Affaires
Une infrastructure 100% marocaine pour une souveraineté numérique
En l’espace de quelques jours, deux grandes institutions constitutionnelles ont émis des rapports appelant à la mise en place des plans nationaux relatifs au Cloud et aux data centers.
La souveraineté numérique et celle des données sensibles figurent parmi les principaux chantiers et enjeux de la stratégie nationale de transformation digitale 2030, en cours de préparation. On ne peut parler de transformation numérique et de Digital Nation que si le Maroc réussit à poser les jalons d’une véritable souveraineté numérique où l’infrastructure et le stockage des données sont les principaux piliers. Et ce n’est pas un hasard si deux grandes institutions, le Conseil de la concurrence et le Conseil économique, social et environnemental (CESE), ont émis deux rapports en l’espace de quelques jours, en ce début du mois de septembre, où l’on analyse les enjeux et le potentiel offert par le Cloud et les data centers au Maroc.
Dans une autosaisine intitulée «Le Cloud, une nécessité et une urgence pour réussir la transformation digitale», le CESE souligne la nécessité de se doter en urgence d’un plan d’action «priorité Cloud» s’inscrivant dans la stratégie de transition numérique, et ce, dans le but d’accélérer la transformation digitale du Maroc tout en assurant la souveraineté des données sensibles et vitales. Ainsi, le Conseil souligne, dans cet avis, que l’utilisation du Cloud permettrait de répondre à de nombreux enjeux stratégiques, dont la souveraineté numérique des données, la réalisation d’économies d’échelle et d’énergie IT et l’accélération des disruptions technologiques. «Malgré ce potentiel important, l’offre nationale demeure orientée vers les besoins les plus usuels», regrette le CESE, comme l’hébergement, «infrastructure as a service» et les applications fréquentes, «sans couvrir toute la diversité des offres applicatives et services à haute valeur ajoutée, à savoir le software as a service».
La nécessité d’une offre nationale de Cloud souverain
De son côté, le Conseil de la concurrence a appelé, dans un rapport sur les data centers, au développement d’une offre nationale de Cloud souverain. «Sans une infrastructure souveraine, les données nationales continueraient à être stockées dans des serveurs situés à l’étranger avec des risques sur l’indépendance et la souveraineté numérique du pays», a alerté l’institution dirigée par Ahmed Rahhou. Ainsi, le développement d’une telle offre avec des données marocaines stockées au Maroc, selon un cadre juridique marocain, permettra d’avoir une maîtrise sur la data et d’accompagner la transformation digitale des différents organismes, notamment ceux possédant des données sensibles.
Cela dit, dans le cadre de l’application du principe de souveraineté des données, la Commission nationale de contrôle de la protection des données à caractère personnel (CNDP) a, à titre d’exemple, auditionné des responsables de Facebook pour demander que les data centers hébergeant les données personnelles des citoyens et résidents au Maroc soient localisés dans des pays considérés par la CNDP comme adéquats en termes de protection des données à caractère personnel. À cet effet, la CNDP a arrêté une liste de 33 pays offrant un niveau de protection suffisant à l’égard du traitement des données personnelles et en conformité avec la législation marocaine.
Un arsenal juridique complet et innovant
Outre le travail continu de la CNDP sur ce volet, le Maroc se démarque par rapport à d’autres pays similaires par un arsenal juridique complet en la matière. Sur le plan international, le Maroc a signé en mai 2022 le 2e protocole additionnel à la Convention de Budapest sur la cybercriminalité, relatif au renforcement de la coopération et de la divulgation des preuves électroniques. Au niveau national, la souveraineté des données au Maroc est régie par la loi 05-20 relative à la cybersécurité promulguée en 2021. L’article 11 de cette loi précise que «les données sensibles doivent être exclusivement hébergées sur le territoire national» et «toute externalisation d’un système d’information sensible doit faire l’objet d’un contrat de droit marocain» (article 12).
Le Conseil de la concurrence souligne, par ailleurs, que la souveraineté des données au Maroc est en marche. «Après Maroc Numeric 2013 et Maroc Digital 2020, le ministère de la Transition numérique et de la réforme de l’administration se prépare à lancer une stratégie de transformation digitale à l’horizon 2030. L’axe 3 de cette stratégie concerne la mise en place d’un plan Data qui se fixe parmi ses objectifs la digitalisation à 100% des services publics et le recours au service Cloud pour 70% des administrations», rappelle le Conseil.
L’OCP et l’UMP6 lancent le data center le plus puissant d’Afrique
Le partenariat entre l’Université MohammedVI Polytechnique (UM6P) et l’OCP a permis la mise en place, dans le cadre de l’entité Atlas Cloud Services, du «Toubkal Benguerir Data Center DC2». Situé au cœur de la ville verte de Benguerir, ce data center offre 2.000 m² de salles blanches modulables, 5 MW de charge informatique et une capacité équivalente à 1.300 serveurs réunis. Ce projet s’inscrit dans le cadre de la vision nationale concernant la souveraineté numérique du Royaume par son offre de services de colocation et de Cloud 100% marocains destinés aux administrations et aux entreprises nationales, basé sur des technologies de pointe. Il est doté de l’un des supercalculateurs les plus puissants d’Afrique, le Toubkal, développé en partenariat avec l’Université de Cambridge. Ce supercalculateur hisse le Maroc à la 26e place mondiale et à la 1re place africaine en termes de puissance de calcul. Les applications de ce data center sont nombreuses, allant du domaine du diagnostic médical aux projets de R&D afin de répondre aux demandes croissantes émanant des secteurs public et privé dans des domaines technologiques de pointe.
