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Culture

Thomas Micoulet : «Un cinéaste pitche constamment : à sa famille, à ses amis…»

Les Ateliers-Fonds à scénarios du Festival du cinéma méditerranéen de Tétouan mettent les cinéastes face à l’art du pitch. Le producteur français explique comment transformer une idée en récit clair et puissant, tout en restant fidèle à sa vision artistique.

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En pleine 30e édition du Festival du cinéma méditerranéen de Tétouan, les Ateliers-Fonds à scénarios battent leur plein. Ces sessions de formation au pitching, destinées aux projets de longs métrages de fiction et documentaires en développement, réunissent des cinéastes des deux rives de la Méditerranée.

Thomas Micoulet, producteur français aguerri et formateur en pitching pour cette édition, nous éclaire sur l’essence de ces échanges. Entretien.

Qu’est-ce qui rend ces sessions si particulières cette année au-delà de la technique pure ?
Ce qui compte vraiment dans ces ateliers de préparation au pitch, c’est la rencontre entre réalisateurs et réalisatrices. Dès le premier jour, nous avons travaillé en groupe : chacun a pu se présenter, entendre les autres, découvrir la manière dont chaque auteur présente son projet.

C’est aussi l’occasion de comprendre la réalité des différents pays, de percevoir les expériences, les vécus et les langues qui traversent toute la Méditerranée. Ce travail collectif, cet échange constant, c’est ce qui rend les ateliers de Tétouan si riches cette année.

Venons-en au cœur du métier, comment abordez-vous concrètement le travail sur le pitch avec les porteurs de projets ? Quel est l’équilibre à trouver entre fidélité à la vision artistique et efficacité professionnelle ?
Par rapport au travail du pitch, notre objectif est simple : trouver avec les porteurs de projets les mots et la manière de présenter leur film au plus juste. Il s’agit de rester fidèle à leur vision, tout en donnant au projet la chance de rencontrer les professionnels (producteurs, distributeurs, responsables de festivals).

On cherche un équilibre : pas pour plaire au marché, mais pour que ceux qui décident puissent comprendre immédiatement de quel film il s’agit, son genre, son ton, et le réalisateur ou la réalisatrice derrière le projet. Ces jours de préparation sont calibrés: chaque présentation doit tenir entre 8 et 10 minutes, extraits compris. L’idée est de condenser l’essentiel, avec force et clarté.

À l’intention des cinéastes qui découvrent cet exercice pour la première fois, comment se préparer alors au mieux ?
La première chose, c’est de se renseigner sur le pitch : sa structure, ce qui est attendu. Beaucoup d’informations sont déjà disponibles sur Internet. Suivre une formation ou un atelier aide aussi énormément. Et surtout, rencontrer des personnes-ressources, celles qui connaissent cet exercice.

Mais ce que je répète toujours, c’est qu’un cinéaste pitche constamment. À sa famille, à ses amis, à ses proches… On raconte toujours une histoire, un film qui nous a touchés, qu’il soit le nôtre ou non. Tout cela, c’est déjà du pitch. Dans un cadre professionnel, le travail consiste à organiser cette parole.

Pour moi, le plus important, c’est d’utiliser le pitch comme un outil de développement du film : identifier ses lignes de force, repérer ses zones d’ombre, ses fragilités. Tout cela sert à retravailler le scénario, à affiner le projet, à le rendre plus solide avant sa réalisation.

Enfin, y a-t-il des règles d’or ou des pièges à éviter dans l’art du pitch ?
Les pitchs doivent avant tout correspondre, à mon avis, aux cinéastes. Il n’y a pas de modèle ni de règles absolues.Il faut parler depuis là où l’on est, avec les mots qui nous appartiennent et qui servent le projet.

Bien sûr, dans le temps imparti, il faut pouvoir présenter clairement son film. Mais au-delà de ça, il n’y a vraiment que deux ou trois principes essentiels. C’est un exercice difficile, complexe, d’aller jusqu’au bout, mais sa méthodologie reste assez simple.