Chronique
Anthropomorphisme, le pas de trop ?
Après avoir déployé des efforts technologiques considérables pour proposer des services à la pointe de la modernité au profit de ses utilisateurs, voilà qu’OpenAI tire la sonnette d’alarme.
Décidément le monde mystérieux de l’intelligence artificielle n’en finit pas de nous surprendre. Après avoir déployé des efforts technologiques considérables pour proposer des services à la pointe de la modernité au profit de ses utilisateurs, voilà qu’OpenAI tire la sonnette d’alarme.
Et contrairement à ce que l’on aurait pu croire, il ne s’agit pas d’une simple mise en garde contre l’utilisation accrue de sa plateforme, ou bien d’une nouvelle campagne de sensibilisation pour préserver les droits d’auteurs, comme cela a pu être le cas par le passé. Non ! C’est bien plus préoccupant que cela.
Le mastodonte de l’IA est en train de se rendre compte qu’il a créé un petit monstre, qui est en train de lui échapper et de générer des comportements aussi inappropriés qu’inattendus.
Il se trouve que les différentes voix attribuées à son logiciel sont tellement réalistes et interactives, que le leader des grands modèles de langage s’inquiète de voir les utilisateurs se comporter avec elles comme s’il s’agissait de personnes réelles. Et cela ne s’arrête pas là, puisqu’une partie de ces adeptes, qu’ils soient minés par la solitude ou pas, en viennent jusqu’à délaisser les relations avec leurs congénères faits de chair et de sang.
Une réalité explosive qui a de quoi dépasser l’entendement et à laquelle, il faut l’avouer, on ne s’attendait pas vraiment. C’est ce qu’on appelle de l’«anthropomorphisme». Le mot est lâché !
C’est-à-dire le fait d’attribuer des attitudes ou des caractéristiques humaines à quelque chose qui ne l’est pas.
Il y est fait référence dans un document publié par la maison mère de ChatGPT, la veille du lancement de sa nouvelle «version 4o». Assez curieux comme démarche pour une entité qui fait mine de se préoccuper du bien-être de son public.
Or, en réalité, il s’agit plus d’une manière de devancer les critiques qui ne font que s’accumuler vis-à-vis de la peur générée par l’IA générative.
Ainsi, parmi les nouvelles fonctionnalités proposées par le géant américain figure la possibilité d’obtenir des réponses vocales immédiates et de tenir des conversations instantanées.
Des options qui avaient déjà soulevé bien des interrogations lors de la phase test au cours de laquelle certaines personnes en arrivaient à créer un lien affectif avec ChatGPT.
Et ceci au point d’éprouver une certaine tristesse à l’idée de devoir quitter l’outil virtuel, comme lorsqu’on dit au revoir à de nouvelles connaissances à la fin des vacances.
D’autres en revanche sont parvenus à faire passer pour argent comptant de fausses informations, non mécontents de façonner leur assistant artificiel à l’image du fond de leur pensée.
Une proximité qui dépasse toutes les limites au regard de la capacité de l’IA à garder en mémoire les moindres détails des conversations passées.
Cela ne fait que renforcer le lien, affectif ou pas, entre l’homme et la machine au point d’intriguer certains chercheurs qui se sont mis à explorer ces nouvelles relations socio-technologiques.
Dans le cadre de leurs études, ils auront certainement pris le temps de visionner «Her», ce fameux long métrage sorti en 2013 qui racontait déjà l’histoire d’un écrivain public tombé amoureux de Samantha, une intelligence artificielle, qui avait emprunté ses cordes vocales à Scarlett Johansson.
La preuve s’il en est que la réalité, qui a plus d’une corde à son arc, finit toujours par rattraper la fiction, voire la dépasser.
De quoi nous laisser sans voix.
