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Affaires

Hamza Qabil : Le jeune entrepreneur qui bouscule le marché des boissons naturelles…

Ancien handballeur à Montpellier, juriste de formation, installé à Monaco, le jeune homme d’affaires s’est faufilé, en 2020, sur le marché français comme sur un terrain de jeu avec agilité et assurance. Sa marque de jus, Maya Drink, est dans le top 5 des ventes. Aujourd’hui, il se positionne, en trapèze, sur le marché marocain et prépare son retour pour y implanter son unité de production…

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Hamza Qabil fait partie de cette génération d’entrepreneurs marocains qui avancent sans bruit, discrètement, mais avec constance et beaucoup d’intuition. Juriste diplômé en droit privé de la faculté de droit de Nice, il est né à Fès et a grandi en France durant ses études. Fils unique très attaché aux siens, il découvre tôt que son avenir se jouera ailleurs que dans les cabinets d’avocats.

Son virage professionnel se produit lors d’un stage à l’Institut du cancer de Montpellier où il participe, en sa qualité d’ancien handballeur, à un programme de prévention «Sport et Santé» contre les méfaits des boissons industrielles.

Il y observe, chiffres à l’appui, l’impact du sucre et des additifs sur la santé. L’idée germe : Proposer des boissons naturelles, transparentes dans leur composition, capables d’offrir une alternative crédible sur un marché saturé par l’industriel. «L’objectif était de répondre à un besoin notoire en boissons naturelles sur le marché français et européen», explique Hamza Qabil.

Son projet prend forme. En décembre 2019, il lance à Montpellier sa marque de boissons alternatives Maya Drink. Les bureaux de son groupe, qu’il a appelé Dima Malik – un clin d’œil à son pays natal – sont installés, trois années plus tard, sur le Rocher suite à un appel de la Principauté de Monaco pour le rajeunissement du cercle des entrepreneurs monégasques.

L’usine est, quant à elle, située au Vietnam. Un choix stratégique: être au plus près des fruits exotiques frais, car, souligne-t-il, «aujourd’hui les meilleurs vergers se situent au Vietnam». Au début, la production (10 millions de bouteilles) est confiée à un sous-traitant vietnamien… qu’il finit par racheter, en 2024, devenant l’unique actionnaire d’un groupe dans lequel il a investi 30,6 millions de dirhams. Le fondateur et seul actionnaire.

L’aventure commence dans des conditions inattendues. En mars 2020, en plein confinement, Hamza reçoit son premier conteneur: 50.000 bouteilles à écouler, sans visibilité et dans un marché paralysé. La distribution se fait alors via des grossisteries spécialisées en boissons auprès des boulangeries, des pharmacies et parapharmacies.

Par ailleurs, il s’attaque lui-même à la distribution dans les CHR (cafés, hôtels, restaurants) ouverts, et démarche les professionnels un à un, souvent seul, parfois découragé, mais déterminé. «Il fallait vendre pour survivre», résume-t-il aujourd’hui avec une modestie qui masque l’ampleur du défi.

Un chiffre d’affaires prévisionnel de 7,5 MDH au Maroc en 2026…
Quatre ans plus tard, sa production atteint plus de 10 millions de bouteilles par an. Ses cinq parfums – eau de coco, litchi, ananas-mangue-passion, goyave et aloe vera-ananas – s’exportent vers la France, le Benelux, la Suisse, la Norvège, le Danemark, l’outre-mer français, notamment en Guadeloupe, la Réunion ou encore la Martinique et même la Géorgie. Et seront incessamment sur le marché marocain.

Hamza Qabil vient de signer un partenariat avec le groupe marocain DistriBio, spécialisé dans les produits bio, pour la représentation exclusive de la marque au Maroc. «Un contrat vient d’être signé avec le groupe Label’Vie Carrefour et Green Village qui est une enseigne appartenant à un notre partenaire DistriBio qui a déjà passé une première commande.

Globalement, nous prévoyons de dépasser, pour notre première année, les 500.000 bouteilles qui seront importées au Maroc. On prévoit un chiffre d’affaires de 7,5 millions de dirhams pour l’année 2026.», nous apprend le jeune entrepreneur, qui estime que c’est toujours difficile de pénétrer un marché d’export.

Toutefois, il pense qu’actuellement, c’est le meilleur moment pour se positionner sur le marché marocain, parce qu’il y a de nombreux MRE qui reviennent au pays et qui connaissent la marque d’une part et, d’autre part, il y a les événements majeurs, notamment la CAN et la Coupe du monde qui sont des moments opportuns pour aller vers les consommateurs et faire connaître la marque.

Pour ce même objectif, une campagne d’affichage sera lancée dès le premier trimestre 2026. Sur le marché français, il réalise 70% des ventes de Maya Drink qui s’est hissée dans le top 5 des boissons alternatives. Son best-seller est le trio passion-mangue-ananas.

Appelé aussi Plan à Trois. En fait, sur chacune des bouteilles en verre, au design épuré et créée par Hamza lui-même, est inscrite une phrase. Par exemple sur l’eau de Coco, on lira «plus fraîche que toi» ou encore «le litchi c’est la vie» sur le jus de litchi. Histoire d’interpeler le consommateur et de créer un lien avec celui-ci…

La production de Maya Drink sera délocalisée à Dakhla…
Le jeune chef d’entreprise, grand, brun, allure sportive héritée de ses années de handball à Montpellier, dégage une énergie calme, presque réservée. Son entourage proche reste sa boussole.

Avant chaque décision importante, il sonde sa famille, ses amis… et toujours sa mère en premier. «Lorsqu’elle valide en premier un parfum, je fais une dégustation auprès des autres membres proches, car il ne faut pas se rater : une fois le jus validé, la machine se met en route. Donc, il faut être sûr de son coup…», avance le créateur de Maya Drink, qui annonce le lancement, l’année prochaine, d’un nouveau parfum : le matcha à l’eau de coco.

Il soulignera que les cinq parfums sont identiques pour tous les marchés, «on ne fait pas d’adaptation pour aller vers le consommateur. C’est celui-ci qui doit découvrir, s’adapter et adopter la marque».

Cependant, il expliquera qu’il y a une adaptation de la démarche commerciale au marché de son pays natal. Ainsi, la stratégie marocaine n’est pas la copie de celle menée en France: au Maroc, il commencera par la grande distribution et ensuite les CHR, «parce que pour vendre en dehors de son terrain naturel, il faut s’installer d’abord dans les rayons de la grande distribution».

Une logique simple, posée, qui résume bien sa démarche. Le marché marocain est aujourd’hui prêt pour ce nouveau mode de consommation notamment chez les CSP+ et les jeunes actifs qui sont pour une alimentation saine pour une meilleure santé et leur bien-être. C’est le moment opportun pour développer cette niche des boissons alternatives qui répond à une demande réelle et palpable.

Pour cela, il faut être dans la grande distribution et à un prix accessible pour, estime le PDG de Dima Malik, «démocratiser le manger mieux et boire mieux dans toutes les catégories sociales».

La bouteille de 310 ml est commercialisée à 30 dirhams qui est moins cher de 30% que sur le marché français. Concernant sa cible, Hamza dit «ne pas avoir d’œillères sur une typologie précise de consommateurs. Elle est large et touche notamment les enfants dès l’âge de cinq ans et les consommateurs sportifs et soucieux de leur bien-être».

Venu pour trois semaines au Maroc pour finaliser les contrats de partenariat avec ses clients, Hamza prépare aussi son retour au pays natal. Deux projets l’y ramènent : fonder une famille et délocaliser son usine à Dakhla, où études de marché et contacts avec le CRI sont déjà lancés. L’approvisionnement en fruits exotiques frais se fera dans les pays africains.

Une fois encore, Hamza fera cavalier seul dans cette aventure, car, dit-il, «il vaut mieux être seul que mal accompagné et les décisions sont toujours faciles à prendre».

Derrière ce parcours rapide se tient un jeune homme au tempérament discret, animé par une volonté de bâtir. Un entrepreneur qui parle de son succès comme d’une succession de hasards heureux, alors qu’il relève surtout d’une discipline, d’une veille soutenue du marché agroalimentaire, en particulier le segment des boissons, et d’un travail constant.