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Café : Une filière qui s’adapte aux mutations

En dépit d’une forte pression sur les prix et une consommation loin de détrôner le thé, le café commence à s’imposer progressivement dans les habitudes des Marocains, comme l’atteste l’augmentation des importations.

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Le café n’a pas échappé à la flambée des cours à l’international. Depuis 2021, les prix se sont inscrits sur une tendance haussière, passant de 119 à près de 310 US cents/livre en 2025, soit de 2,62 à 6,84 dollars/kg.

Cette situation s’explique par plusieurs facteurs dont des conditions climatiques défavorables dans de grands pays producteurs comme le Brésil, provoquant des baisses de production ou des récoltes moins abondantes, des stocks mondiaux bas au regard de la demande, ainsi que des pressions sur les coûts logistiques et d’exportation, alourdissant du coup le prix final à la vente.

Le Maroc n’a pas été épargné par cette envolée. Toutes origines et qualités confondues (arabica et robusta), les prix à l’importation du café vert non torréfié et non décaféiné se sont situés en moyenne à 51 DH/kg les six premiers mois de cette année, contre 18 DH/kg, quatre années auparavant, soit une hausse de 183%.

Les prix du café torréfié, eux, ont augmenté de 59% depuis 2021 pour atteindre 110 DH/kg. Il est à noter que pour contrer l’effet de cette croissance des prix, la Loi de finances de 2023 a abaissé les droits d’importation du café vert non torréfié de 10 à 2,5%. Ce qui a permis aux importateurs de réduire l’effet du renchérissement des prix et aux torréfacteurs de poursuivre leur activité.

Les importations, pour leur part, ont poursuivi leur trend haussier une année après l’autre. Elles se sont élevées, pour le café vert, à 54.508 tonnes, en hausse de 11%, pour une valeur de 2,3 MMDH. Plus des deux tiers sont fournis par l’Ouganda et le Vietnam, avec une part respective de 30% et 15%.

Le Brésil, l’Indonésie, la Guinée, l’Éthiopie, la Tanzanie et Madagascar comptent également parmi les fournisseurs de café pour le Maroc avec des volumes allant de 6.000 à 1.500 tonnes.

Les opérateurs s’approvisionnent en café torréfié, notamment des pays européens dont l’Espagne est en pole position, accaparant plus de la moitié des expéditions avec 1.860 tonnes. Elle est suivie de l’Italie, la Suisse, la France, le Portugal et les Pays-Bas. En gros, les importations ont atteint 3.425 tonnes, en croissance de 2,2% seulement depuis 2021.

Il faut savoir que «la qualité des cafés diffère d’un pays à l’autre, et souvent, les industriels torréfacteurs nationaux optent pour des mélanges de différentes origines pour adapter leur fabrication aux goûts des consommateurs potentiels», explique Mohamed Astaib, président de l’Association marocaine des industriels du thé et du café (AMITC).

Entre 800 et 1.000 grammes par habitant
Bien que les importations de café soient en hausse, ce qui témoigne d’un intérêt croissant pour cette boisson, il reste que la consommation nationale totale est limitée. Elle s’établit autour de 41.000 tonnes, englobant aussi bien le café torréfié et non torréfié.

«La cadence de l’évolution de la consommation du café n’est pas susceptible de connaître un trend haussier dans l’immédiat au regard de la consommation annuelle par habitant, qui oscille entre 800 et 1.000 grammes par habitant.

Ce qui représente un niveau jugé relativement modeste, comparé à la Tunisie ou à l’Algérie où la consommation annuelle par habitant est respectivement de 1,5 kg et 3 kg», ajoute Astaib.

En comparaison avec le thé, la consommation du café est encore très loin. Les Marocains consomment le thé vert de Chine pour près de 70.000 tonnes par an. Il y a lieu de signaler que le Maroc est le premier client au monde de la Chine pour le thé vert en important presque 25% du volume global des exportations de ce pays à destination du Maroc. Toutefois, la demande intérieure du café est prête à un décollage pour les années à venir.

En effet, le café est considéré comme une boisson citadine qui connaît une progression avec l’urbanisation accélérée, contrairement au thé vert qui est à prédominance rurale essentiellement.

Un hub mondial à Tanger Med
L’importance croissante que prend le café pour le marché marocain a poussé à la création de l’African Coffee Hub qui a pris pied à Tanger Med. Il s’agit d’une plateforme mondiale d’exportation du café africain vers l’Europe, les États-Unis d’Amérique et l’Asie.

Elle permet aux opérateurs de s’approvisionner directement auprès des producteurs dont le café est regroupé, stocké et contrôlé au Maroc, puis expédié vers les grands marchés à partir du port.

En fait, «ce projet constitue une véritable révolution dans le négoce du café africain. Il rompt avec le système traditionnel qui liait les producteurs africains à des intermédiaires européens et les contraignait à supporter des chaînes d’approvisionnement coûteuses», explique Astaib.

Néanmoins, jusqu’à présent, le régime douanier spécifique applicable à cet espace n’est pas encore défini de manière explicite (zone franche ou entrepôt de stockage géré par la Direction du Hub).

Autre inconnue : il n’est pas encore précisé si ce produit est réservé exclusivement à l’exportation vers des pays d’autres continents ou s’il peut également être mis à la disposition des entreprises marocaines dans le cadre des conditions légales et réglementaires régissant les importations depuis l’étranger.

«Rien ne motive l’exclusion des opérateurs économiques marocains pour d’éventuels approvisionnements à partir de ce Hub. Dans ce cas, les industriels marocains de la torréfaction bénéficieront de cet avantage de proximité pour conclure leurs transactions commerciales en toute quiétude sans entrave ni retard dans les approvisionnements», conclut Astaib.


Forte concurrence dans le secteur
Le marché du café au Maroc est peu structuré mais fortement concurrentiel. D’autant que d’autres segments viennent grignoter des parts de marché, dont le café soluble, les dosettes et les capsules avec des volumes qui vont crescendo.

En dehors d’une dizaine de grandes entreprises disposant d’une infrastructure industrielle moderne conforme aux standards internationaux, il existe une multitude d’opérateurs dans le domaine de la torréfaction «artisanale», munis d’équipements rudimentaires, mais qui ont leur droit de cité dans ce secteur d’activité.

Globalement, «le marché du café torréfié conditionné est devenu de plus en plus compétitif et attractif aussi bien pour les industriels torréfacteurs locaux que pour les importateurs de marques étrangères», souligne Astaib.