Pouvoirs
En Couv’. Lutte contre le trafic de drogue : La DGSN sur tous les fronts
La menace liée au trafic de drogue international ne cesse de s’accroître. La DGSN affine sa stratégie de lutte contre les réseaux de trafic nationaux et internationaux de stupéfiants à travers trois axes principaux : le renseignement criminel, les techniques d’enquête spéciales et l’intensification des campagnes d’assainissement.
La production mondiale de cocaïne a augmenté de manière spectaculaire ces deux dernières années. C’est l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC) qui a fait ce constat sans appel dans son «Rapport mondial sur la cocaïne», publié en mars 2023. Avec une augmentation de la production de la plante de coca de 35% entre 2020 et 2021, ce sont forcément des quantités supplémentaires colossales que les cartels sud-américains vont chercher à écouler à travers le monde. En plus des destinations traditionnelles que sont les États-Unis, dont le marché est arrivé à saturation selon l’ONUDC, ainsi que l’Europe, les narcotrafiquants se sont lancés dans la conquête de nouveaux marchés.
Qu’en est-il donc pour l’Afrique et le Maroc en particulier ? Le Maroc n’est plus seulement une étape sur les routes conventionnelles de la cocaïne destinée au marché européen et passant via l’Afrique. De par sa position géographique, il est convoité par les cartels sud-américains qui tentent ces dernières années de l’ériger en zone de stockage, de conditionnements et de consommation. C’est le constat dressé par le commissaire divisionnaire Abderrahim Habib, chef de la Division de lutte contre la criminalité transnationale à la Direction centrale de la police judiciaire (voir interview). En s’appuyant sur les données recueillies à travers les affaires de saisie de cocaïne effectuées par les différentes unités de police judiciaire sur le terrain et sur les analyses opérationnelles et stratégiques effectuées par la Direction centrale de la police judiciaire, la DGSN a pris la pleine mesure de cette menace en mettant en œuvre des moyens considérables pour enrayer cette vague de cocaïne qui se répand à travers le monde. Le résultat est visible au niveau national avec la multiplication d’affaires de saisie de cocaïne, de cannabis, mais également d’autres types de drogues ces derniers mois. Clairement, la DGSN a mobilisé tous ses moyens pour mener une lutte acharnée contre ces réseaux de trafic de drogue qui opèrent sur le sol marocain.
Des affaires de saisie de drogue spectaculaires
Le 18 novembre dernier, une opération conjointe des services de Sûreté provinciale de Safi et la Brigade nationale de la police judiciaire (BNPJ), menée en étroite coordination avec les services de la Direction générale de la surveillance du territoire (DGST), a permis de mettre en échec une opération de trafic international de drogue de 2,1 tonnes de chira via le port de Safi. Il y a de cela plus d’un mois, le jeudi 19 octobre, c’est une saisie record de plus de 1,3 tonne de cocaïne qui a été effectuée par le service préfectoral de la police judiciaire de Casablanca. La DGSN est donc sur tous les fronts pour contrer toutes les opérations de trafic de stupéfiants.
Les réseaux de trafic de drogue qui opèrent au Maroc n’ont pas la puissance et l’envergure dont disposent les cartels sud-américains ou les mafias en Europe, comme la Ndrangheta italienne ou la Mocro Maffia implantées aux Pays-Bas et en Belgique. C’est ce que nous confirme Abderrahim Habib : «Nous n’avons pas de mafias au Maroc avec une structure quasi institutionnelle et des moyens démesurés à l’image des mafias internationales». Et de préciser que «les réseaux criminels marocains n’ont aucun lien d’association ou de subordination avec les mafias étrangères», ajoutant que «seules les transactions commerciales les relient entre elles». Les mafias italiennes, par exemple, sont structurées autour d’une organisation bien agencée qui englobe parfois des dizaines de milliers de membres et dirigées par des syndicats du crime avec des relais auprès de la population et des élus locaux à travers l’ensemble du territoire. À l’inverse, les réseaux de trafic de drogue au Maroc ne sont pas dans la recherche de contrôle d’un territoire, mais essayent plutôt d’opérer dans la discrétion. Ce qui rend leur détection et leur identification plus difficiles. Le chef de la Division de lutte contre la criminalité transnationale nous a dépeint le profil des trafiquants de drogue au Maroc : «Cloisonnés, résilients et à la recherche perpétuelle de nouveaux modes opératoires pour déjouer la surveillance des services de sécurité». Quelle est donc la stratégie mise en place par la DGSN pour lutter contre ces réseaux criminels qui ne cessent de faire preuve d’ingéniosité en ayant recours aux dernières technologies pour fructifier leur trafic de drogue ?
Renseignement criminel et enquêtes spéciales
«Si vous n’avez pas de renseignement, vous ne pouvez rien faire pour lutter contre le trafic», affirme Kamal Aziz El Idrissi, contrôleur général, chef du service préfectoral de la police judiciaire du Grand Casablanca. Donc, comme toutes les opérations sécuritaires, la lutte contre le crime nécessite avant tout d’avoir du renseignement fiable et ciblé qui permet de connaître parfaitement les réseaux criminels, leurs complices, les moyens et modes opératoires utilisés ainsi que le timing exact des opérations et les itinéraires empruntés. Le renseignement est véritablement le nerf de la guerre. Et la DGSN l’a bien compris ! C’est pour cela que sur instructions d’Abdellatif Hammouchi, directeur général de la Sûreté nationale, des moyens considérables sont accordés au domaine du renseignement criminel à travers des renforts en ressources humaines bien formées, mais aussi en moyens techniques et technologiques de dernier cri.
Ainsi, des Brigades de renseignement criminel et d’appui technique (BRC) ont été créées ces dernières années au niveau des principales villes du Royaume dans le but d’appuyer les brigades judiciaires en matière de renseignement, afin d’identifier les différents réseaux criminels et percer leurs intentions. Pour la ville de Casablanca, l’apport des cinq BRC dans la lutte contre le trafic de stupéfiants est remarquable. D’après le contrôleur général, «les Brigades de renseignement criminel font un travail de collecte de renseignements discrets à base de surveillance, de prises de photos ou de filatures». Ce travail de fourmi réalisé par les BRC «permet d’identifier la cible, ses complices et son environnement, mais aussi de déterminer, sur la base de ces informations, de quels moyens nous allons avoir besoin pour l’intervention», poursuit-il. Le renseignement est un axe principal dans l’action de la police, appuyé également par le renseignement collecté et exploité par le Service préfectoral des renseignements généraux (RG) et complété par le renseignement partagé par le Service régional de la DGST.
Techniques de la livraison surveillée
Le renseignement peut aussi s’avérer un atout décisif lorsqu’on doit anticiper les opérations de trafic entre les deux rives de la Méditerranée. Le Maroc est souvent sollicité par les services de sécurité européens pour échanger des informations sur les ramifications des réseaux criminels opérant au Maroc et les mafias implantées en Europe. Pour faire face à des organisations criminelles interconnectées agissant dans un objectif commun d’intensifier le trafic de drogue transnational, la communauté policière internationale a élaboré une nouvelle arme fatale : les opérations de livraison surveillée. Ces opérations font partie des techniques d’enquête spéciales prescrites par la Convention internationale de lutte contre la criminalité internationale de 2000, de l’ONUDC, qui sont des «méthodes telles que l’interception des marchandises et l’autorisation de la poursuite de leur acheminement, sans altération ou remplacement de la totalité ou d’une partie de ces marchandises». Les livraisons surveillées peuvent servir à remonter les filières de trafic de drogue afin d’en déterminer l’origine, les itinéraires de transit et la destination.
Le commissaire divisionnaire Abderrahim Habib nous a révélé que la DGSN a mené plus d’une dizaine d’opérations de livraison surveillée avec les services de sécurité espagnols, français, italiens et suisses qui ont permis la saisie de quantités très importantes de résine de cannabis ou de cocaïne. Il nous a livré des détails croustillants d’une opération de ce genre menée au départ du Maroc : «Nous avons reçu des renseignements avérés qu’un conteneur chargé de résine de cannabis allait quitter le port de Casablanca en direction de l’Europe. Nous avons prévenu les services de la Douane et de la Gendarmerie Royale sur les détails de cette opération pour que le conteneur ne soit pas intercepté au niveau du port de Casablanca ou lors de son voyage en mer.» Pour ce type d’opérations, l’objectif n’est pas de saisir immédiatement la marchandise et d’arrêter la filière des transporteurs, mais d’accompagner la marchandise jusqu’à destination, puis ensuite intervenir pour arrêter tous les complices ayant participé à cette opération à travers plusieurs pays. «Dans cette opération de livraison surveillée, nous avons agi en collaboration avec les services de sécurité espagnols et français qui ont mobilisé d’importants moyens pour faire la filature de cette cargaison de drogue jusqu’à sa destination finale», nous explique-t-il.
Avec ces techniques spéciales d’enquête, la DGSN ainsi que ses partenaires étrangers parviennent à démanteler d’importants réseaux criminels, incluant les fournisseurs, les commanditaires, les transporteurs et les organisateurs.
Les ramifications des différents réseaux sont dévoilées et les moyens utilisés par les trafiquants sont saisis, entre autres les véhicules, les camions, les bateaux ainsi que les moyens de communication et de la documentation. C’est en procédant de cette manière, en démantelant les organisations criminelles sur toute la chaîne du trafic, que les réseaux de trafic international de drogue peuvent être mis à genoux.
Des réseaux criminels mis sous pression
La lutte contre le trafic de drogue est un des axes prioritaires fixés par Abdellatif Hammouchi, directeur général de la Sûreté nationale. Pour les hommes de la DGSN, le secret de la réussite de la stratégie de lutte contre le trafic de drogue est l’implication des différents acteurs dans cette tâche : les services de police judiciaire préfectoraux, les brigades de stups locales, les Brigades antigang (BAG), mais aussi la Brigade nationale de la police judiciaire. L’objectif étant d’intensifier la pression sur les réseaux criminels qui sont harcelés de toutes parts.
Par ailleurs, le directeur central de la police judiciaire, Mohamed Dkhissi, dirige régulièrement des opérations répressives d’envergure dans les préfectures touchées par une augmentation de la criminalité, en se déplaçant sur le terrain avec différentes composantes de la police judiciaire, des Renseignements généraux et de la Sécurité publique.
Ces campagnes d’assainissement permettent le démantèlement d’un nombre important de réseaux criminels et l’arrestation des personnes recherchées et de petits délinquants afin de faire revenir l’ordre et la sécurité dans des fiefs où la criminalité commençait à s’installer.
