Chronique
Les humains solaires, sombres ou pervers
Le background spirituel, culturel, multiethnique marocain constitue la principale paroi de protection de la nation marocaine contre les idéologies destructrices, notamment celles qui se drapent du burnous humaniste pour éradiquer la trame identitaire des peuples…
L’histoire marocaine est damasquinée de hauts faits de civilisation, de franches victoires et de tonitruantes défaites. De son long périple préislamique à son équipée andalouse, de son parcours dynastique dont l’élasticité s’est étalée de Cordoue au Soudan, le vieux Royaume a beaucoup appris.
Hormis les saints patrons des villes, le Maroc compte plus de 7.000 mausolées et zaouïas. À ces hauts lieux spirituels, il y a lieu d’ajouter les sanctuaires de 650 saints juifs, dont la vénération de 150 d’entre eux est partagée par les musulmans.
Le judaïsme, qui a façonné une part non négligeable de la pensée universelle, de Bahïya Ibn Paquda à Moïse Maïmonide, a doté l’âme marocaine d’un sens de l’autre inégalable.
L’amazighité et la hassanité qui furent à la vieille monarchie marocaine ce que l’humus est à la terre, complètent la composition du background de notre pays.
Ce background spirituel, culturel, multiethnique marocain constitue la principale paroi de protection de la nation marocaine contre les idéologies destructrices, notamment celles qui se drapent du burnous humaniste pour éradiquer la trame identitaire des peuples pour les transformer en consommateurs dévitalisés.
Voyez-vous, les peuples qui manquent d’un tel background résistent rarement aux assauts des hégémonies, des impérialismes, notamment culturels, des pulsions sécessionnistes. De plus, ces peuples ainsi dévitalisés peinent souvent à réaliser le bon dosage ethnoculturel nécessaire à la légitimité du pouvoir politique. L’exemple algérien constitue un cas d’école en la matière.
En vérité, pour les individus comme pour les peuples, on distingue trois types de caractères : les solaires, les sombres et les pervers. Ce que je dirais ci-dessous sur les individus est parfaitement valable pour les peuples.
Les êtres solaires dispensent le bonheur autour d’eux, se refusent à tout calcul dans les relations qu’ils entretiennent avec autrui. Leur intelligence du cœur coule de source, au point de ressentir quelque tristesse à ne trouver personne avec qui partager les gratitudes de l’existence.
Les êtres sombres sont aveuglés par la rancune, la jalousie, l’allergie à la joie, le pessimisme chronique, la désespérance viscérale, la mésestime de soi, la paranoïa à tout-va, le délire de persécution dogmatique, la misanthropie en détestation systémique du genre humain. La joie des autres leur est si violente qu’elle provoque en eux les pires pulsions meurtrières.
Sinistres à volonté, taciturnes par nature, ils portent en eux la mort, y compris la leur propre. Un être sombre vous démantèle le moral à la cinquième seconde de sa rencontre. Il porte en lui le deuil du désir. Chaque fleur lui est avis de décès. Chaque faveur lui est insulte. Il s’ennuie à mort face aux scènes de concorde et aux effusions amoureuses des autres.
Quant aux pervers narcissiques, ils peuvent se forcer à être «solaires» ou «sombres» au gré des situations, le but étant la jouissance la plus morbide du malheur d’autrui. Derrière le rideau de l’hypocrisie, ils jouissent intensément en s’employant à séparer amis, amants et couples.
Leur plaisir orgastique à voir s’entre-déchirer les autres est de l’ordre du messianique et du sacerdotal. Caméléons par vocation, janusiens par essence, ils sévissent là où se présentent toutes les occurrences tout au long de l’échelle des opportunités.
Je suis sûr que ces trois profils vous font penser à des pays, à des régimes, à des communautés.
Dans des pays sans background civilisationnel et ethnoculturel puissant, l’État n’est ni respectable ni respectueux. La vie du chef de cet État peut chanceler vers la mort ou l’embastillement à n’importe quel moment. Les «serviteurs de cet État» s’en servent pour se servir les premiers. Afin de déjouer les stratagèmes répressifs, le peuple finit peu à peu par ressembler à l’État, en filouterie comme en violence.
De Kheireddine Pacha (2e Barberousse sous protection ottomane en 1519) à Hussein Day (dernier représentant jusqu’en 1830 de la Sublime Porte à Alger), l’Algérie a été mise sous tutelle ottomane. De 1830 à 1962, la colonisation française a non seulement violenté terroirs et territoires, mais surtout dévasté l’âme d’un peuple déjà aliéné par tant de dominations passées.
La «psyché collective» algérienne, par les hécatombes, les massacres, les viols, les punitions collectives, a été systématiquement détraquée par la colonisation française. Nulle famille, nul douar, nulle dechra, nul village et nulle ville n’en a échappé.
À l’indépendance, sous le label du FLN, l’armée s’empara du pouvoir et instaura une dictature «populaire» à la manière du glacier soviétique. S’ensuivront la décennie noire et, plus tard, un Hirak qui n’a pas abouti. Tout ce parcours historique de cinq longs siècles d’humiliations, de hogra, de négation identitaire, de dévastations culturelles, de violence et de blessures profondes a généré un Algérien à l’image peu reluisante.
Nombreux sont nos contemporains qui évoquent à son sujet un profil soupçonneux, peu confiant en lui-même, paranoïaque, caractériel, rustre, discourtois, grossier, indélicat, mal élevé… Le trait caractéristique qu’on retient communément de cet Algérien est l’hypertrophie de son fameux «nif», une espèce de fierté mal placée à tout propos.
Partout dans le monde, autant le Marocain bénéficie généralement de l’image d’un être affable, courtois et hospitalier, autant l’Algérien – souvent de son propre fait – dégage l’impression qu’on a affaire à un être pour le moins acariâtre et grincheux.
De tout ce qui précède, ne retenez aucun jugement de valeur à connotation raciste ; je décris uniquement une atmosphère concrète difficile à réfuter. Mes sincères vœux de prompt rétablissement à l’âme algérienne si meurtrie !