Argent
Ce que pèse le cash… littéralement
L’ampleur de l’argent liquide au Maroc reste impressionnante. Mis sur la balance, les 400milliards de dirhams en circulation représentent près de 20.000 tonnes. Les détails.
Imaginez plus de 500 véhicules de poids lourds chargés à leur capacité maximale passer devant vous ! C’est ce qu’il faut comme flotte pour déplacer l’équivalent du poids des billets de banque et de pièces de monnaie en circulation au Maroc. Plus de 400 milliards de dirhams d’argent liquide, à fin mars de cette année, enregistrant une progression de 37 milliards sur une année glissante et de 5 milliards d’un mois à l’autre. Ce niveau a même doublé les dix dernières années. En comparaison avec l’encours des dépôts bancaires, la monnaie fiduciaire représente près du tiers. C’est un niveau énorme et c’est même parmi les plus élevés au monde, puisqu’en part de PIB, cela représente environ 30%. C’est vrai que les incertitudes qui planaient pendant la crise sanitaire ont été à l’origine d’une demande spectaculaire et brusque du cash, affichant une hausse de 20% en 2020. Mais les attentes versaient vers un retour à la normale. Il n’en est rien puisque la tendance reste maintenue : Bank Al-Maghrib a même lancé une enquête pour déterminer les tenants et aboutissants de l’ampleur de l’argent en circulation.
C’est que les Marocains restent toujours attachés au cash. Les billets et pièces de monnaie restent le moyen le plus répandu par les utilisateurs pour régler leurs transactions, en dépit de tous les efforts déployés pour réduire l’utilisation de l’argent liquide, liés tant à la démocratisation des moyens de paiement ou encore au paiement mobile… BAM l’avait bien précisé dans l’un de ses documents de recherche : la situation est telle que chaque habitant marocain est censé être en possession d’un montant cash de 8.780 DH. En valeur, ces 400 milliards de dirhams seraient représentés essentiellement par des coupures de 200 DH, à hauteur de 76%, en supposant que la part augmente d’un point d’une année à l’autre, comme ce qui était le cas en 2022, année pendant laquelle le cash en circulation avait atteint 372 milliards de dirhams. Elles sont suivies par les billets de 100 DH, 50 DH, 20 DH et les pièces de monnaie.
85 camions pleins de billets
En volume, plus de la moitié des billets qui circulent est constituée de billets de 200 DH (56% en 2022, en hausse d’un point). Les coupures de 100 DH viennent directement après avec un poids de 35%, puis les coupures de 50 DH et de 20 DH avec 6% et 3% respectivement. En prenant les mêmes proportions, ce sont 2,7 milliards de billets, toutes coupures confondues, qui font l’objet de transactions quotidiennes. Par type de coupure, on voit passer tous les jours 1,51 milliard de billets de 200 DH, 945 millions de billets de 100 DH, 162 millions de billets de 50 DH et 81 millions de billets de 20 DH.
Ce qui est quand même important, si l’on raisonne en termes de poids en kilogramme. Avec un poids autour d’un gramme le billet, combien pèse la monnaie fiduciaire en circulation ? Ce sont 2,7 millions de kilogrammes de billets que les Marocains portent chaque jour dans leurs poches pour régler leurs transactions. En tonne, ce n’est même plus imaginable : 2.700 tonnes ! Pour donner un exemple : sachant que le poids d’un véhicule de la catégorie poids lourd, rempli de marchandises (PTC), varie entre 32 et 37 tonnes, les billets de banque remplissent près de 85 camions chargés à bloc. C’est pour illustrer l’ampleur de la monnaie fiduciaire qui est utilisée dans les opérations de paiement. 
En pièces de monnaie, le constat est encore plus accablant. En 2022, les pièces métalliques ont pointé à 3,1 milliards de pièces, pour une valeur de 4 milliards de dirhams.
De ce montant, ce sont les pièces de 1 DH qui sont le plus en circulation, pesant près de 7.000 tonnes. Les pièces de 5 DH et de 20 centimes qui changent de main sont ex æquo en termes de poids, 2.400 tonnes chacune. En revanche, la monnaie qui circule le moins concerne les 10 centimes, 216 tonnes seulement. En tout, les pièces en circulation pèsent près de 17.000 tonnes. C’est plus de 4 fois le poids des billets en circulation et donc 4 fois plus de poids lourds !
Le «rial» existe-t-il toujours ?
Certainement, puisqu’aucune information officielle n’a été communiquée sur son retrait. Mais, nous le croisons de moins en moins. Au niveau des grandes surfaces, chez les épiciers ou auprès de tout autre commerçant, cette pièce métallique est devenue tellement rare, voire sans valeur, que plusieurs d’entre nous ne la réclament même pas, parce que, dit-on, «elle n’a plus de valeur». Cela dit, bien qu’elle circule de moins en moins dans nos porte-monnaie, l’institut d’émission produit toujours cette pièce de monnaie. Elle existe alors bel et bien, sauf qu’elle est oubliée. Bank Al-Maghrib ne l’intègre même pas dans ses rapports sur la circulation fiduciaire comme une pièce à part entière. La rubrique «autres» indique que ces pièces constituent 11% de la monnaie métallique, avec 880 tonnes.
Le recyclage et tri, l’essentiel de la monnaie des banques
Pour assurer l’approvisionnement de l’économie monnaie, Bank Al-Maghrib émet de nouveaux billets et pièces de monnaie, mais procède également au recyclage de la monnaie en circulation. En 2022 par exemple, 3,5milliards de billets ont été mis à la disposition des banques de la place. Les opérations de recyclage et de tri ont permis de répondre à 84% des besoins en billets de banque. L’institut d’émission a comblé le besoin en billets de banque grâce, d’une part, à l’injection de billets neufs qui a atteint un volume de sorties aux guichets de 581 millions de billets et, d’autre part, aux sorties de billets valides issus de son activité de traitement qui concernent un volume de 367 millions.
