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Pouvoirs

Aéroports sous haute surveillance

Entre la nécessité d’assurer la fluidité du trafic et de répondre aux contraintes et aux impératifs de sécurité, les aéroports marocains ont entamé la mise à niveau de leur système de sécurité en y intégrant tous les types de menaces. Éclairages.

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L’avion est le mode de transport le plus sûr au monde, loin devant le train et la voiture. On a tous entendu cette affirmation, étayée par des chiffres et donc statistiquement vraie ! Néanmoins, les phobies liées aux accidents d’avion ou d’opérations terroristes sont profondément ancrées dans les esprits de beaucoup de passagers. On s’imagine aisément, alors qu’on est tranquillement installé sur le siège d’un vol long-courrier nous conduisant vers une destination paradisiaque, voir surgir deux pirates de l’air de leur siège en menaçant le personnel navigant avec leurs armes avant de prendre le contrôle de l’avion pour le détourner pour on ne sait quelle sombre cause terroriste. C’est certainement l’effet des films et séries télé qui raffolent de ce type de scénarios. Pourtant, les aéroports figurent parmi les sites les mieux surveillés et sécurisés au monde.

Le transport aérien déplace chaque année des milliards de passagers, pour des affaires ou des loisirs, ainsi que des millions de tonnes de fret à travers des vols internationaux ou internes. D’après l’Organisation internationale de l’aviation civile (OACI), les compagnies aériennes devraient transporter 4,35 milliards de passagers dans le monde à la fin de 2023, presque autant que l’année record de 2019, lorsque 4,54 milliards de personnes avaient voyagé en avion.
Cette tendance au niveau mondial a d’ailleurs été également enregistrée à l’échelle nationale. L’Office national des aéroports (ONDA) précise que les aéroports du Royaume ont enregistré, au cours des neuf premiers mois de 2023, un nouveau record avec 19.413.904 passagers accueillis, correspondant à une hausse de 3% par rapport à la même période de 2019 et de 35% par rapport à 2022.

Pour le tourisme international et le monde des affaires, le transport aérien revêt une importance économique vitale. Et donc, pour accompagner la mutation et la multiplication des différents types de menaces visant ce secteur, les acteurs étatiques et privés du monde de l’aviation civile ont pris ce problème à bras-le-corps pour assurer des standards de sûreté très rigoureux. Dans un monde de plus en plus anxiogène, les attentes en matière de sécurité sont davantage plus exigeantes.

Lieux de toutes les menaces à risque élevé
Les aéroports, particulièrement ceux qui desservent les destinations internationales, sont le lieu de convergence de milliers de passagers ou de visiteurs qui viennent pour prendre l’avion ou accompagner des proches ou des clients. S’y ajoutent un nombre très important d’employés travaillant pour les compagnies aériennes, les différents cafés, commerces ou boutiques «free shop», ainsi que le personnel technique et commercial qui assure la bonne marche de l’aéroport, en plus des personnes chargées de la sécurité: police, gendarmerie, douane, protection civile et agents de sécurité.

Avec un flux considérable de personnes qui travaillent ou transitent par un aéroport quotidiennement, les risques de vol, d’incivilité, d’agression, d’utilisation de faux papiers ou de tentative d’immigration clandestine sont très courants. Combien de gens se sont déjà fait dérober leur portefeuille, leur smartphone, leur sac à main ou leur mallette par mégarde dans un aéroport bondé ? Ces risques nécessitent donc une surveillance permanente des aérogares et de tous les lieux empruntés par les passagers.

Les aéroports du Maroc sont ainsi tous dotés de caméras de surveillance installées dans tous les lieux à l’intérieur de l’aérogare ainsi que sur le tarmac, qui permettent aux agents de la police et des autres services de sécurité de suivre et de scruter tous les déplacements des personnes dans l’enceinte de l’aéroport à partir de la salle de contrôle opérationnelle.
L’objectif étant de déceler toute attitude suspecte des visiteurs, mais aussi de surveiller le circuit des bagages de soutes, de l’opération d’enregistrement jusqu’à l’embarquement dans l’avion. Les affaires de vol des bagages de voyageurs commises par le personnel de service, qui ne cessent de se multiplier dans les grands aéroports, ont poussé les autorités à redoubler d’efforts pour assurer la sécurité des effets personnels jusqu’à leur embarquement dans les soutes des avions.

Mais les risques ne se limitent pas uniquement aux infractions commises contre les personnes ou leurs biens, car les menaces présentes dans un aéroport englobent également des délits ou des crimes bien plus graves : trafic de drogue, de contrebande, d’objets précieux, de devises étrangères, etc. Et pour ce type d’infractions, les services de police et de douane ont souvent affaire à des délinquants professionnels, voire à des organisations criminelles qui connaissent parfaitement les procédures de sécurité et rivalisent d’ingéniosité pour passer à travers les mailles du filet. La principale menace pour les aéroports marocains vient d’ailleurs des réseaux de trafic de drogue qui ont recours à des «mules» chargées de faire passer des capsules de cocaïne dans leur estomac.

Alors que cette pratique est ancienne, ce mode de transport est en plein renouveau ces dernières années, comme le révèle l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC). Malgré des volumes transportés qui n’excèdent pas un kilo de cocaïne en moyenne, soit 400.000 à 500.000DH, les cartels de drogue ont recours à cinq ou six mules parfois dans le même avion pour qu’en cas de détection du premier passeur, l’attention des services de police ne soit focalisée que sur lui, permettant ainsi aux autres de passer sans souci.

Les subterfuges utilisés pour passer à travers ces contrôles sont de plus en plus sophistiqués et élaborés. La Drug Enfoncement Administration (DEA), le service américain chargé de la lutte contre le trafic de drogue, avait alerté ces dernières années du cas d’une maman qui s’était présentée à l’aéroport avec un bébé en bas âge, visiblement en train de dormir, qui a attiré l’attention des agents par son comportement anormal. Les agents de la DEA avaient découvert par la suite que le cadavre du bébé mort avait été vidé de ses organes pour contenir un kilo de cocaïne, espérant ainsi échapper aux scanners mis en place dans cet aéroport.

Une attention particulière pour la menace terroriste
Toutefois, la principale menace dans les aéroports se situe actuellement ailleurs. Les attentats du 11 septembre 2001 ont définitivement fait basculer la sécurité des aéroports dans une autre dimension.
Depuis cette date tragique, qui a marqué la fin de la période d’insouciance et de recherche exclusive du profit pour les acteurs du monde de l’aviation civile, tous les services de sécurité ont mis de côté les procédures de contrôle rapides et expéditives en vigueur à l’époque, visant à ne pas retarder le trafic, pour des dispositifs et méthodes plus rigoureuses.

Ensuite, la tentative déjouée des attentats terroristes à l’aéroport de Londres, dans laquelle des djihadistes avaient prévu de faire exploser des avions avec des bombes sous forme de liquide dissimulées dans des bouteilles de jus de fruits, a entraîné l’adoption de mesures de sécurité plus strictes : interdiction d’embarquement de tous les liquides d’un volume supérieur à 100 ml à bord des avions, passage obligatoire via des portiques de détection de métaux, fouille quasi systématique des voyageurs, passage au scanner des bagages de soute et bagages cabine, multiplication des patrouilles cynophiles pour la détection d’explosifs, etc.
Toutes ces mesures techniques et technologiques ne permettent pas toujours de connaître précisément les intentions d’individus malveillants ou de terroristes projetant de commettre un attentat suicide.
De mieux en mieux formés et entrainés, les djihadistes pratiquent la «taqiyya», ou l’art de la dissimulation, qui leur permet d’adopter un mode de vie et une tenue occidentale ou une apparence physique sans signe extérieur de radicalisation (longue barbe, moustache rasée) afin de ne pas éveiller l’attention des services de sécurité. Ainsi, les agents de police chargés des contrôles au niveau des aéroports sont formés aux techniques d’analyse comportementale pour détecter des attitudes suspectes et des profils à risque.
Les profils radicalisés font aussi l’objet de surveillance rapprochée de la part des services de renseignement présents aussi dans les aéroports, qui sont la principale porte d’entrée pour un nombre important de voyageurs qui ne sont pas tous bien intentionnés…


L’évolution technologique de la sécurité aéroportuaire

Dans un avenir proche, les passeports sous le format actuel seront remplacés par des documents de voyage numériques. Toutes les formalités en vigueur aujourd’hui, comme le passage au guichet d’enregistrement ou au poste de police frontalier, se feront de manière instantanée dès que le voyageur accèdera à l’aéroport. Les autorités aéroportuaires pourront alors vérifier l’identité des voyageurs en utilisant la reconnaissance faciale ou des méthodes biométriques similaires. La technologie permettra aussi de vérifier les antécédents judiciaires ou autres informations des voyageurs et les contrôles se feront par le biais de scanners sophistiqués, capables en un seul passage de détecter la présence de tout type de drogue, d’agent chimique ou d’argent liquide, sans devoir subir de fouille ou de contrôle physique. Le recours à des systèmes de caméra-surveillance high-tech permettra aussi de ne rien laisser passer. Néanmoins, la menace principale se concentrera sur les risques de cybersécurité ou de fraude documentaire numérique. Une menace qu’il est urgent d’anticiper dans un monde où l’IA et l’informatique quantique boosteront aussi bien les capacités des services de sécurité que celles des criminels et hackers du futur.