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Souveraineté hydrique : OCP augmente le débit

Au cours de ces trois dernières années, le groupe OCP a mis en place un vaste programme vert pour assurer sa souveraineté hydrique et contribuer à la lutte contre la sécheresse persistante au Maroc. De lourds investissements matérialisés par le lancement de stations de dessalement de l’eau de mer et des stations d’épuration d’eaux usées. Round-up de ces mégaprojets vitaux.

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Mines joviales, éclats de rire, gilets arborescents sous des casques bien vissés… Les dirigeants du groupe OCP et leurs collaborateurs étaient aux anges, le 14 juillet, à la mine de Khouribga. Moment fort de cette ambiance festive, sous cette forte canicule, l’activation d’une manivelle qui a fait jaillir l’eau d’un tuyau.

Petit à petit, le débit augmente. Le liquide précieux ruisselle, sous une vague d’applaudissements. La plus grande mine de phosphate au monde venait de recevoir ses premiers mètres cubes d’eau dessalée en provenance de Jorf Lasfar, acheminée via un pipeline de 203 km.

Ce long tuyau, dont les travaux ont duré 24 mois, sera relié à une station de pompage et pourra transporter jusqu’à 80 millions de mètres cubes par an. Le projet a nécessité un financement de 5 milliards de dirhams (MMDH), dont un prêt de plus de 1 MMDH de la Société financière internationale (IFC) obtenu le 13 septembre 2024.

La mine de Khouribga revêt une importance stratégique dans la production phosphatière de l’OCP. Le site a livré 28,2 millions de tonnes en 2024, soit environ 79% de la production totale du groupe. «Ce pipeline vise à répondre au stress hydrique en utilisant l’eau dessalée pour les besoins industriels, urbains et agricoles, en réduisant la dépendance aux ressources conventionnelles.

Il alimentera la mine de Khouribga pour les besoins industriels de l’OCP et fournira de l’eau potable et pour l’irrigation des projets agricoles développés par l’UM6P et ses filiales InnovX et Aradinov», a déclaré Ahmed Znibar, DG d’OCP Green Water.

«Il faudra attendre trois mois pour que le pipeline entre totalement en service. À partir de ce moment-là, 50 millions de mètres cubes seront destinés à couvrir les besoins industriels du site de Khouribga, 20 millions seront dédiés à l’agriculture et le reste, les 10 millions de mètres cubes serviront à alimenter la ville de Khouribga en eau potable», a-t-il ajouté.

À noter que les 50 millions de mètres cubes qui seront dédiés à la mine correspondent à la quantité annuelle jusque-là prélevée du barrage d’Aït Messaouad.

Cette connexion hydrique est la dernière réalisation phare du leader mondial des engrais phosphatés. Grand consommateur d’eau sur toute la chaîne de production d’engrais, de l’enrichissement du minerai brut à la production d’acide phosphorique, le mastodonte dirigé par Mostafa Terrab a entrepris, depuis 2008, de gros chantiers pour assurer son autosuffisance et par-delà contribuer à la souveraineté hydrique du pays.

Safi et El-Jadida, premières villes servies
Cette ambition s’est accélérée au cours de ces dernières années, marquées par une sécheresse persistante au Maroc, qui affecte particulièrement l’agriculture et accentue la pression sur les ressources disponibles. 2022, le tournant. L’OCP est sollicité pour établir un plan d’urgence, pour faire face au stress hydrique qui touche le pays depuis 2018.

Quelques mois plus tard, OCP Green Water (OGW) voit le jour. «Sur l’objectif de 110 millions de mètres cubes par an fixé par le programme, nous avons déjà livré, à ce jour, 85 millions de m3 entre 2023 et 2024 qui ont permis d’alimenter la ville de Safi, d’El-Jadida et de compléter l’autonomie hydrique au niveau des sites industriels de Jorf Lasfar et de Safi», a révélé Znibar.

Notons qu’OGW a également mis en service, depuis le 19 octobre 2024, une capacité annuelle de 60 millions de mètres cubes (Mm³) d’eau dessalée destinée à l’alimentation en eau potable de Casablanca Sud. Ce volume permet de couvrir plus d’un quart des besoins en eau potable de la ville, garantissant ainsi un accès renforcé et pérenne à cette ressource essentielle.

Parallèlement aux projets de dessalement, OCP Green Water a développé six stations d’épuration des eaux usées (STEP) entre 2022 et 2025, portant ainsi la capacité installée de ces sites de 10 à 50 millions de m3 par an.

Il y a eu d’abord la STEP de Safi, sortie de terre en janvier 2024, puis celles de Béni Mellal en octobre 2024, de Kasba Tadla en décembre 2024, de Fquih Ben Salah en mars 2025 et de Marrakech en juin 2025. La STEP de Khouribga sera opérationnelle en septembre 2025.

Développer une industrie locale du dessalement
Le projet repose sur des technologies de pointe comprenant une station de dessalement d’OCP Green Water, située sur le site d’OCP de Jorf Lasfar, une station de pompage et une conduite de 54,5 km, réalisées par les autorités publiques, qui relie l’installation à la station du barrage de Daourate. Une source hydrique durable visant à répondre à la problématique du stress hydrique du bassin Oum Rabii.

Globalement, OGW ambitionne de produire 610 millions de mètres cubes d’eau, soit l’équivalent de la consommation annuelle de la Suisse, dont 560 millions de mètres cubes d’eau dessalée et 50 millions de mètres cubes par an via des stations d’épuration des eaux usées, à l’horizon 2027.

Ces quantités permettront de répondre aux besoins industriels du groupe (270 millions de mètres cubes), à l’alimentation en eau potable (230 millions de m3) et à l’agriculture (110 millions de m3). «Fin 2024, nous avons livré 230 millions de m3. Et à la fin 2025, nous atteindrons les 320 millions de m3, puis 480 millions en 2026 avant d’atteindre les 610 millions à fin 2027», a promis Znibar.

Il faut souligner qu’avec une capacité installée de 320 millions de m3 en 2025, OGW assure actuellement l’autonomie hydrique de toutes les opérations minières et industrielles du groupe OCP. Pour cela, un budget de 40 milliards de dirhams a été mobilisé.

«Nous envisageons d’être un leader national et un acteur clé de la transition hydrique», a-t-il insisté, non sans préciser que ces projets sont réalisés en collaboration avec l’UM6P afin de développer des technologies dédiées qui contribuent à la mise en place d’un écosystème industriel local dans le dessalement.


Des pipelines pour alimenter Benguerir, Mzinda et Marrakech, dès 2026
Durant le lancement du pipeline Jorf-Khouribga, OGW a également annoncé l’entrée en service, depuis le 15 juin dernier, du pipeline d’alimentation du site minier de Gantour (Benguerir-Youssoufia) par des eaux usées traitées, transférées depuis la station de traitement des eaux usées (STEP) de Marrakech.

Un projet réalisé en moins d’un an, grâce à une collaboration étroite avec le ministère de l’Intérieur et la Société régionale de l’eau (SRM) de la région Marrakech–Safi. Concrètement, l’eau traitée est acheminée sur plus de 80 km pour atteindre le site minier de Gantour.

Prochaines étapes de cette stratégie hydrique durable : la mise en service, au premier semestre 2026, du pipeline Safi–Gantour (S2G), d’une capacité de 100 millions de mètres cubes, reliera la nouvelle station de dessalement de Safi au futur complexe chimique et minier Mzinda Phosphate Hub (MPH). Un autre pipeline, d’une capacité de 50 mètres cubes, connectera aussi MPH à la mine de Benguerir. Ce long tuyau assurera également l’approvisionnement en eau potable de la ville.

En collaboration avec les pouvoirs publics, OCP annonce aussi, à partir du deuxième trimestre 2026, l’alimentation en eau potable de Marrakech et Youssoufia, à partir de la nouvelle station de dessalement de Safi, à travers un pipeline reliant Safi et Marrakech, en cours de réalisation par la SRM-MS.