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L’Istiqlal en «mode consensus»
Nizar Baraka, secrétaire général reconduit, aurait bien pu passer une liste des membres du comité exécutif en l’envoyant au vote. Même «arithmétiquement» à l’aise, il a fait le choix de s’en remettre à la concertation élargie.
Nizar Baraka veut aller jusqu’au bout dans la logique du consensus qui a prévalu avant le début du 18e congrès national du parti de l’Istiqlal, voire tout au long des trois journées de ses travaux. Cela a été perceptible, le 26 avril, pour la présidence de cette grand-messe de retrouvailles, lorsque, pour gérer les «différends», les congressistes ont fini par opter pour une configuration tricéphale. Un premier «couac» vite aplani. Et cela devrait se poursuivre pour les étapes à suivre, notamment en ce qui concerne la composition du comité exécutif. En effet, contrairement aux prévisions les «plus optimistes», la première session du conseil national, qui s’est tenue sous la présidence de l’ex-secrétaire général, n’a pas pu aboutir. Au regard des «chocs des ambitions», Nizar Baraka était loin de s’en douter.
Le déroulement des travaux du congrès national, marqué par deux nuits blanches, laissait bien entrevoir que la «bataille des clans» n’allait pas être une mince affaire à gérer. Dans les apartés de l’enceinte du Complexe Moulay Rachid, on sentait que la suite n’allait pas être une promenade de santé pour Baraka. Quand bien même il serait auréolé d’une reconduction à l’unanimité pour un second mandat.
Dans les rangs de la formation de la Balance, certaines voix maximalistes se projetaient dans les pires des scénarios. Pour elles, chaque prise de bec était annonciatrice d’un «inévitable ouragan». Cela n’a pas eu lieu. «Le congrès est arrivé à bon port sans le moindre dégât», se réjouit ce militant, pour qui l’Istiqlal, «qui en avait vu d’autres», aura réussi son congrès.
Le conseil national en session ouverte
Toujours est-il que sentant que la situation risquait de tourner au vinaigre, la décision a été prise pour que cette première session du conseil national (CN) allât rester ouverte. L’objectif étant que le secrétaire général voulant se donner le temps pour davantage de «concertations partisanes nécessaires», mais aussi en vue d’«élargir l’écoute à toutes les parties concernées» avant qu’il ne puisse élaborer la liste des membres qu’il devra proposer pour faire partie de l’équipe qui l’accompagnera durant les cinq ans de son nouveau mandat. Pourtant, nous dit un congressiste, le chef de file aux commandes, fort de ses soutiens au niveau du parlement du parti, «aurait eu toute latitude à forcer le destin», et ce, en soumettant une liste au vote. Seulement voilà, Baraka semble ne pas avoir voulu courir le risque de «faire exploser l’unité retrouvée en plein vol». D’autant plus que dans la famille istiqlalienne, certains avancent que l’une des principales pierres d’achoppement serait le «veto» que l’homme fort du parti dans les provinces du sud, Hamdi Ould Rachid, brandirait contre la présence d’El Khattat Yanja dans la composition du comité exécutif à venir. Les deux hommes, et c’est de notoriété publique, ne sont pas en odeur de sainteté l’un envers l’autre. C’est dire que Baraka doit faire preuve de tout le doigté dont il peut disposer en quête d’une conciliation des ambitions.
Probablement, en jouant la carte de la session ouverte du CN, qui verra la poursuite des travaux, dont le parti décidera le lieu et la date «ultérieurement», le patron du parti attendrait que les «esprits se calment» loin de la pression du congrès. Cela relèverait de la «gestion psychologique des moments de tension». C’est d’autant plus compliqué que chaque «clan» est tenté d’envoyer le plus grand nombre possible des siens dans l’instance exécutive du parti. Pour précision, sur les 107 candidats annoncés, 34 composeront cette instance. Une autre difficulté pour départager les prétendants. «Ça va se faire de manière consensuelle», assure-t-on.
En jeu, le positionnement sur l’échiquier de la formation. Avec tout ce que cela pourrait induire dans la suite des événements, sachant que, outre le fait que des congressistes pensent déjà au 19e congrès, l’autre paramètre à ne pas négliger est relatif à l’éventuel remaniement ministériel, dont on parle de plus en plus. D’ailleurs, interpellé sur la question lors de son passage sur les chaînes de télévision, le Chef du gouvernement, tout en louant le travail de ses ministres, a dit ne pas exclure la révision des priorités. Aziz Akhannouch relèvera, néanmoins, la liaison entre une éventuelle réorganisation au niveau de l’Exécutif et le renouvellement des instances des partis partenaires du RNI dans la coalition gouvernementale.
En fait, selon certaines lectures, il serait aussi question pour ces partis d’éviter de tomber dans l’équation de l’appartenance ès qualités. Conséquence, le secrétaire général de l’Istiqlal en économètre, mesurant la complexité de l’équation, avance en «calculant» ses pas. Avec pour lanterne, ce que les Istiqlaliens, tous bords confondus, ne cessent de répéter, «l’unité du parti et sa cohésion interne». D’ailleurs, on ne semble guère pris d’impatience. En quittant Bouznika, on salue la tenue du congrès et les congressistes ont regagné leur région avec le sentiment du devoir accompli. Et puis, il y a également le fait que la finalisation des instances n’est pas l’apanage de l’Istiqlal, le PAM, à un degré autre, est dans pratiquement la même configuration. En effet, depuis le 5e congrès de février dernier, la formation du Tracteur n’a pas pu compléter son bureau politique. Et ceux qui y siègent actuellement y sont ès qualités. À savoir, outre le triumvirat aux commandes, la présidente du conseil national, les ministres PAM, les présidents PAM de région, les présidents des groupes parlementaires, le directeur de l’académie de formation du PAM et les présidents des organisations de la femme et de la jeunesse. Là encore, l’éventualité d’un changement au niveau du gouvernement y serait pour quelque chose. N’empêche, la machine partisane n’est pas pour autant grippée. D’ailleurs, on apprend que le parlement du PAM devrait tenir, au cours de la deuxième semaine de mai, une nouvelle session qui pourrait trancher quant à la composition complète de son bureau politique.
Soudés nous sommes, soudés nous restons !
On l’aurait relevé. Jouant la surenchère, certains commentaires avançaient que le 18e congrès du parti de l’Istiqlal aurait aussi constitué un enjeu pour la majorité. Probablement, ils devaient avoir l’œil sur le rétroviseur en pensant à la période Chabat. Il n’en était rien. L’Istiqlal tient à la majorité et se dit solidaire sans faille. Tout comme le PAM n’a de cesse de répéter qu’il y est pour rester. Et le RNI, par la voix de son président, souligne la cohésion, l’homogénéité et la symbiose de la majorité dans l’action et pour la mise en œuvre de son programme. Le renouvellement des instances de la Chambre des députés en a livré une énième illustration.
L’autre démonstration de cet état d’esprit s’illustre également lors des dernières législatives partielles, avec à chaque occasion un seul candidat en lice pour les formations de la majorité. Les résultats démontrent que la démarche paie et il n’y a pas de raison de bousculer la donne.
