Chronique
Lost in translation
Il va falloir trouver une langue commune pour se parler si on veut avancer. Et respectueusement. Quelles pistes pour inclure la jeunesse dans la définition et l’appropriation d’une vision commune pour notre pays ?
Bien sûr que les jeunes peuvent être maladroits et peut-être que l’État ne veut pas donner l’impression qu’il peut également être maladroit par moments. Certainement, le pays n’a pas besoin de désordre.
Et constamment, l’État fait tout pour assurer la stabilité que l’économie exige. Il y va de l’image et de la crédibilité du Maroc auprès des partenaires et investisseurs internationaux, entre autres. Mais, peut-être qu’il faudrait se préoccuper des jeunes citoyens, en montrant plus d’intérêt pour leurs préoccupations, leur expression et leurs espoirs.
Le rapport de force, un mauvais chemin
Bien sûr que le rapport de force n’est pas égalitaire et peut-être qu’il faudrait, d’emblée, évacuer du débat cette question. Car raisonner en rapport de force, c’est prendre le mauvais chemin pour entretenir le conflit, dès le départ. Ce que personne n’en veut.
D’autres solutions peuvent être envisagées par la jeunesse de ce pays : la non-violence, la non-contribution, le contournement, le fatalisme, la résignation, le radicalisme, le fanatisme…
Tout ce qui ne contribue pas à la résolution des conflits et tout ce que nous ne voulons pas. De l’autre côté, il est vain de croire que ce qui se fait à l’intérieur du pays reste à l’intérieur du pays. Ce n’est plus possible. Les jeunes maîtrisent les techniques du «haut-parleur Internet» qui ne peut que nuire à l’image du pays.
Il faudra donc trouver une solution, ensemble. En commençant par parler la même langue et peut-être même (ré)apprendre la langue de l’autre. Les Marocains, y compris ses jeunes, sont intelligents et pacifistes.
Ils préféreraient régler les conflits de la meilleure façon qui soit. Celle qui n’atteint pas leur dignité de citoyens qui réclament que leurs droits soient respectés. L’escalade n’est bonne pour personne.
«Relifter» les intermédiaires
La proposition de faire appel aux partis politiques pour régler les conflits n’est pas opérationnelle. Un intermédiaire, pour être légitimé, doit être accepté par tous les protagonistes. Notre société souffre de la décrédibilisation des corps intermédiaires.
Les partis politiques, les syndicats (ouvriers ou du patronat), les organisations professionnelles sectorielles… ne sont plus écoutés. Tout comme les associations et la société civile qui ont été «infiltrées» par des poissons pourris dont l’odeur infecte encore le reste.
La «nourriture spirituelle» de la jeunesse vient des réseaux mondialisés. Elle a d’autres réflexes, peut-être plus démocratiques. Un principe de communication établit que quand on ne se comprend pas, la faute ne viendrait pas nécessairement du récepteur.
L’intelligence serait de s’adapter au langage de l’autre ? Les jeunes rejettent le paternalisme, l’autorité «vide», celle qui n’est pas basée sur la compétence, l’impunité et la doxa interne. C’est universel.
Les jeunes expriment leurs désirs d’être citoyens. Au sens originel, grec, du terme : des personnes libres qui ont le droit et le devoir de participer activement à la vie politique de la cité (polis).
Peut-être qu’il faudrait exploiter les marges de manœuvre existantes et trouver les moyens de les impliquer (ou de leur donner l’impression de les impliquer) dans les choix collectifs de la nation.
À l’État aussi d’être autrement créatif pour rétablir le dialogue et ne pas se couper de la majorité de ses citoyens. Des émissions, des débats, des rencontres, des lieux de vie, des lieux de culture où l’on apprend, tous, à débattre, à se respecter et à avancer.
Des politiques publiques de la culture. Yapluka. La Culture est la solution.
