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Chronique

«Système taye7»

La fluidité des transactions financières est aussi un des critères de mesure de l’évolution d’une société. Voici un exemple de ce que nous devrions peut-être modifier dans nos habitudes afin de gagner du temps, de faire entrer notre pays un peu plus dans la modernité et, accessoirement, de préserver l’environnement.

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Cette semaine, je suis allé déposer un chèque à ma banque. Une information subjective et pas très importante, au demeurant. Mais qui sert, toutefois, à contextualiser ce qui va venir. Il s’agit somme toute d’une opération banalement courante quand on dispose d’un compte, également courant, que l’obligation de pouvoir payer ses factures et assumer d’autres besognes amène à devoir l’alimenter aussi souvent que faire se peut.

Une histoire faussement banale
L’observation liminaire découlant de cette information est celle qu’alors que de plus en plus de pays ont aboli les chèques de leurs opérations monétaires, nous continuons, dans le nôtre, à les utiliser à hue et à dia. Des chèques de toutes sortes, barrés, certifiés, endossables, non endossables, chèques de banque, chèques visés, etc.
La seconde information, peut-être un peu plus importante, est que je n’ai finalement pas réussi à déposer mon chèque. La raison invoquée par le monsieur au guichet était : «Système taye7, revenez l’après-midi, peut-être qu’il se relèvera d’ici-là, inchallah». Cette phrase contient autant d’incertitudes et d’approximations qu’un système bancaire ne devrait tolérer. La traduction littérale de la formule «système taye7» pourrait être : le système informatique est tombé en panne. La locution du préposé à l’enregistrement de l’opération était tournée de manière à me faire comprendre que ce système est une entité autonome qui tombe et se relève, toute seule, comme une grande. L’administration de la banque, la loi, l’informatique, l’univers… n’y peuvent rien. Tout ce que nous devons faire en attendant, c’est justement attendre qu’il se relevât.
Les pays qui ont décidé de se passer des chèques l’ont fait dans un objectif de gain de temps et d’efficacité. Un virement de banque à banque étant plus sûr, plus rapide et plus facilement traçable. Rajoutons à cela les considérations écologiques: préserver les forêts en diminuant le recours à la paperasse. Des pays se passent même de plus en plus de billets de banque et des pièces de monnaie en généralisant le paiement sans numéraire (cashless). Y compris pour les toutes petites sommes, payer un café ou une baguette de pain.
Contrairement aux apparences, cette histoire est loin d’être anecdotique. Car si nous voulons agir sur le fond, les actes les plus banals de l’économie quotidienne ont leur importance pour installer ou empêcher la sérénité d’un climat économiquement sain. Il y va d’autres sujets, tels que l’investissement, l’économie informelle, le salaire minimum, la confiance dans le système bancaire, la généralisation de la bancarisation, la traçabilité financière, la reddition des comptes, etc.

La banque, amie de l’économie ?
Chez nous, nous n’en sommes pas encore là. Nous en sommes même très loin. Mais la réflexion sur des changements d’habitudes concernant les futures transactions financières pourrait se poser quand cela est susceptible d’affecter et la bonne santé économique et la vie quotidienne des gens. Avec le Covid, parce qu’il fallait adopter de nouveaux comportements pour diminuer le risque de contamination par le toucher, les Marocains se sont très vite familiarisés avec le paiement sans contact, «contactless». Prouvant, une autre fois, leur capacité de changement malgré les critiques récurrentes qui les taxent d’être intrinsèquement résistants au changement.
Nous pourrions, donc, continuer d’envisager des lendemains qui ne déchantent pas en faisant nôtre la maxime d’Alain : «Le pessimisme est d’humeur, l’optimisme est de volonté.» La Culture est la solution.