SUIVEZ-NOUS

Influences

Magique… chic, c’est Caftan Week

Après une rupture de quatre années, l’évènement Caftan du Maroc est revenu pour une 24e édition, avec au menu des masterclass, des expositions au musée Dar El Bacha, un défilé de huit jeunes talents et le grand défilé des stylistes professionnels.

Publié le


Mis à jour le

Le Caftan a été célébré en grande pompe à Marrakech. La ville a accueilli l’un des évènements culturels les plus grandioses du Maroc, autour du caftan, sa valorisation, son histoire, sa confection… En effet, cette 24e édition a choisi le thème «Maroc, Terre du Caftan» pour démontrer son ancrage dans le patrimoine marocain.

Après quatre ans de rupture, en raison essentiellement de la crise sanitaire, Femmes du Maroc, organisateur de Caftan, revient en force, avec un concept complètement rafraichi, plusieurs nouveautés introduites, et sur une période plus longue. D’ailleurs, l’évènement a été rebaptisé, portant désormais l’appellation «Caftan Week». Ainsi, au lieu d’une soirée consacrée exclusivement au défilé des tenues des stylistes venant exposer leur collection, les organisateurs ont jugé bon d’étaler l’évènement sur quatre jours d’affilée, pour comprendre plusieurs rencontres.

Au Golf Al Maaden s’est donc tenu, le 11 mai, le grand défilé de 16 stylistes marocains, qui sont venus présenter leur collection aussi sublime l’une que l’autre et qui ont parfaitement interprété le thème de l’année. En plein air, au pied des montagnes de l’Atlas et sur un catwalk plus long que celui des éditions précédentes, a pris place un mélange épatant entre histoire et culture, tradition et modernité, matières et couleurs, au grand bonheur des amateurs de la fashion qui ont largement répondu présent. Les regards ont suivi le ballet des mannequins sur le podium, admirant la perfection des coupes, la richesse des ornements et l’harmonie des couleurs. Chaque caftan est une invitation au voyage, une fenêtre sur un monde de raffinement et d’élégance intemporelle.

Les caftans se sont succédé, styliste après l’autre, pour un défilé féerique, déclinant une palette de textures raffinées : soie, mousseline, brocard… embellis par des ornements purement marocains comme «laâkad», la «sabra», le «berchman» et le «tarz». Des créations qui représentent une ode à l’artisanat marocain, un témoignage d’un savoir-faire ancestral, d’un acquis inimitable.

Un hommage au caftan à Dar El Bacha
Les broderies racontent des histoires millénaires à travers essentiellement des fils d’or ou «sfifa». Chaque détail révèle la patience et la minutie des artisans qui ont donné vie à ces chefs-d’œuvre. D’ailleurs, l’une des innovations de cette édition réside dans l’exposition au Musée Dar El Bacha des métiers de l’artisan. Différentes spécialités étaient présentes dans un espace de ce bâtiment historique dédié au caftan. Les artisans présents, chacun avec une spécialité précise, nous ont décrit la complexité de la confection d’un caftan fait à la main, mettant en valeur l’écosystème diversifié mais nécessaire à la création de ces tenues. Ce ne sont pas moins de 14 étapes de fabrication qui sont indispensables, en commençant par la conception initiale jusqu’à la broderie finale ou la pose des pierres. Et c’est justement là où réside la beauté de ces tenues emblématiques quand elles sont faites main. D’ailleurs, Fatima-Zahra Idrissi, spécialiste dans «tarz» assure que les tenues confectionnées à la main gardent leur valeur, contrairement aux autres qui à vue d’œil ne représentent pas le caftan marocain tel qu’il a toujours été. Mohammed El Aaydy, artisan du «berchman», met l’accent sur son domaine de prédilection, sur son importance, tout en assurant que le travail de «berchman» se fait exclusivement au Maroc. En parallèle, une exposition des métiers du caftan a eu lieu permettant aux visiteurs de découvrir les savoir-faire traditionnels, comme la passementerie, la broderie de Rabat et le travail des perles et cristaux.

Des side events pour assurer la relève
Caftan Week a été l’occasion également de donner la chance à de jeunes talents de se révéler et de commencer à imposer leur nom dans l’industrie de la mode traditionnelle marocaine. Huit talents émergents ont alors exposé leur collection, avec chacun deux tenues, lors d’un défilé organisé le vendredi 10 mai devant un jury composé de Meryem Boussikouk, présidente de l’Association nationale des créateurs marocains de mode (ANCMM), Abdelhanine Raouh, célèbre pour ses créations avant-gardistes qui révolutionnent la structure classique du caftan, et Mao Lakhdar, connu pour sa réinterprétation audacieuse du caftan traditionnel. Pour la sélection de ces étoiles montantes, la présidente de l’ANCMM a mis en place des critères stricts qui s’articulent essentiellement autour du respect de la thématique, de l’originalité, de l’innovation et de l’élégance. Au final, c’est Imane Bamouss qui a remporté le prix. Sa collection s’est particulièrement distinguée par sa touche amazighe, inspirée notamment du Festival Imilchil. «La mariée amazighe porte généralement la «handira», le «mouzoune» et d’autres ornements qui caractérisent la culture amazighe. J’ai donc utilisé le drap de soie et la mousseline Georgette, tout en intégrant «tarz» fait à la main avec le «mouzoune» et «tenbat»», explique l’heureuse élue qui a assuré sa place pour Caftan 2025. Elle n’a pas encore d’idée précise sur sa collection pour la prochaine édition, mais elle nous a confié que le thème amazigh constituera le gros de ses tenues.

Pour faire profiter les stylistes en herbe de leur expérience, une série de masterclass ont été organisées le jeudi 9 mai, animées par des figures emblématiques de la mode, telles que Meryem Labied, plus connue sous le surnom Mimi Leblanc, Selma Benomar, Laila Aziz et Mohamed Larbi Azzouz, Aka Romeo. Ce dernier s’est attelé à prodiguer les conseils nécessaires aux jeunes stylistes, en leur recommandant de se munir de patience, qualité qui leur fait défaut. «Ils doivent trouver leur voie, en travaillant sur leur propre style, sur leur personne, sur la manière avec laquelle ils veulent traduire leurs idées et les inculquer au public. Efforts, patience, apprentissage et confiance en soi sont les maitres mots», a résumé Romeo. C’est ainsi que le magazine Femmes du Maroc a réussi son pari, avec un grand retour d’un show sublime par son organisation, majestueux par ses tenues et fascinant par son cadre dans une ville des plus captivantes au monde. Vivement Caftan 2025 !


L’internationalisation en gestation

Le caftan marocain a conquis bien des cœurs, des créateurs de mode et des fashionistas. Il n’est plus cantonné à cet habit traditionnel porté lors des célébrations marocaines, mais s’affirme de plus en plus dans des évènements mondiaux et inspire des stylistes internationaux. Compte tenu de l’importance du caftan à l’échelle internationale de la mode et de l’envergure de l’évènement Caftan, Ichrak Moubsit, qui dirige Femmes du Maroc et Nissae min Al-Maghrib, pense à internationaliser cette célébration. «Ce n’est toujours pas un projet concret, mais l’idée commence à s’imposer.
Le caftan a réussi à s’exporter au fil du temps pour construire un socle important d’admirateurs, au Moyen-Orient, en Europe et même aux États-Unis. Pourquoi alors priver ce public d’un évènement professionnel de cette ampleur», nous révèle l’organisatrice.