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Réforme du Code de la famille : Ce qu’en pensent les islamistes !

Sans surprise, les conservateurs se mettent en rangs serrés pour vouer aux gémonies la réforme du Code de la famille. À quelques détails près, le même discours tenu à la fin des années 1990 est de retour. Analyse.

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Alors que la réforme du Code de la famille n’a pas encore entamé sa phase législative, certains «courants sont vent debout contre». Il faut dire qu’ils n’ont pas attendu que les grands contours de cette réforme soient traduits en avant-projet de loi pour qu’ils montent sur leurs grands chevaux.

En effet, dès l’ouverture de ce chantier législatif, ces courants ont usé de tout ce dont ils disposent en «artillerie», vêtue en discours du «religieusement correct», pour «attiser» les soupçons et semer le doute dans les esprits.

Avec pour socle argumentaire : «la réforme vise la religion» ! En posture de gardien du temple, ils avancent en «protecteurs de la conscience de la Nation». Une autoproclamation qui laisserait entendre qu’ils auraient été délégués par les citoyens pour parler en leur nom.

Plus encore, pour eux, quiconque défendrait la réforme du Code de la famille est taxé d’athée, ou du moins de laïc. Pour peu, ils franchiraient le Rubicon pour les traiter d’apostats.

Rien de surprenant, au fond, à partir du moment où l’on sait que cette posture a toujours été de mise pour les «conservateurs» de tous bords. Tout débat sociétal est, par essence, sain, sauf quand les «antagonismes» s’exacerbent en «confrontation idéelle» basée sur le «déni de l’autre». Et c’est ce à quoi nous assistons depuis les premières révélations sur la réforme qui commence.

Notamment, lorsque les conservatismes se transforment en anathèmes. Quand bien même à peine 17 propositions émises dans le cadre de cette réforme sont «connotées» relevant de la sphère religieuse, ces conservateurs réduisent, à dessein, tout le débat autour de ces questions qui, pourtant, ont fait l’objet de fatwa de la part du Conseil supérieur des oulémas. L’institution qui est la seule à même d’en émettre.

Posture politique déguisée dans le «religieusement correct»
Sans surprise, et comme il fallait s’y attendre, le PJD ne s’est pas fait prier pour signer sa «démarcation». Certes, Abdelilah Benkirane, qui a provoqué une «réunion d’urgence» du Secrétariat général de son parti, ne dira pas de mal des propositions qu’il a même tenu à «saluer» en se félicitant que les «lignes rouges» n’ont pas été franchies.

N’empêche, pour peu qu’on décortique les «éléments de discours» de sa sortie, l’on a le sentiment que le SG du parti de la Lampe est tenté par «semer le doute» quant aux issues du processus devant donner naissance à la nouvelle Moudawana.

Deux instants de son allocution sont, de ce point de vue, assez éloquents : d’abord lorsqu’il avance, dans la langue de Molière, que «ça commence mal» et le second quand il s’en prend frontalement au ministre de la Justice, Abdellatif Ouahbi, qui occupera plus des deux tiers des 15 minutes de son intervention diffusée le lendemain de cette réunion.

Plus encore, outre la sortie de leur chef de file, ils étaient nombreux les «ténors» du parti à orchestrer des «sorties» qui puisent dans le même «réservoir idéologique», dont le bras syndical du PJD, l’UNTM, qui s’y mêle aussi. Toujours est-il que le sentiment qui se dégage est qu’on n’est pas fondamentalement dans la sphère religieuse, mais dans une posture politique.

D’autant plus que «diriger ses munitions» contre la personne de Abdellatif Ouahbi, et à travers lui la majorité gouvernementale, n’est pas sans rappeler que les islamistes n’arrivent toujours pas à «digérer» la débâcle du 8 septembre 2021, ainsi que les revers électoraux qu’ils ont collectionnés depuis lors des différentes élections partielles.

Du coup, toutes les occasions sont bonnes pour eux de revenir à la charge. Plus encore, le retour de certains courants de la même matrice que la leur, dans certains pays arabes, semble leur donner un tantinet espoir de revenir en force. Seulement voilà, les conditions historiques de 2011 ne sont plus de mise, et la masse électorale qu’ils visent n’est plus réceptive à leur discours.

Mais ils ne sont pas les seuls à tenter le coup. D’autres, «leurs alliés objectifs», avancent leurs pions. À l’image de certaines figures du salafisme et même, paradoxalement, de l’extrême gauche qui, par réseaux sociaux interposés, s’attaquent à une réforme dont ils ne semblent connaître que leur position vis-à-vis d’elle. Dans ce chapitre, les lignes d’attaque sont les mêmes: «défendre la Charia de Dieu (Char3Allah)».

Comme s’ils étaient l’incarnation du «vrai», alors que toute la nation serait dans «le faux». Et puis, une obscure organisation dite de Oulémas du Maghreb arabe, créée en Turquie et tenant son siège à Genève, entre sur l’arène, et ce, par le biais d’une fatwa en guise de «donneur de leçon».

Le hic dans cette histoire est que ladite organisation va jusqu’à «appeler à la désobéissance du cadre légal». Cela alors même que, et ces gens ne sont pas censés l’ignorer, l’une des conditions fondamentales de la fatwa est la connaissance du contexte et de la jurisprudence locaux.

Pire encore, certains pêcheurs des réseaux sociaux se sont approprié son «discours» en le balançant comme s’il s’agissait d’une «révélation divine». Ceci étant, la nouvelle posture se démarque, néanmoins, par un «glissement» de paradigme.

En effet, outre le référentiel religieux, le constat est que le discours anti-réforme prend des dimensions à caractère sociétal. D’abord, lorsque l’on avance que le nouveau Code, pas encore né, pourrait exacerber la réticence des jeunes à se marier et, du coup, cela aurait un impact sur la courbe démographique du pays.

C’est à croire qu’il y aurait un quelconque lien de cause à effet quand ces conservateurs se réfèrent aux résultats du dernier recensement général. Mauvais arguments pour une thèse qui ne tient pas debout. Car, au moment où les conservatismes regardent l’avenir dans le rétroviseur du passé, la société avance dans la sérénité.


Touche pas à ma polygamie !
Est-ce un hasard que les islamistes renvoient, dans leur position vis-à-vis de la réforme du Code de la famille, au plan d’action pour l’intégration de la femme au développement ?

Pas si sûr, à partir du moment où ils s’orientent vers une approche tendant à présenter le pays en tant qu’entité foncièrement «clivée», voire «divisée» entre les tenants du «bien absolu» et les autres en tant qu’incarnation du «mal absolu».

Certes, les pions qu’ils avancent sont en guise de «référentiels religieux», mais, au fond, deux invariables sont les marqueurs de leur discours. À savoir le mariage des mineures et la polygamie et, accessoirement, le cas du domicile conjugal.

C’est à croire que la religion se réduirait à ce qu’ils considèrent comme les lignes de démarcation à ne pas franchir. Très réductrice approche s’il en est.