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Société

Recensement : Ce qui a changé en dix ans ?

Le RGPH 2024 entre dans sa dernière étape d’opérationnalisation. Les ultimes réglages sont établis pour mener cette opération d’envergure. En attendant les résultats, zoom sur les nouveautés du processus.

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Le recensement général de la population et de l’habitat est une opération stratégique qui va donner un arrêt sur images de la population en 2024, mais qui permettra aussi de retracer son évolution depuis le dernier recensement de 2014. Il ne s’agit pas juste de donner des statistiques sur le nombre d’habitants.
«Le recensement constitue, par la multitude et l’importance des données et des indicateurs qu’il génère, une aide précieuse au bon déploiement du modèle de développement», avait précisé Ahmed Lahlimi, haut-commissaire au plan.
D’ailleurs, ce recensement qui couvrira les dix prochaines années, jusqu’en 2034, coïncidera avec la préparation des résultats de l’implémentation de ce nouveau modèle de développement.
C’est donc le 7e recensement que le pays va connaître, en ligne avec les recommandations des Nations unies visant à mener tous les 10 ans cette grande opération nationale. Depuis son indépendance, le Maroc a réalisé six recensements : 1960, 1971, 1982, 1994, 2004 et 2014.
Ce dernier avait abouti à une population de 33.848.242 habitants. L’instance principale chargée de cette opération, à savoir le HCP, avait mobilisé alors 53.000 recenseurs et 20.000 contrôleurs et superviseurs, du 1er au 20 septembre.
C’est donc la même opération, avec des objectifs similaires, des finalités pareilles… Cependant, celle de cette année a marqué une rupture avec l’utilisation des moyens classiques, a fait appel à une utilisation massive des technologies et a mobilisé un coût nettement plus conséquent.

Numérisation du processus
Les technologies seront utilisées en masse lors de ce recensement, pour ce qu’elles apportent en matière de fiabilité, transparence et rapidité. Les enquêteurs seront munis de tablettes intégrant l’application informatique, développée par les cadres du HCP, qui comporte les limites des districts et itinéraires à suivre au moment du recensement, les questionnaires, ainsi que les règles de cohérence et de validité des données collectées. Ces districts, au nombre de 38.000, ont été découpés au niveau de tout le pays, espace rural et urbain compris, grâce à des images satellitaires de haute précision et des techniques GPS. Ce qui a permis d’élaborer deux cartes géographiques. La première permettra le géoréférencement des établissements économiques et socioculturels, des équipements communaux, mosquées, souks, établissements associatifs… Ce sont ainsi plus de 1,3 million d’établissements actifs qui ont été localisés dont 8% à but lucratif et 1.022 souks hebdomadaires.
La seconde carte géographique, elle, porte sur l’ensemble des constructions et habitations que comporte le pays. Cette opération a permis de géoréférencer, pour la première fois, 4.138.900 constructions en milieu urbain, avec une prédominance des maisons marocaines (75%) et 33.682 douars.

Équipe plus étoffée
Entre enquêteurs, contrôleurs et superviseurs, le dispositif humain chargé du recensement est bien étoffé. Un appel à candidatures a été lancé pour sélectionner ces enquêteurs, selon leur profil et leur formation, avec la condition d’être Marocain âgé de 20 ans et plus, titulaire d’un diplôme d’études supérieures équivalent à un bac +2 minimum. Sont éligibles également les fonctionnaires et retraités. 500.000 dossiers ont été déposés et 200.000 présélectionnés. Ces derniers ont bénéficié d’une formation en ligne, développée en partenariat avec l’Université Mohammed VI Polytechnique, dispensée durant une période de trois mois et sanctionnée par une évaluation. L’objectif est de les familiariser avec les concepts du recensement, de telle sorte à acquérir les qualifications techniques nécessaires, dont l’utilisation de tablettes électroniques dédiées à la collecte de données. À l’issue de cette étape, 100.000 agents ont validé l’ensemble des modules de formation. À cette date, des entretiens individuels sont menés par les directeurs régionaux et superviseurs provinciaux du HCP, à l’issue desquels 55.000 candidats seront retenus définitivement. Une autre formation, en présentiel cette fois-ci, sera dispensée à ces personnes durant deux semaines pendant les mois de juillet et d’août 2024 et qui sera enrichie par une visite de reconnaissance de terrain, organisée deux jours avant le lancement officiel du RGPH 2024, où chaque enquêteur, contrôleur et superviseur repérera et éventuellement mettra à jour les limites de sa zone d’intervention.

Coût pompé par le personnel
Le HCP s’est donné les gros moyens pour réussir l’opération de recensement, qui est suivie minutieusement par les plus hautes autorités du pays. Pour les 55.000 enquêteurs, 55.000 tablettes ont été acquises, en plus de 12.000 power banks, pour un coût estimatif de plus de 700.000 DH. Cela, avec une centaine d’ordinateurs de bureau et de portables. En plus, des milliers de voitures ont été louées pour cette opération. Selon les appels d’offres lancés par le HCP, c’est un budget de 70 MDH qui est réservé à cette opération de location de véhicules, sans option d’achat, avec ou sans chauffeur. Le système informatique est le fer de lance de l’institution. La mise en place d’une application en vue de collecter les données, d’un data center, de son hébergement…, a également nécessité un budget conséquent (2 MDH juste pour l’hébergement). Cela dit, la rémunération de tout le personnel participant à cette opération représente 80% du budget. Ainsi, les rémunérations varient entre 150 et 600 DH pour les travaux cartographiques, entre 150 et 650 DH pour les modalités du recensement, entre 150 et 800 DH pour la formation, entre 125 et 700 DH pour la réalisation du recensement, et 150 à 250 DH pour l’exploitation des données du recensement. Enfin, le HCP a mobilisé près de 17 MDH pour une vaste campagne de communication. Les coûts ne s’arrêtent pas là, puisque le HCP est en train de sélectionner une compagnie d’assurance, en vue de couvrir les risques encourus par les enquêteurs. Le budget global sera communiqué à la fin de l’opération de recensement. Pour rappel, le recensement de la population de 2014 avait coûté la bagatelle de 900 MDH.

Signature et optimisme
Dans l’élaboration de l’identité visuelle, la signature et le slogan de ce recensement, le HCP a tenu compte des différents bouleversements qu’a connus récemment le Maroc, depuis la crise de Covid-19, mais aussi sa résilience face à ces chocs. Pour Lahlimi, «nous nous réjouissons que les nuages de ces crises se dissipent et que notre pays s’oriente vers des perspectives prometteuses… C’est cet optimisme que nous avons insufflé à la conception de notre campagne de communication». L’identité visuelle a été conçue sous la forme d’une demi-acre tournée lancée vers un horizon céleste, portant plusieurs visages.
Le logo est composé de la couleur marron qui symbolise l’attachement des Marocains à leur terre, suivie du bleu, représentant l’ouverture de notre pays sur l’extérieur, le vert clair, puis le vert et le rouge, associées à l’emblème du drapeau national. Cette identité visuelle est accompagnée de la signature «La valeur de notre pays est sa population», telle qu’utilisée lors du RGPH 2014. Le slogan, lui, «Demain est à portée de nos mains» renvoie autant à l’optimisme qu’à la responsabilité.