marocain. Toutes ces rumeurs ont été formellement démenties par le ministre des Finances. Mais il serait stupide de dissimuler qu’il existe un mouvement, d’inspiration extérieure, qui joue dans le sens d’un abandon de la zone franc.

Si ces chances n’apparaissent pas très sérieuses à l’heure actuelle, une aggravation de la situation économique les augmenterait dangereusement.

Nous n’avons fait qu’un tour d’horizon très sommaire des principaux problèmes qui se posent au Maroc de 1956.

Bien d’autres seraient à citer, en ce qui concerne l’agriculture, l’habitat, la décentralisation industrielle, l’organisation de l’exportation, etc.

La nouvelle œuvre à accomplir réclame un effort de toute la communauté franco-marocaine.

Elle offre à tous de très belles perspectives de réussite, à condition que les conditions de base, c’est-à-dire la solidarité et la compréhension réciproque, soient respectées.