Culture
Quand les oiseaux de ‘Attar apprennent à voler aux enfants
À Sidi Moumen, «La Huppe et les Douze Oiseaux» ont transformé le conte soufi de ‘Attar en une comédie musicale enchantée pour les 3-6 ans. Entre acrobaties de Circus Shems’y et musique, ce spectacle humaniste, porté par Oum El Ghaït, cultive l’émerveillement comme antidote aux fractures sociales.
Au cœur de Sidi Moumen, quartier populaire de Casablanca au passé tumultueux, une parenthèse poétique s’est ouverte les 2 et 3 juin.
Dans l’intimité du Centre Ghali Berrada de la Fondation Oum Keltoum, la comédie musicale «La Huppe et les Douze Oiseaux» a déployé ses ailes mélodieuses, métamorphosant l’espace en un jardin de songes pour les âmes innocentes, ces enfants de 3 à 6 ans aux rires cristallins.
Imaginez une ribambelle de jeunes, plumes imaginaires au vent, incarnant des oiseaux en quête de sens. «La Huppe et les Douze Oiseaux» revisite avec audace le chef-d’œuvre soufi de Farid al-Din ‘Attar, «La Conférence des Oiseaux».
Sous la baguette inspirée de Layla Skali Lami, cette adaptation contemporaine, pensée pour les 3-6 ans, dépoussière le texte mystique du XIIe siècle pour en faire un voyage intérieur accessible, lumineux, presque magique.
Les oiseaux, symboles d’âmes en quête de vérité, guident les petits spectateurs – et acteurs – vers des valeurs universelles: la paix, l’ouverture à l’autre, l’éveil à soi.
Sur les planches, la troupe Circus Shems’y, portée par la vision lumineuse de Touraya Jaïdi Bouabid, donne vie à un tourbillon d’émotions où chaque pirouette est un envol, chaque équilibre un poème suspendu dans l’air.
Initiation soufie pour les tout-petits
Leurs corps athlétiques, véritables pinceaux dans l’espace, dansent avec la gravité pour peindre en apesanteur la fable intemporelle, aux côtés de la flamboyante Amal Ayouch.
Derrière eux, une équipe de pédagogues et d’entrepreneurs culturels (Driss Skali, Leila Slaoui, Hayet Erghouni, et l’équipe d’Oum El Ghaït) tisse les fils d’un projet aussi ambitieux qu’humaniste.
À travers l’art, l’ONG Oum El Ghaït et ses partenaires veulent reconnecter les jeunes pousses à leur imaginaire, leur sensibilité et leur patrimoine spirituel. «Ce projet est une semence, explique Amal El Kadiri Berrada, présidente de l’ONG.
Il s’appelle Boudour wa Joussour, parce que planter des graines de beauté, de sens et de lien dès l’enfance, c’est préparer des adultes plus ouverts, plus enracinés, plus libres».
Le Centre Ghali Berrada, bras culturel de la Fondation Oum Keltoum, est le théâtre idéal pour cette ambition. Là où le Complexe social Oum Keltoum forme et éduque, ce centre fait chanter, danser, rêver.
Théâtre, musique, dessin : ici, l’art est une arme de construction massive, un levier pour redonner confiance et dignité à une communauté trop souvent marginalisée.
Le rire des enfants n’est pas resté prisonnier de la salle : il a franchi les portes, se mêlant aux éclats de vie du quartier, comme une mélodie qui, longtemps après le silence, continue de vibrer dans l’air du soir.
Porté par l’audace créative d’Oum El Ghaït et Par-Chemins Concepts, cet élan poétique pourrait, à l’image de la huppe messagère, franchir les horizons et inspirer d’autres ciels.
Car, comme le murmure la huppe aux douze oiseaux, la quête de sens commence toujours par un premier battement d’ailes. Et à Sidi Moumen, ces ailes sont déjà en train de s’élancer.
