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RAM prépare son incursion dans la cour des grands
Le Plan d’acquisition d’aéronefs, qui sera mis en œuvre par Royal Air Maroc jusqu’en 2037, permettra à la compagnie nationale de devenir un grand acteur du transport aérien à l’échelle internationale.
Le contrat-programme 2023-2037, signé entre le gouvernement et RAM en juillet 2023, est hautement crucial. Il permettra à la compagnie nationale d’avoir les moyens de ses ambitions, tout en étant d’un très grand support à la Stratégie nationale dédiée au tourisme à l’horizon 2030 et bien au-delà.
Faudrait-il le rappeler, ce contrat-programme scellé avec l’État permettra à la RAM de quadrupler sa flotte aérienne qui passera d’une cinquantaine d’appareils à 200 aéronefs d’ici 2037. Ce saut quantitatif substantiel dotera le Royaume de la capacité aérienne optimale, lui permettant d’accueillir 65 millions de voyageurs au terme des douze prochaines années.
En clair, il est assez aisé de comprendre que pour l’avenir, le mot d’ordre de la compagnie aérienne est le renforcement de ses capacités opérationnelles.
Le tournant stratégique
2024 est charnière, il marque l’année où la compagnie nationale a lancé un appel d’offres (mois d’avril) pour l’acquisition de 188 avions (y compris une soixantaine de moteurs d’avion), pour un coût qui devrait tourner autour de 15 milliards de dollars. Ce qui est inédit en termes de commandes et de montant pour la RAM qui ambitionne, à terme, de jouer dans la cour des grands en matière de transport aérien.
À l’évidence, la compagnie qui verra sa flotte composée de plus d’une soixantaine d’appareils – un seuil au-delà duquel la diversification des fournisseurs est nécessaire et stratégique – est appelée à acquérir de nouveaux avions fabriqués par des constructeurs autres que Boeing (fournisseur et partenaire historique de RAM).
Ceci dit, il importe de préciser que la compagnie panafricaine avait déjà commencé à préparer l’avenir avant même la signature du contrat-programme 2023-2037. Pour preuve, s’il en faut, elle a reçu, entre les mois de novembre et décembre 2024, deux Boeing 787-9 Dreamliner, issus d’une commande antérieure au contrat-programme 2023-2037.
Rappelons que cette commande est composée de dix avions, dont 7 Boeing 737 Max, pour les destinations moyen-courriers, et 3 Boeing 787-9 Dreamliner, pour les vols long-courriers.
À fin décembre 2024, les deux gros porteurs susmentionnés ont porté la flotte de long-courriers de RAM à 11 appareils. Au cours des dix dernières années, la compagnie dirigée par Abdelhamid Addou s’est employée à étoffer sa flotte de long-courriers, formée de Boeing 787-7 et 787-9, censés accélérer sa croissance ainsi que sa modernisation.
Et ce, dans un contexte marqué par une âpre concurrence que se livrent les grandes compagnies internationales, déterminées à surfer sur la vague de la hausse substantielle du trafic aérien post-Covid-19.
Plan d’acquisition massif
En phase avec les ambitions de croissance et de modernisation de RAM, le plan d’acquisition massif, qui arrivera à terme en 2037, devrait être composé de 125 court et moyen-courriers et 63 long-courriers.
Pour l’heure, si très peu d’incertitudes pèsent sur le bouclage du financement de l’acquisition des nouveaux aéronefs de RAM, il n’en est pas de même des délais de livraison. Et ce, en raison, entre autres, du niveau élevé des carnets de commandes des deux plus grands constructeurs d’avions à usage commercial au monde, qui sont Airbus (826 commandes en 2024) et Boeing (377 commandes engrangées en 2024).
Outre le fait de subir des retards de livraison de pièces ou de composants de la part de leurs fournisseurs, les deux constructeurs, pressentis à fournir de nouveaux appareils à la RAM (dans le cadre de son plan d’acquisition massif), doivent satisfaire les demandes colossales des grandes compagnies.
Ces dernières anticipent une forte croissance du trafic aérien et priorisent de ce fait le renforcement ainsi que le renouvellement de leurs flottes par l’acquisition de nouveaux appareils moins énergivores, plus technologiques et en phase avec les nouvelles exigences environnementales.
À titre illustratif, la méga-commande de Qatar Airways auprès de Boeing pour l’acquisition de 210 appareils pour une valeur de 96 milliards de dollars a été annoncée publiquement le 14 mai 2025.
Autre donne qui corse l’équation : l’américain Boeing (partenaire historique de RAM) fait les frais de deux crashs consécutifs en 2018 et 2019 (Airbus 737 Max) mais également des problèmes de sécurité de son avion 737 Max en 2024 ainsi que les tensions sociales dans ses usines en fin 2024 (grève des salariés).
Résultat des courses en 2024 : l’avionneur américain a été très en retrait par rapport à Airbus en termes de livraisons, notamment avec 348 aéronefs livrés contre 766 pour le constructeur européen, qui vraisemblablement équipera en appareils une bonne partie de la future flotte nationale.
Cette dernière pourrait aussi être renforcée d’ici 2037 par des avions fabriqués par ATR et Embraer, avionneur brésilien, lequel a signé, en octobre 2024, avec le gouvernement marocain une convention d’investissement qui pourrait atteindre 1milliard de dollars d’ici 2035.
Un profil financier favorable
Il est important de rappeler que les pistes qui s’offrent à la compagnie nationale ayant réalisé un résultat net remarquable en 2023 (447 MDH), porté par un CA de 19,7 MMDH (en hausse de 57% par rapport à 2022) sont, entre autres, l’endettement et le crédit-bail.
Le renforcement de la participation de l’État dans le capital de la compagnie sera aussi de nature à élargir la marge de manœuvre financière de RAM pour la mise en œuvre de son plan d’achat d’aéronefs.
Ceci dit, au regard des prévisions et des performances touristiques réalisées par le Royaume, première destination africaine depuis l’année dernière (devant l’Égypte), les perspectives financières de la RAM sont prometteuses.
Ce qui est d’autant plus rassurant, eu égard aux 15 milliards de dollars d’investissements à mobiliser pour étoffer la flotte de la compagnie qui, en vertu du contrat-programme signé avec l’État, doit ouvrir 100 nouvelles lignes internationales et réaliser un chiffre d’affaires de 94 MMDH d’ici 2037.
