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Chronique

Liberté ou sécurité ?

Une politique culturelle oscille toujours entre l’idée d’une liberté absolue de la création et les aspects sécuritaires ou moraux qui limitent son expression. Le curseur entre les deux extrêmes varie selon les pays et les époques. Où en sommes-nous chez nous ?

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La création est un acte artistique qui peut bousculer, à des degrés variables, les habitudes et les croyances. Elle demande parfois, de la part des «régulateurs» de l’ordre public, de la créativité dans leurs actes liberticides.

Et du côté des artistes, un supplément d’espièglerie créative pour faire parvenir le message, quand il y en a un, tout en contournant la censure.

Si d’aucuns considèrent ce jeu de cache-cache comme une perte de temps, d’autres voient dans la censure une motivation supplémentaire pour créer et s’exprimer dans un contexte hostile.

Une contrainte de plus qui oblige à être subtile dans la création. Tous les avis sont dans la nature, même si la récurrente question de «peut-on créer quand on est heureux ?» demeure toujours d’actualité et ne trouve toujours pas de réponse définitive.

Le curseur est entre liberté et sécurité
L’évaluation du traitement étatique de ce critère oscillant entre liberté absolue et contrainte sécuritaire permet d’avoir une idée sur la direction politique que souhaite donner l’État à ses artistes et citoyens.

Nous parlons ici d’un état d’esprit reconnaissant préalablement aux créateurs leur liberté de création et aux citoyens l’accès à une offre artistique libre et émancipatrice. La vérité étant, presque toujours, quelque part au milieu.

La limitation des libertés de création et d’expression et d’accès à l’espace public peut être argumentée par la peur de ce qui est communément appelé «trouble à l’ordre public» ou dans les cas extrêmes «ébranlement de la foi». Or, on ne peut pas savoir comment les gens réagissent à une expression non autorisée que quand celle-ci a lieu. D’où le dilemme.

Le choix qui peut être fait par le législateur et l’État est celui de permettre l’expression et agir au nom de la loi quand la proposition artistique est irrespectueuse ou dangereuse, partant du principe que toutes les expressions ne peuvent pas être (per)mises dans le giron de la liberté d’expression.

De l’autre côté, interdire systématiquement pour des motifs de sécurité et de stabilité, par prévention, installe la censure et l’autocensure en tant qu’éléments structurels, limitant la créativité et la libre expression nécessaires pour que la société avance en mettant pacifiquement en débat les questions qui posent problème.

Une liberté émancipatrice pour plus de sécurité ?
Il est indéniable que notre pays a modifié quelque peu sa doctrine entre les années de plomb et l’ère de la réconciliation qui la suivit. L’époque actuelle correspondrait à la blague sur la différence entre démocratie et dictature.

La dictature étant «ferme ta bouche» et la démocratie «cause toujours». Débouchant sur un état d’esprit de «tiédeur» installé et intériorisé par les créateurs.

L’État peut à présent «déléguer» aux artistes eux-mêmes la fonction de régulation. Ils la font eux-mêmes seuls, comme des grands, par une autocensure ou par flagornerie.
Au-delà de la doctrine, peut-être que c’est notre logiciel de la création et de l’expression qu’il faudrait modifier.

Presque plus personne aujourd’hui ne rêve du grand soir. Le besoin d’un grand contrôle étroit se déplace davantage vers les réseaux sociaux, plus que sur les créations artistiques potentiellement subversives, de plus en plus rares.

Tendre vers un ADN plus libre en expression serait prometteur en création et en règlement – ou du moins mis à plat – des conflits sociaux et politiques qui nécessitent un débat public et des arbitrages. La Culture est la solution.