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Taux directeur: La (bonne) surprise du chef

Contre toute attente, le wali de Bank Al-Maghrib a baissé le taux directeur de 25 points de base. Une décision qu’il justifie par «l’amélioration sensible» des données de l’économie marocaine, que ce soit sur le front de l’inflation, de la croissance ou de l’équilibre des finances publiques.

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Le consensus en faveur du statu quo était quasi général auprès de la communauté des analystes et des économistes. Mais le conseil de Bank Al-Maghrib a surpris tout le monde lors de sa deuxième réunion de l’année, en décidant une baisse de 25 points de base du taux directeur, pour le ramener à 2,75%. Une décision prise à l’unanimité des membres du conseil, a révélé Abdellatif Jouahri, wali de Bank Al-Maghrib en conférence de presse. Une décision qui tranche surtout avec le statu quo qui a prévalu lors des quatre dernières réunions du conseil, et qui augure, si ce n’est d’un nouveau cycle d’assouplissement de la politique monétaire, au moins d’une embellie «sensible» de l’économie nationale, d’un point de vue macroéconomique.
Sur le front de l’inflation, les chiffres présentés par le wali de Bank Al-Maghrib sont plus que rassurants, et semblent confirmer un retour durable de la stabilité des prix. Après des taux de 6,6% en 2022 et de 6,1% en 2023, elle est revenue à des taux faibles ces derniers mois, constate la banque centrale. Elle devrait terminer l’année en cours sur un taux moyen de 1,5%, inférieur à la cible des 2%, tout en tenant compte de la reprise du processus de décompensation partielle du gaz butane.
Les projections tablent certes sur un taux moyen de 2,7% en 2025. Ceci dit, comme l’a expliqué Jouahri, la composante sous-jacente de l’inflation, qui reflète la tendance fondamentale des prix, s’est établie en moyenne à 2,1% sur les cinq premiers mois de l’année et devrait rester proche de ce niveau jusqu’à fin 2025. «Nous sommes dans la cible», a-t-il commenté.

La croissance revue à la hausse
Toutefois, le retour à la normale de l’inflation n’aura pas suffi à lui seul d’abaisser le taux directeur, à en croire le wali de Bank Al-Maghrib. La décision a également été motivée par l’amélioration «sensible» de la situation économique nationale ces derniers mois. Sur le plan de la croissance d’abord, la banque centrale a révisé sa prévision pour 2024, passant d’un taux de 2,1% pronostiqué en mars dernier à un taux de 2,8% (soit une révision à la hausse de 0,7 point de pourcentage), malgré une campagne céréalière de 31,2 millions de quintaux, en baisse de 43,3% par rapport à la campagne précédente, et de 44,5% comparativement à la moyenne des cinq dernières années. La croissance devrait surtout rebondir en 2025, pour atteindre un taux de 4,5% (contre 4,2% prévu en mars dernier) à la faveur d’une bonne dynamique des activités non agricoles (industries et services) dont la croissance s’établirait à 4,1% en 2025. «On se rapproche des chiffres que l’on n’avait pas vus depuis des années. On tournait plus autour de 3%», a rappelé Abdellatif Jouahri.
L’autre indicateur résolument dans le vert qui a motivé la décision d’assouplir la politique monétaire est la bonne orientation des comptes de l’Etat. «Il y a une maîtrise des finances publiques», s’est félicité le wali de BAM qui a, au passage, souligné l’engagement ferme et constant du gouvernement à ne pas dévier de la trajectoire de réduction des déficits et à préserver les équilibres macroéconomiques. Ainsi, après s’être établi à 4,4% du PIB en 2023, le déficit budgétaire devrait se stabiliser au même niveau en 2024 avant de s’alléger à 4,1% du PIB en 2025. Des projections qui tiennent compte des nouveaux crédits ouverts par le gouvernement de 14 milliards de dirhams, ainsi que l’intégration de l’impact de l’accord social en 2025. La dette du Trésor devrait, elle, repasser sous la barre des 70%, un niveau largement soutenable.

Un signal fort aux opérateurs
L’embellie globale de la situation économique marocaine se manifeste aussi sur les comptes extérieurs du Royaume. BAM fait état d’une reprise des échanges extérieurs à moyen terme et d’une consolidation des niveaux élevés des recettes voyages et des transferts des MRE. Ces derniers devraient battre un nouveau record en 2024 à plus de 117 milliards de dirhams. Le déficit du compte courant devrait au final rester maîtrisé, passant de 0,6% du PIB en 2023 à 1,7% en 2024, puis à 2,7% en 2025. Surtout, les avoirs officiels de réserves en devises vont continuer de se renforcer, offrant une couverture d’environ cinq mois et demi d’importations de biens et services. «Un niveau confortable», assure Jouahri.
La dynamique des investissements dans le Royaume a également été mentionnée comme étant un facteur très positif qui incite à l’optimisme. «Regardez les projets au Maroc… Coupe du monde, ports de Dakhla et Nador, dessalement…, tout cela va dans la bonne direction», a-t-il affirmé. Et le wali de résumer : «Les données se sont améliorées de manière sensible. C’est ce qui a justifié notre baisse du taux directeur». En entamant un nouveau cycle d’assouplissement monétaire, la banque centrale donne un véritable coup de pouce à l’activité économique, en agissant sur le coût du crédit bancaire. Bien qu’une baisse de seulement 25 points de base du taux de référence n’est pas de nature à changer fondamentalement la donne, il reste que cette décision envoie un signal fort aux opérateurs économiques : la phase de crise et de difficulté s’estompe, et les conditions sont désormais réunies pour relancer l’investissement privé et l’emploi. Le marché ne s’y est d’ailleurs pas trompé: quelques minutes après l’annonce de la baisse du taux directeur, l’indice MASI de la Bourse de Casablanca a bondi de plus de 2%.


Flexibilité du dirham : Jouahri temporise
L’amélioration de la situation économique telle que décrite par Bank Al-Maghrib ne justifie-t-elle pas également de passer à une nouvelle phase de la réforme du régime de change flexible ? Non, répond Jouahri, c’est encore trop tôt. «Bien que plusieurs prérequis soient favorables comme l’équilibre budgétaire et le niveau des réserves de change, les opérateurs économiques, notamment les TPME, ne sont pas prêts pour cette transition», a-t-il souligné. Le passage vers un régime de change flexible implique en effet des ajustements fréquents du taux directeur de la banque centrale pour défendre la monnaie nationale, ce qui affectera directement les taux d’intérêt appliqués par les banques aux TPME et autres clients. Pour Jouahri, ces opérateurs ne sont pas encore préparés à recalculer les coûts et ajuster les prix en conséquence, ce qui suscite des inquiétudes quant à l’impact potentiel sur leur compétitivité. Raison pour laquelle les politiques d’accompagnement sont renforcées pour certaines catégories d’entreprises afin de faciliter cette transition. Ainsi, avant de passer à plus de flexibilité de la monnaie, «il est crucial que les opérateurs économiques soient en mesure de s’adapter à ces changements».