Au Royaume
Une urgence nommée Eau
Le Roi Mohammed VI a présidé, mardi 16 janvier, une séance de travail consacrée à la problématique de l’eau. La gestion de la situation exige réactivité et proactivité.
Les récentes précipitations redonnent certes de l’espoir, mais ce n’est pas une raison pour baisser la garde. La situation hydrique au Maroc est alarmante et tous les efforts doivent être conjugués pour gérer la rareté de l’eau. Et dans la durée. La sécheresse, qui dure depuis plus de cinq ans, doublée des changements climatiques, guette. Que ce soit pour l’eau potable ou encore pour l’eau d’irrigation.
On comprend dès lors les tenants et aboutissants de la séance de travail, du mardi 16 janvier, présidée par le Roi MohammedVI, et qui entre dans le cadre du suivi royal permanent de «cette question stratégique, particulièrement dans le contexte actuel marqué par un déficit notable en termes de précipitations et une très forte pression sur les ressources hydriques à travers les régions du Royaume», lit-on dans le communiqué du Cabinet royal diffusé à l’issue de cette séance de travail.
Outre le déficit cumulé, rien que sur la période allant de septembre à la mi-janvier, le manque de pluies enregistré est de 70% par rapport à la moyenne, alors que le taux de remplissage des barrages est d’à peine 23,2%, contre 31,5% sur la même période de l’année dernière.
Face à cette situation, et en application des orientations royales, le gouvernement n’est pas resté les bras croisés. Des actions ont été notamment engagées dans le cadre du Programme national d’approvisionnement en eau potable et d’irrigation (PNAEPI) 2020-2027, ayant abouti à des résultats tangibles, puisque plusieurs provinces et régions du Royaume ont pu être «convenablement approvisionnées ces dernières années en eau potable». Parmi ces actions, on retiendra particulièrement la réalisation de l’interconnexion des bassins de Sebou et Bouregreg, actée en un temps record, ainsi que la mise en service des stations de dessalement d’Agadir et de Safi-Jorf Lasfar.
Des fonds et des actions
Outre la réponse à cette situation d’urgence, le plan d’action «prévoit une diversité de mesures comprenant, à court terme, la mobilisation optimale des ressources au niveau des barrages, des forages et des stations de dessalement existantes, la réalisation d’équipements urgents d’adduction et d’approvisionnement de l’eau, et là où la situation l’exige des mesures éventuelles de restriction de l’eau d’irrigation ou des débits de distribution».
Dans cette même dynamique, et en application des orientations royales, «il sera procédé à l’accélération des chantiers programmés ayant un impact à moyen terme, en particulier les barrages en cours d’exécution, l’interconnexion entre les bassins de Sebou, du Bouregreg et d’Oum Rabia, le programme national des stations de dessalement de l’eau de mer, le programme de réutilisation des eaux usées épurées, le programme de l’économie de l’eau au niveau des réseaux d’adduction et de distribution de l’eau potable et d’irrigation».
Par ailleurs, et au moment où on procède au rationnement sous d’autres cieux, au Maroc l’heure est actuellement à la rationalisation. On rappellera, à titre illustratif, que plusieurs activités sont désormais strictement interdites. Il s’agit de l’arrosage de tous les espaces verts et jardins publics, du nettoiement des voies et des places publiques par l’usage d’eau, et du remplissage des piscines publiques et privées plus d’une fois par an. De même que certaines cultures aquavores seront également interdites, en concertation avec le département de l’Agriculture. D’ailleurs, dans les différentes régions du Royaume, des actions de sensibilisation sont menées pour l’implication et la participation collective à cet effort national.
Il est à noter que, au regard de l’urgence et en vue d’accélérer les réalisations, le PNAEPI a été réajusté avec un coût qui a été revu à la hausse, en passant de 115 à 143 milliards de dirhams. L’objectif étant de pallier les effets néfastes que cette situation hydrique pourrait engendrer en termes d’approvisionnement en eau potable et d’irrigation.
Alternatives
Selon un document du ministère de l’Équipement et de l’eau, daté de juin 2023, le Maroc connaît un recours de plus en plus marqué aux ressources en eau non conventionnelles, notamment à travers le dessalement de l’eau de mer et la réutilisation des eaux usées épurées.
Ainsi, sur le premier front, le Royaume compte actuellement une douzaine de stations d’une capacité de près de 118.700 m3/j, et 7 stations sont en cours de construction ou de lancement avec un apport supplémentaire de 396.200 m3/j. Quant au deuxième levier, le Maroc compte 41 projets de réutilisation des eaux usées épurées, qui permettent de retraiter un volume de près de 32 m3/an.
Certes, ce recours à des ressources non conventionnelles est porteur, mais cela n’exonère pas pour autant de renforcer le choix de la rationalisation, que ce soit pour l’eau potable ou celle d’irrigation. Et cela ne relève pas uniquement des autorités compétentes, mais aussi de tous les usagers de cette ressource vitale.
