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Chronique

L’autre moitié du monde

Dans une majorité de pays dans le monde, les femmes, bien que représentant plus que la moitié de l’humanité, sont souvent exclues, pas que de la décision (comme les hommes), mais dans les cas les plus extrêmes, de toute vie sociale et publique. L’Afghanistan vient de nous «livrer» un exemple extrême de ce qu’elles peuvent encore subir.

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Nous pouvons rajouter à la liste de ces femmes, celles qui ne se sont jamais émancipées. Parce que les conditions d’exclusion sociale ne leur permettent pas. Ou parce qu’elles ont intériorisé le patriarcat en tant que situation structurelle. Ou parce qu’elles n’essaient même pas, estimant ne pas avoir les moyens (intellectuels ou/et politiques) pour y arriver. Ou parce que, tout simplement, elles veulent vivre en paix et ne pas avoir à combattre tous les jours pour les droits les plus élémentaires ou contre les préjugés les plus abjects…

En Afghanistan, les femmes meurent à feu «doux»
En Afghanistan, les talibans ont «fêté» leur troisième anniversaire d’accès au pouvoir (le 15 août 2021), en édictant une nouvelle loi encore plus restrictive pour les femmes. 114 pages et 35 articles d’interdiction aux Afghanes de se déplacer seules, de chanter, lire ou même parler à voix haute en public, entre autres. La nouvelle loi ne concerne pas que les femmes, elle légifère également sur les habits, les comportements, la participation à la prière, la musique dans les taxis et les lieux publics, la création, le rasage… des deux sexes. Quant aux femmes, la loi est encore plus précise. Elles n’ont plus le droit de se maquiller ni de se parfumer. Elles doivent être couvertes de la tête aux pieds. Les habits qu’elles portent ne doivent être «ni fins, ni serrés, ni courts». Jusqu’à présent, elles pouvaient s’éloigner jusqu’à 70 km de leur domicile. C’est fini. Elles ne peuvent plus se déplacer sans être accompagnées par quelqu’un avec qui elles sont liées par les liens de sang ou de mariage. Les talibans reviennent presque intégralement à ce qu’ils avaient déjà appliqué pendant leur première «mandature» (1996-2001). À travers les patrouilles du ministère de la Promotion de la vertu et de la prévention du vice, ils renforcent à nouveau (l’ont-ils jamais arrêté ?) le contrôle des comportements des Afghans (femmes et hommes) dans la rue ou les transports publics.
Tout cela se passe dans un silence assourdissant de l’opinion internationale. Le 21 août 2024, jour de la promulgation de la nouvelle loi, Richard Bennett, rapporteur spécial des Nations unies sur les droits humains en Afghanistan, a été interdit de rentrer dans le pays. La communauté internationale ne peut pas ignorer ce qui s’y passe. Il est inimaginable qu’il n’y ait pas assez de manifestations de soutien aux femmes afghanes dans les capitales et les villes du monde ouvert et moderne. Et que les talibans continuent à avoir une reconnaissance diplomatique internationale sans faire aucune concession.

Le salut est peut-être féminin
En revenant au Maroc, je me pose des questions : qu’est-ce qui fait et à partir de quel moment un individu décide-t-il de prendre sa vie en main ? De se déclarer citoyen dans sa tête et de décider de participer à la décision ? À ne pas laisser les autres et la conjoncture décider de sa vie et de son destin ? À exiger une reddition des comptes de la part de ceux qui prennent les décisions qui s’imposent à tous. C’est en répondant à ces questions que notre Moudawana «risquerait» de devenir une réalité politique, juridique, sociale et psychologique. Pour améliorer notre gouvernance, il faudrait peut-être faire de la place aux femmes et qu’elles l’exigent elles-mêmes et l’obtiennent, car il n’y a aucune raison de statuer que la testostérone serait meilleure conseillère que les œstrogènes ? Et qu’on ne justifie plus le patriarcat et l’exclusion de l’autre moitié du monde par la religion. Car comme l’affirmait l’astrophysicienne italienne Margherita Hack, «il n’est pas nécessaire d’avoir une religion pour avoir une morale, car si vous ne pouvez pas distinguer le bien du mal, ce qui vous manque c’est la sensibilité, pas la religion». La Culture est la Solution.