Banques
Le crédit à la consommation renoue avec la croissance
Après une stagnation en 2022, la production totale des prêts a augmenté de près de 10% l’année dernière, consécutivement à la reprise des crédits automobile et au redressement des prêts personnels.
Le crédit à la consommation, qu’il soit affecté ou non, devient une nécessité. Les sociétés de financement finissent par attirer les clients, à coup de publicité, de promotions, de crédits gratuits… Souvent, les particuliers ont recours à un prêt de courte durée, pour faire face à des charges, spécialement pendant les périodes de fêtes religieuses, de vacances ou au moment de la rentrée scolaire. Et même hors ces périodes, plusieurs ménages contractent un crédit pour financer l’achat d’un appareil électroménager, l’ameublement d’une maison…
Il faut dire aussi que la conjoncture actuelle, qui est marquée par une forte inflation, touchant l’ensemble des produits, a entraîné une dégradation de la situation financière des ménages et aussi de leur perception de son évolution. D’ailleurs, le HCP, dans son enquête trimestrielle relative au niveau de vie des ménages, a conclu que 87% des sondés ont affirmé que leur niveau de vie a reculé durant l’année 2023 et plus de la moitié s’attendent à une dégradation l’année prochaine. Ce qui affecte naturellement leur capacité à épargner. D’ailleurs, ce n’est presque plus à l’ordre du jour, puisque même pas 10% des ménages de l’enquête du HCP prévoient de constituer une épargne en cette année. Un autre indicateur qui démontre la nécessité de recourir aux prêts, c’est bien l’endettement des ménages. Les données arrêtées à fin 2022 ressortent avec une hausse de la dette bancaire des ménages de 3,4% à 400 milliards de dirhams, composée à hauteur du tiers des crédits à la consommation. Rapportée au PIB, la dette des Marocains représente 30%. Ce qui la situe à un niveau élevé par rapport à certains pays en développement et émergents, mais au dessous des niveaux observés dans des économies avancées.
Distribution nette en hausse
Toutes ces conditions restent profitables aux crédits à la consommation. Selon les données provisoires communiquées par l’APSF, la production nette des crédits a connu, à fin 2023, une hausse de 9,8% à 22,7 milliards de dirhams, après une quasi-stagnation une année auparavant. Ce sont les prêts affectés qui sont derrière cette performance, avec 15,4 milliards de dirhams de crédits distribués, en progression de 14%. Ils représentent d’ailleurs 68% de la production totale des crédits. La grande part revient aux crédits destinés à l’achat de voitures. La distribution nette a donc augmenté de 14,5% pour atteindre 14,9 milliards, en dépit d’un marché automobile neuf qui a fait quasiment du surplace entre 2022 et 2003 (+0,1%).
En fait, cette hausse de la production s’explique essentiellement par la poursuite du renchérissement du prix de vente des véhicules, depuis 2021, et non par une augmentation des unités commercialisées. D’ailleurs, le nombre de dossiers n’a progressé que de 1,75% à 84.581 unités. Ainsi, si l’on prend le crédit moyen accordé en 2023, il s’est situé à 175.926 DH contre 156.309 DH une année auparavant, soit une hausse de 12,5%. Ce qui équivaut à 2 points de base près à la croissance de la production sur une année.
Pour leur part, les prêts personnels ont augmenté de 2,1% pour atteindre 7,2 milliards de dirhams après une baisse de 3,7% en 2022. «Il s’agit d’un effet rattrapage, d’une régulation du marché, après la petite santé qu’a affichée le secteur en 2022, en raison des trois hausses successives du taux directeur, impactant alors le coût de refinancement des sociétés de crédit et, partant, le taux d’intérêt proposé à la clientèle», explique un analyste. Mais ce n’est pas le seul élément. Si l’on remonte à 2021, les crédits distribués non affectés avaient connu une forte hausse, à 35%. Cette montée en flèche est intimement liée aux prémices de sortie de la crise sanitaire, à la reprise de l’activité économique et au redressement de la consommation des ménages. D’ailleurs, en 2020, ils avaient accusé un retrait de 20%. Le fléchissement qui est intervenu les deux années suivantes n’est que l’effet d’un retour à l’ordre du marché.
Un encours en ralentissement
À fin 2023, l’encours du crédit à la consommation des sociétés de financement a atteint 70,5 milliards de dirhams, en hausse de 6,8% par rapport à 2022, contre 7,5% en 2022 et 8,5% en 2021. Ce ralentissement est le fait notamment des crédits personnels dont l’évolution s’est inscrite en perte de vitesse l’année dernière. En effet, après une progression en 2022 de 5,5%, ils ne se sont appréciés que de 3,2% l’année suivante, à 28 milliards de dirhams. En revanche, l’encours des crédits affectés a augmenté de 9,3% pour s’établir à 42,5 milliards de dirhams, grâce à la bonne tenue du crédit auto, que ce soit le prêt classique ou la LOA. Dans cette conjoncture, l’encours des créances en souffrance a connu une nette amélioration. Après un pic de 30% en 2020, le stock a affiché un progrès sensible les années suivantes, pour s’alléger à 5,7% en 2022 et reprendre un rythme haussier l’année qui suit à 7%. Toutefois, le taux de risque est resté stable. Il tourne toujours autour de 13,5%.
Banques : Le crédit conso à l’équilibre
Alors que l’encours brut du crédit à la consommation a augmenté de près de 7% auprès des sociétés de financement, il a fait du surplace au niveau du système bancaire en 2023, après une augmentation de 3,3% en 2022 pour atteindre 58 milliards de dirhams.
La tendance se poursuit pour cette année, puisqu’à fin janvier, l’encours est toujours en quasi-stagnation (+0,3%). En tout cas, combinant les sociétés de financement et les banques, l’encours global du crédit à la consommation totalise plus de 128 milliards de dirhams, avec une part qui tend à l’équilibre entre les deux établissements. Il ressort ainsi en hausse de 3,8% à fin 2023, en fléchissement par rapport à 2022 et 2021 qui ont connu une progression de 5,5 et 5,6% respectivement.
