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OPCI : L’hécatombe annoncée n’a pas eu lieu
Les changements fiscaux opérés au niveau des OPCI n’ont provoqué ni «arrêt de mort» ni «hécatombe» de cette industrie naissante. Un ralentissement a certes été observé en 2023, mais la croissance reste robuste et les perspectives sont prometteuses.
L’activité des OPCI a maintenu le cap en 2023, en dépit des craintes suscitées par les mesures fiscales introduites dans la Loi de finances 2023 et qui devaient, selon certains professionnels, signer «l’arrêt de mort» de cette industrie. Les derniers chiffres publiés par l’AMMC font état au contraire d’une croissance à deux chiffres de l’actif net sous gestion des OPCI, bien loin de «l’hécatombe» annoncée. L’actif net des OPCI a ainsi augmenté en 2023 de 47% pour se situer à 84,5 milliards de dirhams, tandis que le nombre des OPCI agréés s’est situé, lui, à 58, soit 7 de plus qu’en 2022. Des chiffres résolument dans le vert, quoiqu’en décélération par rapport aux années précédentes, fait remarquer Noreddine Tahiri, directeur général d’Ajar-Invest, leader au Maroc de cette industrie, avec une part de marché de 63% de l’actif sous gestion. «Effectivement, la croissance de l’actif net en 2023 par rapport à 2022 a été de 47%. Cela semble une croissance significative, et elle l’est si on la compare à l’évolution de l’actif net des OPCVM qui a été de 12% sur la même période», admet-il d’emblée. Toutefois, nuance-t-il, cette croissance reste en deçà de celle qu’a connue l’activité des OPCI en 2022. «La croissance de l’actif net des OPCI en 2022 par rapport à l’année 2021 a été de 167%, soit 3,6 fois plus importante. Dans ces conditions, on ne peut pas parler d’une croissance, mais d’un ralentissement», estime notre interlocuteur.
Le constat est le même quant au nombre d’OPCI agréés en 2023. «Il est largement inférieur au nombre d’OPCI agréés en 2022 qui s’élève à 30, soit 4,3 fois plus important», observe Noreddine Tahiri. «Là aussi, on constate un brutal ralentissement pour une activité qui peut encore être considérée comme naissante comparativement à l’activité des OPCVM qui, eux, existent depuis plusieurs décennies, alors que celle des OPCI n’a effectivement que 4 années d’existence effective», affirme-t-il. Selon cet expert, qui a contribué dès 2013 à la rédaction de la loi sur les OPCI, ce ralentissement, que ce soit du nombre d’OPCI agréés ou de l’évolution de l’actif net sous gestion, peut être attribué, en grande partie, «au changement dans quelques aspects de la fiscalité liée aux OPCI».
L’optimisation fiscale neutralisée
L’un de ces changements, très décrié par les professionnels au moment de sa mise en place, a consisté à supprimer l’abattement de 60% au titre des dividendes remontés par les OPCI à leurs actionnaires, le législateur ayant estimé que certains investisseurs institutionnels utilisent cet abattement pour faire de l’optimisation fiscale. Concrètement, ces investisseurs apportaient leurs actifs à un fonds dont ils sont les actionnaires exclusifs, payaient des loyers au fonds, puis récupéraient ces loyers sous forme de dividendes défiscalisés à hauteur de 60%. Désormais, cet avantage n’est plus permis.
En réalité, la suppression de cette carotte fiscale a eu le mérite d’assainir le marché des OPCI en barrant la route aux investisseurs motivés par des raisons exclusivement fiscales, d’où le ralentissement constaté en 2023. Sur ce point, le patron d’AjarInvest précise que «les OPCI ne sont pas et ne doivent pas être perçus comme un produit fiscal. L’aspect fiscal joue un rôle important certes, mais ce n’est pas le seul facteur qui doit être pris en compte». Les investisseurs qui ont considéré l’OPCI comme tel restent minoritaires», fait-il savoir. Il en veut pour preuve l’augmentation du nombre des OPCI agréés l’année dernière (+7). En outre, le nombre d’OPCI juridiquement créés en 2023 est de quatre. «Cela veut dire que les demandes d’agréments ainsi que les créations juridiques des OPCI continuent dans leur évolution», souligne-t-il. On est loin, là aussi, de la sortie en masse des investisseurs, comme cela a été redouté. Ceci étant dit, insiste Noreddine Tahiri, «je réitère ma remarque quant à l’influence notable qu’a eue le revirement fiscal sur le ralentissement de l’activité des OPCI au Maroc, ce qui ne manquera pas d’avoir un impact quant aux retombées fiscales potentielles que les OPCI peuvent générer et le manque à gagner fiscal qui restent à quantifier».
Des perspectives qui restent prometteuses
Pour résumer, les changements fiscaux opérés au niveau des OPCI n’ont provoqué ni «arrêt de mort» ni «hécatombe», mais juste un ralentissement. Les perspectives pour le secteur restent, elles, prometteuses. Comme le rappelle notre interlocuteur, l’industrie des OPCI est relativement jeune (lancée à l’été 2019), mais elle a connu une évolution notable, puisqu’en l’espace de quatre ans seulement, l’actif sous gestion des OPCI a atteint la valeur de 84,5 milliards de dirhams. «Cela représente plus de 15% de la valeur de l’actif sous gestion des OPCVM. L’avenir de cette activité se présente déjà sous de très bons auspices», estime-t-il.
Actuellement, ajoute-t-il, la majorité des OPCI sont des OPCI RFA (c’est-à-dire règles de fonctionnement allégées), voire des OPCI dédiés, donc majoritairement détenus par des investisseurs institutionnels. D’autres types d’OPCI ne manqueront pas de voir le jour et de se développer, notamment les OPCI destinés au grand public ou des OPCI thématiques. Et notre expert de conclure, optimiste : «Il faut garder en tête que les OPCI existent depuis longtemps à l’international et qu’ils se sont développés de façon significative. Le Maroc est l’un des derniers pays à avoir adopté ce type de véhicule d’investissement. Personnellement, je reste confiant dans le fait que la trajectoire de développement des OPCI au Maroc suivra celle qu’ont connue les OPCI à l’international». Bref, le secteur en a encore sous le pied, d’autant que, selon le ministère des Finances, les actifs immobiliers éligibles aux OPCI au Maroc représentent 200 milliards de dirhams, uniquement au titre du segment «marché de bureau»… Un objectif qui demeure largement atteignable à moyen terme.
Déjà deux OPCI lancés en 2024
Au cours du mois de janvier, deux nouveaux OPCI ont vu le jour. Le premier, lancé le 4 janvier dernier par la société de gestion Reim Partners, est dénommé Syhati Immo SPI. Ce véhicule d’investissement est ouvert au public et ambitionne d’investir, financer et accompagner le développement d’actifs immobiliers dédiés à la santé à travers le Maroc. Dans le cadre de l’implémentation de la stratégie de cet OPCI, Reim Partners a identifié, pour sa première phase d’investissement, des opportunités dans des établissements de santé pour un montant de près de 900 MDH, à l’horizon 2025. Ces actifs immobiliers seront loués au groupe Akdital, acteur de la santé privée au Maroc, à travers des contrats de bail long terme. Le second OPCI a été lancé à l’initiative de Barid Al-Maghrib. Nommé Barid Immo, il est géré par AjarInvest. Il est doté d’un capital de 50 MDH et vise l’acquisition ou la construction d’actifs immobiliers (locaux commerciaux, centres de tri, agences bancaires…) exclusivement en vue de leur location. Ce sont 37 actifs de Barid Al-Maghrib, d’une valeur globale de plus de 289 millions de dirhams, qui seront apportés à l’OPCI.