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Agadir-Dakar : Radioscopie d’une ligne maritime prometteuse
Bénéficiant d’une subvention publique, la liaison de fret maritime Agadir-Dakar, qui suscite un grand intérêt auprès des transporteurs, recèle de nombreux avantages comparatifs (coût, sécurité, praticité, etc.). Et pourtant, plusieurs informations mettant en cause sa rentabilité et ses chances de succès inondent déjà les réseaux sociaux. Décryptage.
La signature, à Agadir, du protocole d’accord, le 11 décembre dernier, entre le Conseil régional Souss-Massa et Atlas Marine (société britannique de droit marocain), incarne la concrétisation du projet de la ligne maritime Agadir-Dakar. Les raisons légitimant la mise en place de cette liaison sont nombreuses.
Tout en constituant un puissant vecteur d’intégration régionale, prônée par le Royaume – porte-étendard de la coopération Sud-Sud –, elle est de nature à renforcer la force de frappe exportatrice du Souss-Massa, première région primeuriste et agrumicole du pays et principal bastion de valorisation des produits de la mer au Maroc.
En clair, la liaison maritime Agadir-Dakar est foncièrement adaptée à la spécialisation exportatrice de la région Souss-Massa (produits périssables). En plus d’offrir davantage de sécurité aux transporteurs, cette ligne panafricaine permettra aux produits frais marocains (fruits, légumes et produits laitiers, etc.) de rallier la capitale sénégalaise en seulement deux jours et demi, contre 7 à 9 jours par voie terrestre.
Si les avantages de cette ligne maritime sont multiples, certaines voix se lèvent d’ores et déjà pour alerter sur une pléthore de «défis» (rentabilité, fréquence, logistique, etc.), susceptibles d’entraver le succès de ce corridor qui ouvre davantage le Maroc à l’immense marché du Sahel, peuplé de 300 millions de consommateurs.
Le coût du trajet aller-retour pour un camion, le nombre de compagnies desservant la ligne maritime, les aspects liés à la logistique et à la rentabilité de la liaison, ainsi que le mécanisme de subvention publique mis en place, sont autant d’axes parmi d’autres abordés avec Driss Boutti, président de la CGEM Souss-Massa, comptant parmi les principaux soutiens de cette initiative maroco-sénégalaise.
Unique soutien public à ce jour
À coup de publications sur les réseaux sociaux, certains émettent des doutes sur la rentabilité de la ligne maritime, et donc sur sa viabilité.
Concrètement, certaines allégations circulant sur Internet font état d’un coût de 300.000 euros pour un aller-retour pour la compagnie maritime Atlas Marine qui, via ses navires RoRo – Passagers (ROPAX) pouvant charger jusqu’à 120 camions, assure la liaison entre le port d’Agadir et celui de Dakar. À cela s’ajoute un taux d’occupation qui, toujours d’après les mêmes publications, doit atteindre 75% comme seuil de rentabilité.
«C’est un raisonnement totalement biaisé», rétorque Driss Boutti. «L’estimation de la rentabilité se fait sur un horizon annuel», précise-t-il. Selon le patron des patrons de la région Souss-Massa, le seuil de rentabilité dans le cas d’espèce se situe à un taux d’occupation de 65%, contrairement à ce qui est avancé sur les réseaux sociaux.
D’ailleurs, le protocole d’accord signé le 11 décembre dernier entre le Conseil régional Souss-Massa et la société Atlas Marine intègre la mise en place d’un mécanisme de subvention publique, en l’occurrence une subvention à l’équilibre. En clair, cet instrument garantit à la compagnie Atlas Marine d’opérer sur la nouvelle ligne, avec un taux d’occupation de 65% (seuil de rentabilité).
À l’évidence, cette unique subvention publique d’équilibre, pour le moins légitime, vise à donner un coup de pouce au démarrage de la nouvelle ligne de fret maritime.
Avantage comparatif avéré
Driss Boutti est formel : le coût de la ligne maritime Dakar-Agadir pour un camion sera plus compétitif que la voie terrestre, davantage complémentaire que concurrente.
«Aujourd’hui, il faut savoir que le coût total pour un camion assurant la liaison Dakar-Agadir tourne autour de 80.000 à 90.000 DH aller-retour.
À cela s’ajoute l’accélération de l’obsolescence des camions dont les différents organes sont soumis à rude épreuve durant le trajet de près de 5.000 km pour un aller-retour», explique en substance notre expert. Selon nos informations de sources sûres, le coût pour un camion empruntant la ligne maritime pour rallier Dakar via Agadir pourrait être inférieur de 40% à celui de la voie terrestre.
Et ce, en plus de la sécurité et du confort pour les chauffeurs, lesquels disposeront à bord d’une kyrielle de commodités (chambres, restauration, espace de prière, eau chaude, etc.). Ceci dit, pour ce qui est de l’engouement pour cette ligne maritime, Driss Boutti a confié que plusieurs transporteurs et professionnels manifestent d’ores et déjà un grand intérêt pour cette liaison, laquelle facilitera aussi les exportations des pays du Sahel vers le Maroc, voire l’Europe.
Par ailleurs, notons qu’au démarrage de la liaison maritime, si la fréquence est d’une rotation hebdomadaire, celle-ci devrait rapidement atteindre deux rotations par semaine.
Quid des défis logistiques ?
Au sujet des supposées contraintes logistiques en lien avec les camions en provenance de Dakhla et Laâyoune (deux bastions des produits de la mer du Royaume), lesquels devront parcourir une distance de plus de 1.000 km pour rallier le port d’Agadir, notre interlocuteur apporte une réponse édifiante.
«Il faut savoir que des pays comme le Sénégal, la Côte d’Ivoire, la Guinée ou le Nigéria qui ont un accès direct à l’Atlantique disposent de ressources halieutiques conséquentes. Pour l’heure, ces pays sont plus demandeurs de légumes, de fruits frais, de produits laitiers que de poissons frais, susceptibles de provenir du sud de notre pays», fait remarquer notre interlocuteur.
Autre éclairage de Boutti, au chapitre logistique : les entreprises de transport locales qui ont l’habitude d’acheminer les produits marocains vers l’Europe disposent d’une flotte de camions frigorifiques parfaitement adaptés aux installations des navires (prises électriques) faisant la liaison entre le Maroc et le Vieux Continent.
Au-delà de ces précisions, il importe de mentionner que la mise en place de la ligne maritime Agadir-Dakar est la résultante d’un travail de longue haleine, impliquant plusieurs acteurs privés et publics du Sénégal et du Maroc (Douanes, autorités portuaires, Marsa Maroc, ANP, etc.). L’ultime vocation de cette liaison maritime panafricaine est de faire de la capitale de Souss-Massa un hub d’expédition des produits africains vers l’Europe via la ligne maritime Agadir-Cadix (dans le pipe) et l’autre connexion maritime à l’étude, Cadix-Portsmouth (Angleterre).
En définitive, selon nos informations de sources sûres, en plus de l’entreprise britannique Atlas Marine, d’autres sociétés manifestent leur intérêt pour desservir la nouvelle ligne maritime qui ne fera l’objet d’aucun monopole.
