Territoires
Nabila Rmili : «Notre ambition est de réconcilier les Casablancais avec leur ville»
Le Conseil de la ville s’est engagé dans plusieurs chantiers ces quatre dernières années, pour hisser Casablanca au rang d’une métropole économique disposant de sa propre signature et identité visuelle. Le point avec Nabila Rmili.
Espaces verts, mobilité urbaine, cohésion sociale, culture…, le visage de Casablanca se redessine, et pas qu’intra-muros. Depuis 2021, année d’adoption du Plan d’action communal, la ville est devenue un chantier à ciel ouvert.
Un ensemble d’actions ont été arrêtés et trois axes prioritaires définis pour faire de Casablanca une ville durable, smart et propre. «D’où d’ailleurs “Casa Nqiya” qui n’est pas seulement un slogan, mais une conviction».
Partant de là, plusieurs projets ont été mis en œuvre et les chantiers se sont accélérés, spécialement à l’approche du prochain évènement sportif la CAN 2025.
Mobilité réinventée
Des efforts considérables ont été déployés pour reconfigurer la mobilité dans la ville, grâce à une synergie et à une vision commune entre les Conseils de la région, de la ville et le wali de Casablanca.
Plusieurs conventions ont été signées avec les parties prenantes pour conférer à la ville une identité urbaine marquée. En effet, aucune des voies d’accès, que ce soit Dar Bouazza, Triq Jdida, Taddart, Mekka ou Lissafa, n’indiquait de manière perceptible l’entrée dans la métropole économique.
À ce jour, la ville présente un nouveau visage grâce aux aménagements entrepris sur l’ensemble de ses pénétrantes. Celle de Dar Bouazza est achevée, tandis que ses axes parallèles HH 26, HH 24, ainsi que les voies 3009 et 3002, sont en cours de réalisation, avec des travaux menés en continu afin de répondre au plus vite à l’important flux de passagers. Par ailleurs, la pénétrante située au niveau de l’usine Azbane est également finalisée et désormais ouverte à la circulation.
Le Conseil de la ville a également donné une importance capitale aux parkings. «C’est la première fois que trois parkings d’une forte capacité d’accueil ont été réalisés dans un délai de deux ans seulement». Le dernier, appelé Hypercentre et accolé à l’hôtel Hyatt Regency, dispose d’une capacité de 700 places.
Il faut dire que la réalisation de ces parkings souterrains s’est accompagnée d’une réflexion architecturale permettant l’aménagement, sur la partie supérieure, d’esplanades piétonnes harmonieuses et ouvertes à l’ensemble des citoyens.
Un autre volet d’une importance capitale a mobilisé les efforts, mais aussi le financement de toutes les parties prenantes. Il s’agit du transport. Casablanca est actuellement reliée à travers 100 km de tramway, 26 km de BHNS et 700 bus E6 qui répondent aux normes internationales de réduction de l’empreinte carbone.
«C’est une avancée importante, puisque 92% des émissions carbone ont été réduites». Ce sont ainsi 750.000 voyageurs qui sont transportés par jour, en tenant compte de l’intermodalité entre les moyens de transport. «Pour encourager le transport urbain, la ville a fait le choix de supporter le déficit de mobilité pour un montant de 300 MDH».
Durabilité, priorité urbaine
Casablanca s’est inscrite dans une vision de durabilité depuis plus de quatre années. Il n’y a qu’à voir l’ancienne décharge de Médiouna de 40 ha qui s’est transformée entièrement en espaces verts et parc de loisirs et qui accueille 3.000 à 4.000 visiteurs par jour. «Et s’il y a des espaces verts à Casablanca, c’est grâce à la disponibilité de l’eau, suite à la mise en place de plusieurs stations de traitement des eaux usées. C’est une première».
En effet, les eaux auparavant déversées dans la mer sont actuellement captées pour arroser plusieurs espaces verts de la métropole. La station de traitement des eaux usées de Médiouna par exemple permet d’irriguer le boulevard MohammedVI, l’autoroute urbaine, l’arrondissement de Sbata et celui d’Aïn Chock.
La réutilisation des eaux usées se fait également au niveau de Lhank.
Cette station devra arroser tout Anfa, dont le Golf, les boulevards Roosevelt et Kennedy… À cela s’ajoute la captation des eaux d’Aïn Diab, avec la mise en place d’une station qui devra irriguer tous les espaces verts allant du Morocco Mall jusqu’à la Mosquée Hassan II. Enfin, l’eau qui sera utilisée en faveur du zoo d’Aïn Sbaâ proviendra des eaux usées et traitées de cette zone.
D’autres espaces verts ont été créés ci et là, comme celui de Sbata d’une superficie de 6 ha érigé à la place du cimetière de Sidi Othman. «L’objectif du Conseil de la ville est de créer un parc dans chaque arrondissement. Cette ambition vient non seulement pour réconcilier les Casablancais avec leur ville, mais aussi pour répondre aux normes de l’OMS en matière de disponibilité d’espaces verts».
Cohésion sociale renforcée
Casablanca est en passe de connaître une transformation urbanistique majeure, dont la plus importante est l’Avenue Royale qui a vécu plus de quatre décennies de retards et reports, en raison notamment du financement. «Grâce à une volonté de l’État, du ministère de l’Intérieur et de la CDG, ce projet va voir le jour».
Il s’agira d’un espace entièrement piéton, d’une superficie de 50 ha, qui devra démarrer de la Mosquée Hassan II jusqu’à l’Avenue Royale, dont les ménages, autour de 8.000, seront relogés au quartier Nassim sur une superficie de 400.000 m2 SHON.
Le projet Tech Valley au niveau de Sidi Othman n’est pas en reste. Il a été conçu pour permettre davantage de cohésion sociale et d’équité territoriale, notamment en matière d’emplois. Ce sont 20.000 postes d’emplois qui seront créés en plus de 20.000 autres au niveau de l’Unité africaine. À Sbata, par exemple, un foncier de 17 ha a déjà été acquis en vue d’ériger des zones d’activité économique.
Par ailleurs, le Conseil investit un budget conséquent sur la culture et la préservation de la mémoire de la ville. Le meilleur exemple est celui de la Cathédrale ou encore la Villa Carl Ficke, qui a rouvert ses portes sous une nouvelle identité : le Musée de la mémoire de Casablanca.
Vers 5,2 MMDH de recettes en 2025
Face aux nombreux défis qui attendent Casablanca, l’enjeu majeur du Conseil est d’assurer les ressources nécessaires pour gérer le quotidien des citoyens. Les recettes sont ainsi passées de 3,5 MMDH en 2021 à 5 MMDH, avec un objectif d’atteindre 5,2 MMDH en 2025, «cela, grâce à une bonne gouvernance, à une stratégie claire, à un plan d’action défini et à nos deux partenaires qui sont la DGI et la TGR qui, à elles deux, collectent 70% des taxes de la ville».
Il faut savoir que les charges fixes de la ville tournent autour de 4,7 MMDH, dont les services de nettoiement accaparent 30% et le personnel près de 22%. Ajouter à cela les dettes accumulées pendant des années au titre de prêts de la Banque mondiale d’environ 400 MDH et les CDD que la ville noue avec les 16 arrondissements qu’elle gère, d’un montant de 380 MDH.